KrakenJ’ai découvert China Miéville à travers Le Concile de Fer et The City & The City et j’étais tombé amoureux de ce style très spécial, de ces récits étonnants et inattendus. C’est donc avec joie que j’ai appris la sortie chez Fleuve Noir de Kraken, son dernier roman.

Couverture sobre, bien que le vernis sélectif soit très réussi, illustration intrigante, que de bons éléments pour se sentir attiré, happé par ces pages. De la belle ouvrage que cette couverture. La présentation met également l’eau à la bouche :

Billy Harrow, spécialiste des céphalopodes, anime des visites au Muséum d’Histoire Naturelle de Londres, dont l’Architeuthis dux est la pièce majeure.
Lorsque l’animal de huit mètres et son immense cage de verre disparaissent sans aucune effraction, la vie de Billy bascule. Une brigade secrète de la police vient l’interroger et le met bientôt en garde contre la secte des adorateurs du dieu Kraken. Mais ces derniers ne sont pas les seuls à vouloir s’emparer du biologiste : des individus impossibles émergent des profondeurs de Londres et traquent désormais Billy, détenteur malgré lui du secret millénaire de la mythique créature des abysses…

China Miéville est connu pour son imaginaire débridé, je m’attendais donc à un récit particulièrement surprenant. Je ne fus pas déçu puisque l’idée de départ du roman (le kraken géant du Museum de Londres a été volé, sans que l’on sache comment) paraît en soi assez loufoque et semble entraîner sur des voies toujours plus étonnantes. En partant de ce constat de vol, l’auteur aurait pu complètement perdre la maîtrise de son roman, le laissant partir dans des théories alambiquées et non crédibles. Or il parvient, par le biais du très humain Billy Harrow, à nous tracer un scénario bien entendu très complexe mais aussi et surtout parfaitement équilibré. En effet il maîtrise de bout en bout son sujet et nous entraîne dans un délire ésotérique mêlé de thriller, complété par une touche de fantastique et de mysticisme pour produire l’un des romans les plus surprenants de 2013. Car oui, China Miéville est un habitué des prix mais le moins que l’on puisse dire est qu’il fait tout pour les mériter. Chaque fois ses romans prennent le lecteur à contre-pied dans un univers éditorial où l’innovation est difficile.

Stylistiquement, ce roman m’a posé plus de soucis que les précédents. L’impression de décousu du récit, certains discours m’ont semblé totalement décalé et ont créé une difficulté à entrer pleinement dans le récit. Malgré cela, la traduction de Nathalie Mège est d’excellente qualité car le roman n’a pas dû être simple à traduire. Peu de coquilles sont à relever, bref du bon boulot éditorial pour un excellent titre.

Kraken est donc un roman génial au sens scénaristique du terme même si le découpage et le style m’ont posé plus de soucis. Le fait est qu’il faut absolument que vous découvriez cette perle du fantastique contemporain car rares sont les romans de ce type : étonnants, pointus, complexes,… Bref, du grand art, même si celui-ci n’est pas exempt de tous défauts…

Kraken
China Miéville
Fleuve Noir

20,90 €