Il y a des livres qui se lisent avec plaisir mais qui s’oublient dès qu’on les referme. Le premier tome de La Somme des rêves – Le livre de l’Enigme – n’est pas de ceux-là. Il fait partie de ces livres particuliers qui vous hantent, qui ne vous quittent plus et qui abolissent la frontière entre le quotidien et l’imaginaire. Il vous tarde d’y replonger, de retrouver les personnages et leur univers et de vous y perdre à nouveau.

Nouvelliste et anthologiste reconnue (Merlin 2006, Imaginales 2008), l’auteur, Nathalie Dau, donne ici une nouvelle dimension à l’univers des mages bleus effleuré dans deux nouvelles précédemment parues et que l’on retrouve avec plaisir – ou que l’on découvre, selon les cas – à la fin de ce premier tome : Cosmogonie et Ton visage et mon cœur.

Les Mages Bleus, servants de l’Equilibre, ont été décimés, mais l’un des leurs a survécu au prix de son honneur, motivé par le besoin impérieux de transmettre la vie. Le jeune Cerdric, né bréon de la noble famille Tirbald, va, quant à lui, affronter une mère qui ne l’a pas désiré, un monde qui semble incapable de l’aimer. Et si la solution à ses tourments résidait dans la Marche voisine, là où vit son mystérieux père, en exil ? Mais au terme de son voyage, Cerdric recevra surtout le poids d’un secret terriblement lourd à porter : celui de la Somme des Rêves, une espérance de renouveau pour ceux qui refusent de s’incliner devant les Dieux…

L’illustration de couverture, qui représente la rencontre entre Cerdric et son jeune demi-frère en pleine tempête, dans la forêt des fées, est due à Mathieu Coudray.  Elle respecte le contenu et le choix du bleu, comme l’ambiance générale, nous invite à entrer dans un monde où la magie ne peut être qu’omniprésente.

Le livre comporte en outre de nombreuses notes en fin d’ouvrage qui précisent le calendrier et d’autres éléments de l’univers créé par Nathalie Dau et une préface de l’auteur américaine Robin Hobb (peut-on rêver mieux ?).

Comme dans l’Assassin royal de cette dernière, Nathalie Dau laisse son personnage principal, Cerdric, raconter sa vie. Elle choisit justement Cerdric comme « héros », lui qui fait figure de vilain petit canard, enfant non désiré voire détesté, ne possédant aucune magie et pas vraiment d’autre qualité remarquable. Elle aurait pu choisir un autre point de vue, plus brillant, plus magique et pourtant c’est son choix qui permet au lecteur d’adhérer complètement à l’histoire. On compatit avec Cerdric, on se retrouve dans ses peines et ses erreurs, on lui souhaite de tout cœur de trouver ce qu’il cherche, bien plus qu’on ne le ferait avec un héros splendide, auréolé de magie.

En lisant les premières lignes des mémoires de Cerdric, on devine une fin amère, une cassure, avant même de le suivre sur les chemins de son enfance. Celle-ci prend dans ce premier tome la plus grande place, ainsi que notre découverte d’un monde riche et cohérent que l’on ne veut plus quitter. Les relations de Cerdric avec les adultes et tout particulièrement sa mère – personnage somme toute assez classique de la méchante reine des contes de fées – sont au centre de la première partie. Sa rencontre avec son père et l’univers de celui-ci prend ensuite le relais, laissant plus de place à l’univers de légende, aux fées et à la magie (le drac).

Je conclurai donc cette chronique en vous avouant attendre avec impatience le tome 2, à paraître en mai 2013.

 

La Somme des rêves

Le Livre de l’Enigme T1

Nathalie Dau

Asgard 2012

19€