Jaquette 4Décidément, Andô voit surgir les ennemis les uns après les autres. Après la Cigale, un autre tueur a tenté d’avoir sa peau. Mais dans l’ombre de son combat contre Inukaï, d’autres desseins se profilent, ceux qu’Inukaï veut faire tomber, le maire et le businessman Anderson.

Andô est toujours hésitant. Sa peur est tenace et il peine d’autant plus à décider quel rôle tenir dans ce cauchemar depuis qu’Inukaï lui a parlé. Pour ce dernier, il est l’épreuve la plus dangereuse qu’il aura à traverser. Inukaï voit en Andô celui qui sera le juge de son destin. Il tient à ce qu’il ne lui arrive rien et défend à ses hommes de s’attaquer de nouveau à lui. Inukaï a d’autres projets plus urgents : faire en sorte que le maire ne soit plus un obstacle dans son ascension. Après l’opprobre jetée sur Anderson et sa compagnie, c’est au tour du maire d’être la cible. Inukaï fait en sorte que la foule déjà acquise à sa cause considère le maire comme vecteur des transformations de leur ville puisque les investissements Anderson sont de son fait. C’est pour moderniser la ville qu’il a laissé Anderson détruire de vieux immeubles et jeter des gens à la rue, installer des centres commerciaux chics qui ont mené les petits commerces à la ruine… Très vite, la menace grandit. Le maire se retrouve donc avec un garde du corps étonnant : la Cigale. De son côté, Andô essaie de protéger le fils d’Anderson, nouvel élève de son lycée et victime des pires brimades. Forcé de lutter contre ceux qui furent ses amis et qu’il ne reconnaît plus, Andô use encore une fois de son don. Mais une catastrophe se produit : son corps le lâche. Ainsi donc, ce don, utilisé trop et trop souvent aurait de graves répercussions sur son corps…

Le duo de mangakas poursuit l’aventure avec la même finesse. Si le graphisme ne perd rien de sa qualité, de son dynamisme ni de son expressivité, le scénario passe un nouveau cap. Kôtarô Isaka amène un degré supplémentaire à chaque tome et ce volume 4 n’est pas en reste. Après les affrontements d’Andô et de l’envoyé d’Inukaï dans le volume 3, ceux que le destin a désignés comme ennemis jurés se sont rencontrés face à face, seuls, sans autre volonté de leur part que de chercher à comprendre l’adversaire. Quoique… Il semble qu’Andô, toujours peu sûr de lui, ait enfin compris que son rôle est important, qu’il ne peut échapper à cette lutte dont il ne veut pas. Le problème change donc pour lui. Il n’est plus question de savoir si ce qu’il a deviné des intentions d’Inukaï est juste mais s’il sera à la hauteur pour le contrer, lui qui lutte seul, sans appui, sans soutien autre que la confiance de son petit frère qu’il garde à l’écart pour le protéger mais qui sent bien que quelque chose le tracasse, quelque chose de grave. Le développement sous-jacent de la relation fraternelle promet également plus pour la suite. La solitude d’Andô est à double tranchant. Elle est contrée par la sympathie qu’il inspire à la Cigale et l’amitié protectrice qu’il offre à Anderson junior.
Autre aspect qui prend du galon dans ce tome 4 : l’idée de manipulation des foules, jusqu’à la violence gratuite. Et ce qui heurte plus encore le héros ce n’est plus de constater avec quelle facilité la masse populaire se laisse emporter par ses bas instincts mais de voir ses anciens camarades de lycées, ceux qu’il considérait comme ses amis, se laisser gagner par la même ferveur de sang et s’en prendre au fils du maire. Cerise sur le gâteau, le tome se termine sur un duel spectaculaire entre la Cigale et un autre tueur à gage, duel qui ouvre une fenêtre sur la personnalité cachée de la Cigale, et on découvre en même temps qu’Andô que ses moyens de combat se réduisent plus qu’il ne le pensait. Comme dans tout bon récit mettant en scène des êtres dotés de pouvoirs surnaturels, le revers de la médaille est révélé et plutôt dur à encaisser. Qu’arrivera t-il à notre héros s’il pousse trop loin des maigres capacités psychiques ?
Quand je vous dis que le suspense possède chaque tome de cette série, je ne plaisante pas !
Rien à redire concernant l’édition française, Kurokawa ne manque à aucun devoir éditorial : respect du format, pas de coquille, pas de faute de traduction ni de langue, jaquette impeccable, papier de qualité.
A lire sans attendre et sans modération.

Le Prince des Ténèbres T4
Kôtarô Isaka & Megumi Ôsuga

Texte : Kôtarô Isaka
Dessins : Megumi Ôsuga
Traduction : Kayo Chassaigne-Nishino
Editions Kurokawa

6,50 €