De prime abord, je me suis clairement demandé ce qu’un western pouvait bien venir faire au milieu du catalogue Lokomodo, clairement ancré dans un imaginaire classique, et c’est donc intrigué que je me suis penché sur le cas de ce roman. Et croyez-moi, Cheveux-de-Feu est une claque littéraire que je me suis pris en pleine face sans même la voir venir…

La couverture de Cromwell, même si elle ne correspond pas à mes goûts esthétiques, est parfaitement en phase avec le roman. Cette femme étrange, portant un tomahawk ensanglanté au milieu d’une prairie est à la fois intrigante et inquiétante. Une excellente première impression, donc. Le synopsis m’a également poussé à me poser des questions sur le contenu :

Jamais L’Irlandaise et le Sioux n’auraient dû se rencontrer.
Entre eux, un océan. Des océans…
1845. Jewell O’Connor et Zuzeca Cik’ala Iyasni ne sont encore que des enfants, mais déjà ils luttent pour leur survie dans un monde qui s’effondre. Pour elle, la famine. Pour lui, la guerre.
Pour eux deux, la barbarie.
Au fil des bonheurs, des apprentissages, des drames et des épreuves, ils cheminent l’un vers l’autre.
L’Irlande de la Grande Famine, la New York des gangs, l’Amérique de la conquête de l’Ouest, les grandes plaines sauvages et ses tribus indiennes. Une épopée pleine de vent, de fureur et de mystère.
Une quête de liberté et d’identité. Une histoire de courage, celui d’une femme flamboyante et rebelle. Mais plus que tout, une grande histoire d’Amour qui marquera à tout jamais une légende à naître : celle de la Femme-Louve.

Sylvie Wolfs nous propose un univers totalement en marge de ce que les lecteurs d’imaginaire français ont l’habitude de découvrir sur nos rivages. Le principe du western, genre en véritable perte de vitesse en France, allié au fantastique du chamanisme indien, est particulièrement intéressant mais le lecteur ne va pas être satisfait immédiatement de son envie de grands espaces.

Le récit se découpe en deux visions, deux vies que nous découvrons sous nos yeux : celle de Jewell O’Connor, jeune Irlandaise vivant au cœur des famines ayant poussé ces populations à l’exode, et Petit-Serpent-Immobile, jeune indien qui va découvrir son destin de manière violente. Ces deux regards sur la société du milieu du XIXe siècle sont très intéressants et montrent la collision de deux mondes alors que la ruée vers l’Ouest commence à fleurir et les populations à se déplacer. Jewell va débarquer, suite à de nombreux malheurs, sur les côtes américaines, à New-York. S’ensuit tout un périple qui la mènera à l’accomplissement de son destin, notamment aux Five Points.

La plume de Sylvie Wolfs est parfaitement adaptée à ce récit mais peut surprendre. La sensibilité à fleur de peau qui se dégage du récit, de l’écriture même de l’auteure est particulièrement intéressante et rend le récit encore plus vivant, mais ce style très ciselé pourra également étonner les lecteurs plus habitués aux récits ancrés dans une action constante avec un champ lexical plus maigre. Personnellement, j’ai trouvé ce style d’écriture très agréable et ne m’en suis plaint à aucun moment.

Autre point intéressant : le niveau de précision des détails donnés par l’auteure dans son récit. Le fait de l’ancrer dans une période historique précise est assez risqué puisque nombre de petits détails peuvent finalement paraître anachroniques aux lecteurs avertis et devenir dommageable à la lecture. Je n’ai toutefois relevé aucune incohérence historique et ait même pris grand plaisir à me promener au cœur de cette époque assez mal connue en France.

Cheveux-de-Feu est un de ces romans qui reste dans les mémoires de part ses qualités littéraires et scénaristiques. Un seul reget toutefois : le passage par les Five Points nous est vendu comme inspiré de Gangs of New York mais je l’ai trouvé bien trop court pour être réellement plaisant. Vivement le tome 2, à paraître en avril.

Cheveux-de-Feu
La Femme-Louve T1
Sylvie Wolfs
Couverture de Cromwell
Lokomodo

8,50 €