WastburgFolioSF fait partie de ces collections historiques de la SFFF francophone avec certains des plus grands noms publiés chez eux (Richard Matheson, Philip K. Dick, Clive Barker, Dan Simmons, Pierre Pevel, Ray Bradbury,…) et voir de nouveaux Français rejoindre leur sérail est un plaisir. C’est cette fois au tour de Cédric Ferrand de se voir republié en poche sous une couverture argentée. Je n’avais pas eu la possibilité de découvrir le titre sorti originellement chez les Moutons Électriques et c’est donc avec plaisir que j’ai pu plonger dans la fange de la cité de Wastburg.

La couverture est signée par Benjamin Carré et personnellement, je la trouve tout bonnement magnifique. Toutes les illustrations employées par FolioSF ne sont pas toujours à mon goût mais rien à dire sur celle-ci qui nous offre une vision de la cité à la fois épatante de part sa monumentalité mais également sombre et glauque. De l’excellent travail… L’éditeur nous donne une première vision de Wastburg alléchante :

Wastburg, une cité acculée entre deux royaumes, comme un bout de bidoche solidement coincé entre deux chicots douteux. Une gloire fanée qui attend un retour de printemps qui ne viendra jamais. Dans ses rues crapoteuses, les membres de la Garde battent le pavé. Simple gardoche en train de coincer la bulle, prévôt faisant la tournée des grands ducs à l’œil ou bien échevin embourbé dans les politicailleries, la loi leur colle aux doigts comme une confiture tenace. La Garde finit toujours par mettre le groin dans tous les coups foireux de la cité. Et justement, quelqu’un à Wastburg est en train de tricoter un joli tracassin taillé sur mesure. Et toute la cité attend en se demandant au nez de qui ça va péter.

Wastburg fait partie de ces romans atypiques que l’on aime ou que l’on a du mal à apprécier, construit comme un roman morcelé, suite d’histoires apparemment décousues mais pourtant toutes liées entre elles dans une fresque mettant en scène la vaste cité. Située entre deux royaumes, deux peuples, qui se détestent et dotée d’une neutralité qui devrait lui donner une stature de grande cité, Wastburg est en pleine déliquescence : la magie a disparu et la corruption est partout, infestant toutes les strates de la société.

L’avantage du choix de construction de Cédric Ferrand est que le lecteur a l’opportunité de découvrir une galerie de personnages impressionnante à la fois par sa diversité mais aussi par la complexité de chacun d’entre eux. L’auteur parvient à donner réellement vie à chacun d’entre eux par un bref descriptif de leur histoire qui leur donne une véritable profondeur. Mais le talent de l’auteur ne s’arrête pas là puisqu’il donne également vie à la cité déclinante qu’il nous propose. Chaque ruelle, chaque quartier devient le lieu de multiples aventures, de croisements, … L’aspect universel de Wastburg en tant qu’univers va d’ailleurs donner lieu à la création d’un jeu de rôle que je serais vraiment curieux de découvrir.

Stylistiquement, le travail est très intéressant car l’auteur développe un argot dans l’ensemble de son roman qui donne un aspect médiéval et vivant à toute son œuvre. Loin de s’ennuyer, le lecteur découvrira quelques mots – et pourtant j’étais familier de l’argot médiéval – parfois assez fleuris…

Wastburg est donc un roman surprenant à plus d’un titre et le rapprocher des œuvres de Jean-Philippe Jaworski ou encore de Laurent Kloetzer est assez parlant et vrai pour que les lecteurs amateurs de ces deux auteurs puissent se jeter les yeux fermés dessus. Stylistiquement très travaillé, doté de personnages puissants et diversifiés, ce titre doit connaître le succès tant il est réussi…

Wastburg
Cédric Ferrand
Folio SF

7,70 €