Accueil / Cinéma / Westworld – Jonathan Nolan et Lisa Joy

Westworld – Jonathan Nolan et Lisa Joy

 

 

A Westworld, un parc d’attractions dernier cri, les visiteurs paient des fortunes pour revivre le frisson de la conquête de l’Ouest. Dolores, Teddy et bien d’autres sont des androïdes à l’apparence humaine créés pour donner l’illusion et offrir du dépaysement aux clients. Pour ces derniers, Westworld est l’occasion de laisser libre-cours à leurs fantasmes. Cet univers bien huilé est mis en péril lorsqu’à la suite d’une mise à jour, quelques robots commencent à adopter des comportements imprévisibles, voire erratiques. En coulisses, l’équipe qui tire les ficelles de ce monde alternatif s’inquiète de ces incidents de plus en plus nombreux. Les enjeux du programme Westworld étant énormes, la Direction ne peut se permettre une mauvaise publicité qui ferait fuir ses clients. Que se passe-t-il réellement avec les androïdes ré-encodés ?

 

Avant de me lancer dans l’aventure Westworld, j’en avais beaucoup entendu parler, et toujours en bien : originalité du scénario, complexité des personnages… Cette série est présentée comme le successeur de Game of Throne.

L’histoire surfe sur un classique de la science-fiction : et si les robots devenaient sensibles comme nous, à tel point qu’on ne puisse plus faire la différence ? Et s’ils devenaient si intelligents qu’ils se retournaient contre nous ? Ces questions sont soulevées et abordées d’une façon plutôt intelligente, même si elles ne sont pas particulièrement originales.
Westworld doit en effet beaucoup à la série Real Humans, qui abordait sous un angle assez philosophique et politique l’arrivée de robots plus vrais que nature. La série a malheureusement été arrêtée prématurément au bout de deux saisons, probablement parce qu’à l’heure actuelle, le rêve américain fait plus vendre que le rêve suédois…
Cette approche a donc été vue et revue, mais ici ça fonctionne plutôt bien dans l’ensemble, les scénaristes étant suffisamment bons pour rendre l’histoire accrocheuse. D’autant que la frontière entre l’humain et l’androïde est ici poussée à l’extrême : on en vient à se demander si les robots sont bien ceux auxquels on pense…

Dans Westworld, une autre question est également posée : jusqu’où peut-on se permettre d’aller avec des créatures qui ne sont que des machines mais nous ressemblent tant ? Le parc d’attraction révèle-t-il la vraie nature des gens ou renforce-t-il leur côté obscur ? Pas besoin de scènes de sexes ou de torture dans la série : une ambiance malsaine plane sur les épisodes, et l’on y découvre les pulsions des uns et des autres qui peuvent subitement s’assouvir sans conséquence (viol, massacre, etc…). C’est assez dérangeant car cela semble réaliste.

L’atmosphère de la série est intimiste et donne une impression de huis clos. Même si le parc est grand, on ne voit jamais le monde extérieur, ce qui est très intelligent car cela donne à l’ensemble un côté très atemporel : on ne sait pas du tout à quelle époque on est, et même si on se doute qu’on se situe dans un futur proche on n’a aucune idée de ce à quoi il peut bien ressembler.
Les scènes qui ne se déroulent pas dans le parc sont filmées dans le complexe qui le gère, tout près ce celui ci donc. Il s’agit d’un ensemble de pièces sombres, de vitres qui donnent sur l’intérieur, sans fenêtre, une succession de sous sols et de salles aveugles qui renforcent le mystère.

Le rythme de la série est inégal. Les scénaristes abusent de certains ressorts narratifs banals pour faire durer le suspense, je pense notamment à deux épisodes (sur dix ça fait quand même pas mal). Au cours du premier, on ne suit par exemple aucun des robots du parc d’attraction, donnant un effet d’ensemble assez long : on sent que le but est de meubler pour gagner du temps. Au cours du second, l’un des personnages, Bernard, essaye de se rappeler quelque chose de précis et on a droit à tous ses souvenirs qui n’apportent pas grand chose à l’ensemble. J’ai trouvé ces « trucs » un peu grossiers et me serais attendue à mieux de la part d’une série de cette ampleur.

Les personnages de Westworld, sont bel et bien crédibles et complexes. Comme dans Game of Thrones, c’est une série chorale dans laquelle on suit une multitude de personnalités, aussi bien humains que robots, dans le parc ou dans sa base de gestion.
Il y a une grande diversité dans ce qu’on ressent pour eux : certains sont très attachants (Dolores, William), d’autres tout à fait détestables (Logan, l’homme en noir). D’autres enfin sont plus énigmatiques et nous laissent perplexes, comme l’androïde Maeve ou Ford, le créateur du parc. Ces personnages sont tous servis par d’excellents acteurs, qui les rendent très crédibles.

Enfin, pour faire un dernier petit comparatif avec Game of Thrones, la série ne comporte ni scène de sexe ni séance de torture. Et on a enfin (enfin !) droit à une égalité des sexes concernant la nudité des personnages : les hommes sont tout aussi déshabillés que les femmes (mention spéciale à Ben Barnes), et l’ensemble n’est pas du tout voyeur.

 

Pour conclure, j’ai trouvé que Westworld était une bonne série mais j’avoue avoir été un peu déçue par rapport au battage médiatique qui en a été fait. Malgré une fin explosive, je ne suis pas assez accroc pour attendre la suite des épisodes avec impatience. Je regarderai cependant la saison prochaine avec plaisir.

 

Westworld

Créée par Jonathan Nolan et Lisa Joy

avec Evan Rachel Wood, Ed Harris, Anthony Hopkings, Thandie Newton,…

À propos NokomisM

2 plusieurs commentaires

  1. Il faut rendre à César ce qui lui appartient : cette série est adaptée du film Mondwest avec Yul Brynner à la base, et ce film date de 1973… Donc je dirais plutôt que Real Humans (ou la réadaptation britannique Humans) s’est plus probablement inspiré du film d’origine et non que cette série est inspirée par Real Humans. Après, je n’ai pas encore regardé la série donc peut être que le traitement des personnages androïdes est sans doute plus travaillé que le rôle de Yul Brynner dans le film Mondwest, ce qui serait souhaitable pour arriver à transformer un film de 1H30 en une série de 10 fois 52 minutes.
    A noter que le film montre 3 époques : le far-west, l’empire romain et le moyen-âge époque châteaux forts. Reste à voir si la série se contente du far-west ou bien, comme le film, va aller explorer d’autres environnements que le western.

    • Bonjour,
      je savais effectivement que la série était une adaptation de Mondwest, que je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de voir. J’ai cependant lu un certain nombre de résumés et de critiques concernant ce film, et d’après ce que j’ai compris il s’agit d’un film d’aventure destiné à distraire plus qu’à faire réfléchir. La question du rapport de l’homme à la machine semble aussi y être abordé, mais sous un autre aspect : celui de la domination des machines qui se retournent contre leur créateur. Or ce n’est pas vraiment le propos de Real Humans (je parle de la version originale suédoise), qui d’une part propose une histoire totalement différente et d’autre part s’intéresse davantage à la frontière entre les humains et les robots qu’à une domination des seconds sur les premiers, le même genre de frontière qui est d’ailleurs interrogée aujourd’hui entre l’homme et l’animal. La série Westworld est moins romanesque que semble l’être le film et ne s’intéresse pas à la domination des machines sur les humains mais bien à la similarité troublante qui existe entre les deux, et qui nous poussent à nous demander si, au fond, nous ne devrions pas les considérer comme nos semblables, et c’est en ce sens là qu’elle me semblait très inspirée de Real Humans.

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*

x

Check Also

Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street – Tim Burton

Benjamin Barker est un jeune homme heureux : son affaire de barbier marche bien, il a ...

Watch Dragon ball super