Rees Printemps [500]Dans Hiver, premier volume de la série, l’armée américaine a mis au point un simulateur de réalité virtuelle extrêmement pointu destiné à entraîner les troupes au combat dit « asymétrique ». Pour donner vraisemblance à ce monde, peuplé de millions de personnalités ignorant leur statut virtuel, les « dupes », leurs concepteurs y ont également injecté les personnalités de psychopathes d’envergure issus des plus noires pages de l’Histoire : citons par exemple l’infâme Beria, ou le non moins infâme Reinhardt Heydrich , grand planificateur du génocide juif. Mais ce monde virtuel réserve quelques surprises : des soldats y restent coincés, puis c’est le tour de Norma Williams, la fille du président des Etats-Unis elle-même. Pour l’en extraire, on envoie à sa rescousse une personnalité atypique, débrouillarde, autodidacte, la jeune noire Ella Thomas. Difficile de ne pas penser à un certain New York 1997  de John Carpenter revisité avec des personnages féminins. Mais il n’en était rien pour ce roman haut de gamme, à mi-chemin entre le cyber et le steampunk, bourré d’action, et qui réservait bien des surprises, dont une fin astucieuse redistribuant les cartes de manière inquiétante : c’était la personnalité de la fille de Reinhardt Heydrich qui rejoignait le monde réel, et ceci dans la peau de la fille du président des États-Unis. La fille d’un Reinhardt Heydrich manifestement parfaitement conscient des différences entre le demi-monde et la réalité, et bien décidé à prendre pied dans celle-ci.

Si Hiver était astucieux, Printemps ne l’est pas moins. Parce qu’au lieu de suivre des sentiers balisés, Rod Rees continue à s’en éloigner. À chaque fois que l’on croit le voir basculer dans les clichés et le déjà-vu, il s’en écarte pour mieux surprendre le lecteur. C’est ainsi que Norma Williams, la fille du Président des États-Unis, qui avait tout de la potiche dans le premier volume, commence à se révéler véritablement à la hauteur. C’est ainsi qu’Ella Thomas, l’héroïne du premier volet, semble inexplicablement basculer du côté obscur de la force. D’authentiques déesses, comme par exemple Lilith, seraient-elles capables de se réincarner dans ces personnalités virtuelles et d’acquérir dans le demi-monde des pouvoirs effrayants ?

Une action peut-être un peu moins effrénée que dans Hiver et une intrigue plus politique et assez complexe donnent à Printemps tout son intérêt. Et l’on a toujours, dans une démarche aux relents steampunk clairement assumés, une profusion de personnages historiques qui viennent sans cesse lui donner du piquant ; citons par exemple le Marquis de Sade, Joseph Mengele, Michel de Nostredame, Joséphine Baker ou Machiavel. Une riche trame issue non seulement de l’Histoire, mais aussi de la littérature, et une telle profusion d’allusions, de références et de citations que ce serait un véritable exploit que de toutes les recenser.

Dense et profus, agrémenté de deux glossaires se rapportant l’un au monde réel, l’autre au Demi-monde, ainsi que d’une carte de ce dernier,  Printemps apparaît donc comme un second tome foisonnant, astucieux, qui mêle action, épouvante, humour, sensualité, et qui n’est pas avare en surprises. Et l’auteur, in fine, rebat une nouvelle fois les cartes en fin de volume, en donnant au monde réel et aux concepteurs du Demi-monde des couleurs bien inquiétantes. Le tome trois, Été, devrait sortir d’ici peu. Il va bien falloir prendre son mal en patience.

La chronique du premier volume, Hiver, sous la plume de Deuskin, est accessible en cliquant sur le lien ci-dessous :

http://www.emaginarock.fr/hiver-le-demi-monde-t1-rod-rees/

Printemps (Le Demi-Monde, tome 2)

Rod Rees

Traduit de l’anglais par Florence Dolisi

Couverture : Nigel Robinson / Two associates / Quercus

Editions J’ai Lu, collection Nouveaux Millénaires