les réfugiés du froid

   De dangereux changements climatiques bouleversent la vie des habitants de l’Intérieur. Le comté dépérit sous le joug d’un hiver permanent et sans pitié. Seule la cité bulle de Torj a trouvé le secret de l’éternel printemps, mais elle le réserve à une population d’élus. Autour de la cité, les réfugiés du froid se tuent à la tâche dans les mines de pierre noire. C’est le cas de la famille paysanne du jeune Inok, douze ans, et de celle, bannie de la cité, de son ami Alan. Mais alors que ce dernier décide de quitter l’Intérieur pour rechercher avec d’autres des terres épargnées par l’hiver, au-delà du grand océan, Inok choisit de rester et de lutter parmi les révoltés des faubourgs.

   On s’interroge parfois longuement au lendemain d’une lecture : un style curieux, des choix narratifs étranges, des personnages insatisfaisants. Avec les livres de Sylvie Kaufhold, ces questions disparaissent : son style ? Toujours juste, limpide. Sa narration ? Naturelle, inévitable. Ses personnages ? Attachants, convaincants. Non, avec Sylvie, deux questions me viennent toujours en tête : pourquoi est-ce si court ? Et pourquoi n’a-t-elle pas trouvé, elle qui écrit visiblement pour un public jeunesse, un éditeur papier plus à même de diffuser son œuvre ?

   N’y voyez pas un manque de respect pour Numériklivres. Heureusement qu’ils sont là pour nous permettre de lire Sylvie ou “Passeurs d’Ombre” d’Anne Rossi. Mais l’œuvre de Sylvie est destinée en premier lieu au jeune public. On sait que, lorsqu’ils lisent, les jeunes ados dévorent du papier avant tout. Le numérique est le domaine du young adult, pas de l’adolescent.

   Revenons à ces Réfugiés du Froid. La thématique est assez classique — une minorité qui profite de quelque chose au détriment d’une majorité —mais l’approche de Sylvie est toujours aussi humaniste. Ce qui l’intéresse, ici comme dans Allia, c’est le courage de ses protagonistes, leur implication, leur ouverture d’esprit, leur volonté de se battre pour la justice, leur humanité transcendante. Les adversaires existent, bien entendu, mais ce sont des ombres, des éléments de décor.  La beauté du texte de Sylvie est celle du partage, de la solidarité et de la douleur partagée.

   La plus grande faiblesse du texte réside dans sa brièveté. On aimerait savoir ce que deviennent Alma et Alan, abandonnés sur le seuil de leur avenir. On aimerait découvrir la nouvelle vie dans Torj. On aurait aimé que l’auteur nous emmène par la main au contact de ses différents protagonistes, comme ces étranges Aks.

   Ou peut-être pas. Car le fait de nous embarquer dans une histoire, de nous conduire jusqu’à ce point et nous laisser rêver la suite, imaginer nous-mêmes ce qui peut se produire au-delà de la plume de Sylvie, n’est-ce pas le plus beau cadeau que puisse faire un auteur à son lecteur ? Ce faux manque nous invite à nous approprier cet univers, à continuer à le faire vivre selon ses propres envies, ses propres fantasmes, son propre rythme.  Et cela, peu d’auteurs osent se le permettre. Sylvie offre, il ne nous reste plus qu’à prendre.

Les Réfugiés du Froid

Sylvie Kaufhold

Numériklivres

3,50 €