v_book_2631994. Un laboratoire s’évanouit mystérieusement avec tout un village du sud de la France laissant deux orphelins. Vingt années s’écoulent durant lesquelles Vincent Marty grandit et, suite à de tristes circonstances, devient un soldat aguerri par de nombreuses missions de par le monde. Un jour, il est désigné pour retourner sur les lieux du drame supposé, où il est né et a vécu les instants les plus heureux de son enfance, où travaillait son père sur un projet secret qui lui coûta sans doute la vie ainsi qu’à tous ses voisins et amis. Dans ce qui est depuis lors resté un champs d’herbes folles, ses supérieurs ont ordonné à Vincent de retrouver le laboratoire sous sa nouvelle forme, et ses travaux sur la miniaturisation. Car quelque chose a mal tourné autrefois et le village, ses habitants, son laboratoire, tout a été réduit à la taille d’insectes. Mais pour remplir au mieux cette mission, Vincent accepte d’être réduit à la taille d’une fourmi et de devenir pâture dans un univers où la loi du plus fort, celle des insectes, régne en maître. Avec un compte à rebours de 16 heures, la tâche de Vincent semble impossible. D’autant qu’il tombe nez à nez avec d’autres humains, microscopiques, survivants du drame de jadis, organisés en une société basée sur la violence et l’instinct animal.

Le postulat de ce récit ne semble de prime abord pas original, un soupçon de Pierre Boulle (La Planète des Singes) mêlé au parfum cinématographique de Cronenberg (La Mouche) accompagne la quatrième de couverture. Mais Jean-Luc Marcastel restreint ces inspirations à cet univers grouillant bien réel qu’il fait sien dans un monde qu’il créé, tisse, page après page comme la toile des araignées qui constitue la cité des Sinks avec pour règle de conduite de donner corps à sa vision du monde des insectes, tel qu’il l’est ou pourrait l’être vu depuis le niveau du sol.

Plongeant le lecteur dans l’action immédiate, parsemée des arguments et explications techniques et subtiles se limitant au nécessaire pour ne pas l’égarer ni l’ennuyer, même si certaines questions restent en suspend, Jean-Luc Marcastel privilégie un déroulement sans temps mort, mené par l’urgence de la survie qui anime son héros et ceux qui, très vite, viennent à sa rencontre et doivent marcher à ses côtés. L’écriture est fluide, minimaliste, dosée. A chaque nouvelle épreuve apparaît un pan de ce monde impitoyable des insectes, celui des monstres miniatures qui peuplent le sol que nous foulons et menace d’engloutir les protagonistes de Praërie. Pour accentuer encore le caractère sans pitié et terriblement réaliste de son récit, Jean-Luc Marcastel a réinterprété le vocabulaire décrivant ses habitants et son environnement avec inventivité, s’attachant à leur allure et leur manière de chasser, de se nourrir, bref avec le regard qu’en aurait un humain condamné à les affronter comme s’il vivait dans Praërie.

Les personnages sont attachants, approfondis, et tel l’humain qui aurait besoin du soutien des siens pour survivre dans cet environnement hostile, ils voient leur avenir immédiat se prolonger grâce à l’engouement du lecteur. Subtilement, l’auteur développe leur histoire propre, leurs espoirs, et finit même par sculpter l’égalité de son héros avec celui qui suit ses pas, chacun des deux faisant face à un danger commun pour des causes différentes qui, lentement, deviennent une.

Roman associant Fantasy, ethnologie et entomologie, le monde de Praërie évolue vers une humanité réinventée comme devant se relever de ses fautes (exposées au moment opportun) grâce à l’intervention non d’un héros du destin mais de plusieurs survivants qui cherchent plus que la liberté ou la quiétude d’une existence sans danger mais une forme de bonheur, tout simplement, poussés par la quête instinctive du sens de leur vie.

Scrinéo présente une bonne édition au format agréable, au papier épais et à la typographie choisie avec peu de coquilles (je n’en ai relevé que deux sur 446 pages). les annexes sont amusantes, ludiques et pédagogiques, le glossaire et les images venant aider à la représentation horrifique de ce qui se dresse parfois face aux personnages, grandes pattes et mandibules acérées! L’illustration de couverture par Isabelle Dumontaux explicite le contenu mais aucun nom n’est associé aux illustrations des annexes qui sont aussi révélatrices de la richesse de cette histoire.
Ce premier tome est vraiment passionnant, riche et ne laisse qu’une envie, celle de lire la suite!

Praërie, T.1, Le monde des Sinks
Jean-Luc Marcastel
Illustration de couverture : Isabelle Dumontaux
Scriéno éditions
5 juin 2014
16,90