Ghost StoryLe fantastique n’est pas mort et continue même à avoir du succès, la preuve avec cette édition du Ghost Story de Peter Straub, sorti aux États-Unis à la toute fin des années 70. Et comme on dit? les meilleures recettes sont les anciennes avec ce roman atypique, qui a tout eu pour me satisfaire…

La couverture est pour une fois très, très simple, évocatrice et parfaitement adaptée à ce que le lecteur attend d’un roman fantastique. Le gris fantôme avec surimpression photo combiné à la teinte purpurine du titre me paraît totalement en accord avec ce que l’on peut attendre d’un roman fantastique.

Dans la sinistre petite ville de Milburn, quatre vieux amis passent leurs soirées à se raconter de terrifiantes histoires de fantômes. Mais, depuis la disparition de l’un des membres du club dans de fort étranges circonstances, aucun d’eux n’échappe aux terribles visions qui hantent leurs nuits. Entre créatures mythiques et esprits vengeurs tout droit sortis de leurs récits d’horreur, envoûtés par la même femme aux mille visages, ils découvrent bientôt que la pire des monstruosités est en réalité issue de leur propre passé.

Ce roman est assez atypique de par sa forme puisqu’après un prologue surprenant et inquiétant (ce qui confirme sa réussite), le lecteur va se trouver confronté à une fillette enlevée qui n’est pas forcément ce qu’elle semble être. Et une fois ce prologue passé, le lecteur ne sait pas vraiment à quoi s’en tenir vis-à-vis du reste du roman puisque rien ne semble lier les deux textes. Et pourtant le scénario de Peter Straub s’enchaîne avec un talent rare et une fluidité impressionnante. L’histoire générale se croise avec celle des différents protagonistes mais également avec les courts récits racontés au sein de la Chowder Society, qui donnent l’impression d’intermèdes au cours desquels de brèves histoires horrifiques divertissent le lecteur du scénario régulier. Ici le fantastique est exprimé dans sa plus pure nature : un quotidien qui déraille vers quelque chose d’effrayant. Et là, c’est la vie de tous les membres de la Chowder Society qui va s’engouffrer sur les rails du cauchemar…

Et c’est là que commence tout le plaisir de lecture que j’ai ressenti puisque, personnellement j’adore le fantastique dans la dimension démentielle qu’elle peut acquérir si l’auteur est bon. Et Peter Straub n’en est pas à son coup d’essai puisque lors de l’écriture de Ghost Story, il avait connu le succès avec ses quatre premiers titres. Il a donc une maîtrise certaine de la langue et parvient à faire ressentir à ses lecteurs l’angoisse des situations qu’il décrit. Stylistiquement, l’ensemble est cohérent avec une écriture parfaitement adaptée. La traduction est de bonne qualité malgré quelques légères tournures pouvant sembler surprenantes.

Le final de ce roman a à la fois de quoi surprendre et est attendue. Je m’explique : il semble évident dès le début du roman qu’il va arriver malheur à nos protagonistes mais ce qui compte en matière de fantastique c’est la manière. Et là Peter Straub a su me surprendre et me saisir les tripes par son récit…

Ghost Story est donc un excellent roman que les amateurs de fantastique ne pourront qu’apprécier tant tout est cohérent et parfaitement mis en place par un auteur connaissant parfaitement son affaire. Ce titre était ma première entrée dans l’univers de cet auteur et je dois dire que je n’ai en rien été déçu celle-ci, me donnant même envie d’en découvrir plus. À quand une prochaine réédition des titres de Peter Straub ? Mystère…

Ghost Story
Peter Straub
Bragelonne

20 €