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Une soirée avec Sire Cedric à la BMI d’Epinal-Golbey

Le 29 mai à 20h, la BMI – Bibliothèque Multimédia Intercommunale – d’Epinal-Golbey a reçu Sire Cedric. Il succède ainsi à Pierre Pevel, Charlotte Bousquet et Jean-Philippe Jaworski. Après un sympathique mot d’accueil de la part de Marianne Masson, la directrice de la BMI, et de Bernard Visse, le directeur du festival, qui nous a donné les chiffres de ces toutes proches Imaginales, c’est Stéphanie Nicot, la directrice artistique des Imaginales, qui fait l’introduction de cette soirée en nous rappelant le rôle important que jouent les petites maisons d’édition dans la découverte de talents. Elle poursuit en parlant des coups de cœur des Imaginales qui, outre le talent indéniable dont ils font preuve, doivent également être disponibles vis-à-vis du public. Sire Cedric a déjà été coup de cœur et un clin d’œil est adressé à Lionel Davoust, dans la salle ce soir, qui est lui-même le coup de cœur des Imaginales 2012. Le partenariat avec la BMI a permis de recevoir en dehors des mois d’été des auteurs de talent et on ne peut que se féliciter de cette initiative appréciée du public qui ce soir est constitué d’une quarantaine de personnes dans l’auditorium de la BMI. L’ambiance est très particulière à deux jours du coup d’envoi des Imaginales.

Sire Cedric a toujours eu envie d’écrire, et pour tout le monde, pas pour une niche en particulier. Il a commencé en envoyant des textes à des revues alors qu’il était encore lycéen. Depuis son enfance, il aime avant tout raconter des histoires. L’auteur n’a pas choisi le fantastique, c’est juste un changement d’angle. En fait, il suffit juste de changer certains paramètres de la réalité pour poser les thématiques qui l’intéressent tout en restant dans le principe de divertissement. Une histoire doit distraire, mais également provoquer des sensations chez le lecteur. A ce titre, le fantastique et le thriller sont particulièrement adaptés pour cela. C’est pour cela que, tout en gardant un aspect fantastique, ses récits ont naturellement glissé vers le thriller. A la question « pourquoi écrire ? », il répond qu’il en a besoin, qu’il ne sait fait que ça et qu’il ne se voit pas arrêter d’écrire pour les autres. En effet, ce qui le motive, c’est bien d’écrire pour les autres et non pour lui-même. Il a besoin de faire sortir via l’écriture des choses intimes, personnelles. Bien entendu, il évoque le manque de reconnaissance sociale et fiscale de l’écrivain en France, car cela n’est toujours pas reconnu comme une activité « sérieuse ».

Durant l’entretien, Stéphanie Nicot lit des extraits de nouvelles, mais aussi de romans de Sire Cedric. L’auteur nous parle alors de sa technique d’écriture où il suggère certaines choses plus qu’il ne les décrit et c’est l’imaginaire des lecteurs qui génère les images qui leur sont propres. Il fait également tout pour garder une fluidité constante dans son récit. Pour cela, il écrit beaucoup et découpe ensuite les scories qui vont ralentir la lecture, appesantir le texte.

Contrairement à d’autres écrivains qui ne peuvent écrire qu’à certains horaires ou ont d’autres contraintes pour initier le flux artistique, lui n’en a aucune. Il n’a des idées que quand il écrit, mais il n’en a pas quand il n’écrit pas. En ce sens, il est plutôt scriptural, même si pour un roman il dispose d’abord d’une trame et d’un final. Il arrête réellement le travail d’écriture quand pour lui cela fonctionne et que c’est fluide du début à la fin. Il recherche l’efficacité dans ses écrits. Ainsi il lit beaucoup d’auteurs pour analyser leur technique narrative. De même, les séries TV actuelles l’intéressent pour leurs techniques de scénarisation. Il dit même avoir conçu son dernier roman comme une saison d’une série.

Il ne cherche pas à décrire la réalité telle qu’elle est, mais s’attache surtout aux rapports humains. Dans ses romans, on retrouve souvent des personnages qui sont des écorchés vifs. Il espère que chaque lecteur retrouve quelque chose de son vécu personnel dans ses romans. Il y a souvent un a priori vis-à-vis de Sire Cedric, car on pense bien vite que ce qu’il écrit pourrait choquer. Ce n’est absolument pas le cas, car par sa technique, c’est bien le lecteur qui génère sa vision de l’histoire avec son vécu. Les adultes ne réalisent pas que ce qu’ils ressentent c’est avant tout leur vécu. Des adolescents ont un autre vécu, moins marqué, et d’autres références. Le ressenti est absolument différent.

Les thématiques récurrentes de Sire Cedric sont, entre autres, l’enfance, le double, le miroir, l’apparence. L’idée de l’apparence. Comment me voit-on ? Comment je me vois ? Comment je voudrais être vu ? On se dissimule tous, chacun à sa façon, derrière des apparences. Des trois genres de l’imaginaire que sont la science-fiction, la fantasy et le fantastique, on peut dire que la science-fiction parle de la civilisation, des problèmes de groupes, de société ; la fantasy traite de la place de l’individu au sein de l’ordre des choses, d’où les quêtes qui doivent le valoriser ; le fantastique parle de nous, de notre ego, de notre reflet dans le miroir et de nos peurs. C’est pour cela que Sire Cedric emploie souvent le terme de fantastique psychanalytique. L’enfance et ses peurs est une thématique qui traverse toute l’œuvre de Sire Cedric, de ses nouvelles fantastiques à ses thrillers d’aujourd’hui. C’est dans l’enfance que se forme l’adulte, sa complexité et ses contradictions.

En général, les personnages de Sire Cedric sont des fantasmes. Ils représentent des symboles. S’il expose ses personnages, c’est pour dire des choses sur eux. Ils servent de vecteurs pour exprimer quelque chose. L’imaginaire ne représente pas la vie, ni la réalité, mais ça en parle. Le réalisme pour le réalisme ne l’intéresse pas en littérature. Pour conclure, j’ai retenu cette phrase qui résume l’approche qu’à Sire Cedric de la littérature : « la lecture est un acte de liberté absolue, car on choisit ce qu’on lit ». A chacun ensuite, d’y apporter ses propres images.

Après quelques questions posées par le public, l’auteur échange avec ses lecteurs, dont nombre d’en eux sont devenus des amis au fil des Imaginales passées. La BMI, comme après chaque entretien,  nous offre, entre autres, des boissons rafraîchissantes qui sont les bienvenues après une journée particulièrement chaude. Il s’agit du dernier auteur reçu avant ces Imaginales 2012, et on ne peut que souhaiter que ces échanges reprennent avant les prochaines, car ces rencontres font perdurer l’ambiance des Imaginales avec des auteurs sympathiques et disponibles comme Sire Cedric et ses trois prédécesseurs.  Une rencontre encore une fois passionnante pour laquelle je remercie la BMI, sa direction et son personnel pour leur accueil et leur sympathie. Vous pourrez trouver plus d’informations sur la BMI sur leur site : http://www.bmi-epinalgolbey.fr/

Maintenant, alors que les dernières heures s’égrainent, je suis certain que les Imaginales commencent déjà à répandre leur magie dans les rues de la Cité des Images.

About Chris

Chris a toujours apprécié les littératures de l’imaginaire, mais il lit également d’autres genres pour son plus grand plaisir. Il préfère le terme de critique à celui de chronique qui lui semble toujours trop consensuel. Non qu’il dise systématiquement du mal des auteurs, mais quand il tient une bonne daube ou une resucée maladroite alors il laisse la plume glisser dans de bien sombres humeurs. Comme tout lecteur passionné – ça lui arrive parfois – il n’aime rien tant que de devenir festivalier et d’aller à la rencontre des auteurs. Chris participe de temps à autre à des appels à texte et s’intéresse depuis peu à la photographie, histoire d’apprendre à cerner l’essentiel d’une situation comme d’un lieu. Enfin, il aime plus que tout le transgenre et espère avec une certaine impatience pouvoir être à l’origine de la découverte d’un auteur qui aurait l’audace d’écrire un roman policier avec des sorcières, des mutants et bien entendu quelques créatures extraterrestres aux mœurs exotiques, à défaut d’être douteuses.

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