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Wanderer – Heaven Shall Burn

En 2016, Heaven Shall Burn fêtait ses 20 ans d’existence, et pour l’occasion sortit son huitième album intitulé Wanderer. Avec un tel titre, et une pochette aux allures de carte postale ou d’invitation à la méditation, le premier réflexe serait de croire que les Allemands ont délaissé la furie des circle pits pour suivre les traces de leurs compatriotes de The Ocean. Qu’on se rassure, il n’en est rien !

En fait, ce serait plutôt le contraire. Non pas qu’il soit malvenu de s’en tenir à une formule éprouvée lorsqu’elle fonctionne – comme dit l’adage, pourquoi réparer ce qui n’est pas cassé ? – mais il faut bien admettre que sur cet album, Heaven Shall Burn ne se réinvente pas énormément. Et ce, malgré le changement de batteur, Matthias Voigt ayant légué son siège à Christian Bass pour soigner ses problèmes de dos après la sortie de Veto. Nuançons cependant le propos : pour un groupe aussi efficace que Heaven Shall Burn, il n’est nul besoin de proposer du neuf pour produire un bon album.

Précédé de l’intro The Loss Of Fury qui aurait pu facilement intégrer le Slow Death de Carnifex sorti quelques semaines plus tôt, le premier single de l’album Bring The War Home s’écoute comme un titre classique du groupe : énervé, bourrin et avec un refrain mélodique imparable. Le genre de morceau typique pour mettre le feu aux fosses de nombreux festivals. La suite se situe dans une veine comparable, avec ça et là quelques éléments qui feront dresser l’oreille des plus attentifs. Passage Of The Crane ne manque pas d’évoquer In Flames, Save Me a de forts accents de Suicide Silence, et Prey To God sonne carrément comme du bon gros death metal… ce qui n’est en soi pas une surprise, étant donné la présence sur ce titre de George « Corpsegrinder » Fisher, hurleur en chef chez Cannibal Corpse, aux côtés de Marcus Bischoff. Non seulement c’est du très bon death metal, mais les paroles rejoignent la philosophie derrière le nom du groupe (et pour ceux qui ne cherchent pas à voir derrière les apparences, il ne s’agit pas d’un discours anti-religieux au premier degré à la Gorgoroth).

Parlons des paroles, justement. Heaven Shall Burn a toujours évoqué dans ses albums des sujets sensibles et Wanderer ne fait pas exception, quitte à piocher dans certaines pages sombres de l’Histoire. They Shall Not Pass revient ainsi sur la bataille de Cable Street, qui avait vu en 1936 plus de 100 000 Londoniens se battre contre des milliers de chemises noires de la British Union of Fascists. Morceau ultra-efficace là encore, accompagné du son des rangers foulant le pavé, qui mériterait d’être joué en concert. Plus tard dans l’album, Extermination Order est une évocation du premier génocide du XXe siècle, la bataille de Waterberg en 1904. La Namibie, alors sous colonisation allemande, avait été le triste théâtre de l’extermination des peuples Hereros et Namas par les troupes coloniales, sur ordre du lieutenant-général Lothar Von Trotha. Pire encore, les survivants avaient été parqués dans les premiers camps de concentration, plus de trente ans avant l’avènement du régime nazi. À défaut d’explorer de nouveaux horizons musicaux, Heaven Shall Burn ne craint pas d’afficher une fois encore son engagement contre toute forme d’oppression, y compris lorsque l’oppresseur est son propre pays.

Un mot enfin sur la superbe reprise en fin d’album. Heaven Shall Burn est bien rompu à l’exercice, après avoir repris notamment Edge Of Sanity et Blind Guardian (l’épique Valhalla qui clôt désormais chacun de leurs concerts). Cette fois, les Allemands ont fait le choix étonnant de s’attaquer à un gros morceau du doom metal, The Cry Of Mankind de My Dying Bride. Du metalcore pour reprendre du doom ? L’idée peut faire lever quelques sourcils, mais le résultat surprend par sa réussite. Un hommage au morceau original, avec les arrangements made in HSB et un featuring d’Addy Tryggvason, la voix de Sólstafir, qui compense les growls de Marcus de son chant clair.

Tout en étant un peu trop long et répétitif, Wanderer n’en reste pas moins un bon exemple de tout ce que Heaven Shall Burn représente après vingt ans. Un bon album de metalcore, brutal et engagé, qui sera encore une fois l’occasion de battre des records d’amplitude de circle pits lors des tournées du groupe. N’est-ce pas là tout ce qu’on attend de Heaven Shall Burn, après tout ?

Eldricht Tales

A propos de Wolflord

Infatigable arpenteur des plans de l’imaginaire, je me réincarne au fil de mes voyages. De Gotham City à R’lyeh, du sanctuaire d’Athéna aux terres de Rokugan, je parcours les mondes en quête de nouveaux défis à relever et d’histoires à raconter. Et sans jamais oublier de prêcher la bonne parole du dieu Metal.

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