images (1)Adam et Barbara ont tout pour être heureux, ils sont jeunes, beaux, fraîchement mariés, ils s’aiment, ont une belle maison… Mais tout bascule un soir. Un chien sur la route, une manœuvre maladroite et les voilà passés de vie à trépas ! Pourtant, ils ne semblent pas destinés à rejoindre un quelconque paradis pour le moment, ils se retrouvent bloqués chez eux et, dès qu’ils en sortent, ils tombent dans un endroit plutôt inhospitalier peuplé de vers de sable voraces. Pire encore, leur tranquillité de trépassés vire un peu plus au cauchemar lorsqu’un couple de bourgeois moyens, les Deetz, et leur fille en pleine rébellion adolescente s’installent chez eux. La cohabitation n’enchante pas Adam et Barbara : les nouveaux propriétaires ont décidé de refaire toute la déco de leur maison dans un style très moderne. Ni une ni deux, Adam et Barbara décident de les chasser. Quoi de plus simple pour un fantôme que d’effrayer les vivants ? Hélas, les Deetz ne réagissent pas comme prévu : enthousiastes, ils choisissent de transformer la maison en lieu de visite touristique pour qui s’intéresse aux fantômes ! Sans autre solution, Adam et Barbara font donc appel à un être de mauvaise réputation, un bio-exorciste du nom de Beetlejuice. Dès que le fantôme apparaît, Adam et Barbara se disent qu’ils ont fait erreur…

Beetlejuice est le second long-métrage salué de Tim Burton. Sorti en 1988, il confirme et impose définitivement le style du réalisateur, profondément décalé, coloré, onirique, faisant fi des codes hollywoodiens, même en matière de film du genre horreur.
Séduit par l’histoire de Michael McDowell, Burton perfectionne le contenu alors plus violent et lance l’écriture d’un scénario. Il est en attente d’un budget pour le projet Batman et réaliser un autre film le tente. Et le fait est que les composantes auxquelles il est attaché sont là : humour et horreur se partageant le devant de la scène, l’opposition du monde des morts à celui des vivants avec une mise en valeur du premier comme étant meilleur, fantaisie, délires, la porte est ouverte pour toutes les folies « burtoniennes » et ce jusqu’au final en happy end.
La fatalité qui emporte Adam et Barbara est également une thématique récurrente dans le cinéma de Burton et avec Beetlejuice, elle s’affirme très tôt. Ses deux protagonistes n’ont décidément pas de chance, ils meurent jeunes, restent prisonniers entre deux mondes, ratent leur opération « chassons les intrus » et font appel au mauvais partenaire, le genre d’individu qui empire toujours les situations qui l’impliquent.

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Tour à tour comique, obsédé sexuel, effrayant, goguenard, vantard, guignol, vicelard… Beetlejuice est l’anti-héros typique, celui auquel on fait appel faute de mieux mais qui ne parvient pas à grand-chose ou alors par le plus grand des hasards. Interprété avec maestria par un Michael Keaton surprenant que l’on peine à quitter des yeux, affublé d’un maquillage, d’une gestuelle, d’une démarche et d’une voix horrifiques, il est un empêcheur de vivre – même mort – imparable. Son énergie fait le film, elle l’anime tout du long, le dirige et met en lumière les autres protagonistes.

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Alec Baldwin (Adam) encore peu connu et Geena Davis (Barbara) tout juste révélée au grand public par La Mouche (Cronenberg), tiennent leur place en jeune couple mielleux baba-cool qui entend mener leur mort à bien. Ils s’adaptent assez vite à leur situation et leurs tentatives de jouer les méchants fantômes sont hilarantes. Jeffrey Jones et Catherine O’Hara jouent admirablement les snobs de la grande ville, en quête de fantaisie dans leur vie si bien réglée, ignorant les problèmes de leur gothique de fille (Winona Ryder toute jeune) tant ils sont préoccupés par le matériel et l’argent. Leur potentiel original se délie au long du film et des mauvaises farces qui leur sont jouées. Clin d’œil spécial à Glenn Shadix (Otho le décorateur – exorciste) et Sylvia Sidney (Juno) en personnages pleins de bons conseils intéressés jamais écoutés.

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Adam et Barbara n’ont vraiment pas de chance !

Les décors comme les costumes (surtout ceux de Beetlejuice) et les personnages appelés par Beetlejuice, sont marquants, propres au cinéma de Tim Burton. On y trouve les compagnons squelettes, les jouets transformés en objets dangereux, les rayures, le vert presque fluo (cheveux ou lumière d’ambiance), le violet chantant, le blanc très cadavre, les jeux d’ombres et lumières qui donnent vie et énergie au monde des morts selon Burton, toujours plus gai et animé que celui des vivants éternellement figé dans une apparence stricte et lisse.

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La fantaisie « burtonienne » est partout présente, jusque dans les accessoires bizarroïdes et doté d’une vie propre de Beetlejuice, faite d’artifices en carton-pâte, vieillots mais terriblement dans le ton du film.

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Avec Beetlejuice, Tim Burton a superbement affirmé son style, un cinéma fantastique voguant entre songe et réalité, se moquant des convenances avec dérision et sincérité, proclamant brillamment que le film d’horreur peut être intelligent, effrayant mais aussi drôle et distrayant pour tous.

Beetlejuice
Réalisateur : Tim Burton
Production : The Geffen Company
Scénariste : Michael McDowell, Warren Skaaren d’après une histoire de Michael McDowell et Tim Burton
Décors : Bo Welch
Costumes : Aggie Guerard Rodgers
Photographie : Thomas E. Ackerman
Musique : Danny Elfman
Avec : Michael Keaton, Geena Davis, Alec Baldwin, Winona Ryder, Jeffrey Jones, Catherine O’Hara, Glenn Shadix, Sylvia Sidney…
Sortie France : 1988