Terres suspenduesPalimpseste

Les Terres suspendues correspondent à un univers de fantasy atypique qui connaît là sa troisième édition (la toute première ayant pour nom Palimpseste) – preuve de l’amour que son auteur lui porte et qu’il s’efforce de faire partager au public rôliste.

Il s’agit d’un monde original et qui détonne dans la production ludique habituelle, se réclamant du genre arcanepunk – c’est-à-dire une fantasy où la magie serait l’équivalent de l’électricité chez nous, une source d’énergie servant pour tout. Éclairage public, eau courante, chauffage, etc. Il en résulte un univers – déjà fortement emprunt de poésie du fait de sa configuration, des îles flottant dans le ciel sur lesquelles sont bâties des cités – qui change agréablement des poncifs et qui marie intelligemment la familiarité (les villes ressemblent aux nôtres, avec des enseignes lumineuses, de hauts immeubles, etc.) et dépaysement (les races, la magie, l’environnement, etc.).

Le bonheur à portée de main !

Terres suspendues – Mécaniques magiques propose de jouer plusieurs races (elfes, bêtes, gnomes…) et n’évite d’ailleurs pas le sujet du racisme – le traitant avec une certaine intelligence dans son cadre bien particulier. Car si l’univers se pare de tous les oripeaux de la fantasy, le « punk » d’arcanepunk prend tout son sens à la lecture du livre : la magie a beau être omniprésente, ses bienfaits ne sont pas accessibles à tous. Ceux qui peuvent se payer les services de magiciens ou s’acheter des artefacts ont la vie facile, les autres… et bien, ils vivent d’expédients dans des quartiers malfamés notamment. On peut y lire en filigrane une critique sociale s’appliquant parfaitement à notre monde.

Des règles difficiles à appréhender

Terres suspendues – Mécaniques magiques n’utilise pas de dés mais des gemmes à miser qui représentent en quelque sorte la capacité d’un personnage à utiliser la magie environnante pour obtenir des effets – et comme tout est magique, toutes les actions possibles sont traitées par ce biais.

Si l’idée est intéressante, le système est assez mal expliqué et surtout se perd en complexité inutile – alors qu’il semblait au premier abord assez léger. Il faudra relire certains passages plusieurs fois et bien étudier les exemples pour être certain de tout comprendre. Une fois maîtrisées cependant, ces règles promettent une certaine fluidité de la narration et des scènes dynamiques.

Un découpage étrange

Le livre de Terre suspendues – Mécaniques magiques contient uniquement le système du jeu et quelques généralités sur l’univers. Tout le reste du background se trouve sur le site de l’auteur (http://www.terres-suspendues.com/) – ce qui est finalement fort peu pratique à l’usage.

En effet, tous les rôlistes n’ont pas accès à une tablette graphique ou une imprimante et il devient vite laborieux de naviguer entre le livre et le site pour appréhender l’ensemble du jeu.

Un choix éditorial étonnant et dommageable au jeu, qui le rend peu accessible…

Conclusion

Toutefois, si le pré requis du jeu (arcanepunk, originalité du traitement, règles diceless) vous séduit, il est tout à fait possible de passer outre ces défauts pour vous approprier Terres suspendues – Mécaniques magiques et y faire jouer des aventures à nulle autre pareille. Cela demande un certain effort mais l’amour que porte l’auteur à son univers peut vous y pousser.

Terres suspendues – Mécaniques magiques
Un jeu édité par les Vagabonds du Rêve
68 pages

19 €