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Thongor T1 – Lin Carter

Il est dit, dans les très antiques Chroniques lémuriennes, que la guerre entre les humains et les dragons dura mille ans.
L’Homme triompha, mais, au-delà de l’Univers, les forces obscures du Chaos et de l’Ancienne Nuit complotaient.
Les cultes maléfiques des adorateurs du démon naquirent dans la Lémurie primitive : de sombres druides au service du Chaos minèrent les neuf jeunes cités de l’Occident du Monde. Bientôt le brillant flambeau de cette première civilisation s’éteindrait, entraînant l’Homme dans les ténèbres infernales de la barbarie.
Les dix-neuf dieux eurent permission d’intervenir.
Ils se choisirent un champion – le guerrier le plus puissant de son temps. Bien qu’il ne sût pas lui-même qu’il était mû par le Ciel et que des forces d’un autre monde étaient mises à son service, ce farouche barbare venu des terres désolées du Nord fut conduit vers les villes décadentes et pécheresses où les druides régnaient.
Le décor était planté pour un combat dont dépendrait l’histoire du monde. Un homme seul – un guerrier sauvage et dominateur – était lancé contre les sorciers du Chaos et toutes leurs ruses.
Cet homme s’appelait Thongor de Valkarth…

Ce volume contient :
• Thongor et le sorcier de Lémurie

• Thongor et la cité des dragons

• Thongor contre les dieux

Si, en voyant la superbe couverture d’Alain Brion, vous pensez aussitôt « Oh, mais c’est Conan ! », vous ne serez pas loin de la vérité. Thongor ressemble comme deux gouttes d’eau à son homologue : son physique, son origine nordique, son accoutrement, son caractère, sa destinée… L’auteur a travaillé sur Conan, et cela se sent ! (J’aurais tendance à ajouter malheureusement, car il n’a pas réussi à insuffler la moindre originalité à son héros). En 1987, j’ai eu l’occasion de lire la version d’Albin Michel et déjà, à l’époque, je n’avais pas compris pourquoi Lin Carter s’était à ce point inspiré du personnage d’Howard.

Dans un monde barbare où, par un quelconque miracle de la nature, l’homme réussit à survivre au milieu d’immenses créatures belliqueuses, Thongor affronte mille dangers. Les histoires sont toutes bâties sur le même plan : Thongor va quelque part, il est capturé, il s’enfuit en massacrant plein de monde, il repart, etc. plusieurs fois par roman, c’est lassant, d’autant que l’auteur n’hésite pas à utiliser des ficelles énormes pour le faire tomber dans les pièges prévus à son intention. Très vite, le lecteur a compris le truc et le récit devient plat, insipide, sans le moindre rebondissement. Et si Thongor ne peut, en théorie, résoudre un problème, il est aidé par les dieux… Alors bien sûr, il faut se rappeler qu’il s’agit là de romans ayant déjà plus de 40 ans (pour la V.O) mais, même adolescente, je me souviens avoir trouvé tout cela « facile ». J’étais déjà fan de fantasy, je jouais ou maîtrisais des parties de jeux de rôles, et si les romans me faisaient penser à des scénarios de Donjons et Dragons, je regrettais justement que l’auteur n’ait pas poussé plus loin ses histoires. Elles auraient mérité un traitement plus en finesse.

Pour ne rien arranger, j’ai eu aussi du mal avec l’univers. Les peuples barbares à l’excès, les civilisés décadents, les créatures monstrueuses à la pelle (et systématiquement dévoreuses d’hommes), les dirigeants tous plus corrompus les uns que les autres… je n’ai pu m’empêcher de me dire qu’avec des tares pareilles, les humains auraient dû disparaître depuis longtemps de ce monde où leurs adversaires avides de sang pullulent. Tout est tellement exagéré que l’ensemble n’a aucune cohérence.

Juste un exemple pour illustrer mon propos : une créature monstrueuse (et, forcément, très belliqueuse) vivant dans une jungle inextricable… avec un corps d’une longueur de 300 mètres ! Alors oui, ça en jette, mais non, il n’y aurait plus de jungle avec un locataire pareil.

Quant aux personnages, ma foi ce n’est guère mieux : ils sont tous stéréotypés à mort. Thongor le barbare indestructible aux muscles d’acier (l’auteur insiste là-dessus), au regard de lion (vous y aurez droit à chaque fois qu’il parle de ses yeux), aux sens et aptitudes aiguisés par ses origines nordiques (il ne se lassera pas de vous le rappeler), à l’appétit d’ogre (il ne pense qu’à ça) et qui, à lui seul, résout tous les problèmes (les autres sont là pour le décor). Déjà bien énervant, le constat empire avec les personnages secondaires, faire-valoir sans intérêt dont on aimerait connaître la raison de leur présence (le sorcier hyper-puissant, mais qui ne fait rien, le soldat qui ne se bat quasiment jamais et, bien sûr, la belle princesse qui hurle à tout bout de champ). Ce n’est pas qu’ils sont mis au second plan, mais juste qu’ils sont sous-exploités, que l’on aimerait en savoir plus sur eux, qu’ils s’investissent davantage… Même en 1965, c’était une vision limitative (il n’y a qu’à comparer avec ceux de Conan, dont les caractères sont souvent bien marqués).

Le style de l’auteur n’arrange rien. Entre les très nombreuses répétitions, les haussements d’épaules à tire-larigot (pour tous les personnages, il ne faut surtout pas hésiter !), les incohérences (aménagement du Némédis qui change pour arranger l’auteur, Karm qui continue à s’extasier sur la force de Thongor alors qu’il le connaît très bien…) et les horribles contradictions (la cité préservée du temps, puis dévastée par les années…), le lecteur peine à avancer dans sa lecture sans maugréer. Cela peut vous paraître anodin, comme pour les haussements d’épaules, mais croyez-moi, à force c’est très agaçant, surtout que l’auteur ne connaît visiblement rien d’autre pour exprimer les sentiments des personnages. Je ne crois pas que l’âge du texte y soit pour quelque chose. Vous pouvez lire d’autres œuvres de cette époque pour comparer, si le style paraît effectivement « vieillot », ça n’est pas pour les raisons que j’expose ci-dessus.

La traduction a été révisée, et non refaite entièrement, attention (je le précise car des internautes m’ont posé la question). Pourtant, certaines lourdeurs m’ont interpellée, je ne me souvenais pas de passages comme : « Il était décidé à combattre, pour aussi inutile que cela pût paraître. » Il faudrait pouvoir comparer avec la V.O, bien sûr (et même avec la première traduction), mais il me semble qu’une révision aurait dû « lisser » davantage le texte pour rendre ces passages homogènes avec le reste. J’ai aussi trouvé des mots manquants et des fautes d’orthographe/grammaire, très dommageables pour un texte révisé.

Bref, si Thongor était, à sa sortie, un honorable divertissement, le lecteur actuel trouvera certainement qu’il a bien mal vieilli, même par rapport à des sagas qui lui sont contemporaines, comme Conan. En lisant ces romans, il ne faut donc pas s’attendre à une fantasy très fouillée, mais à des aventures simples au héros prédominant.

Note : ce livre est le premier des Éditions Mnémos à être doté du système « QR code » qui vous permet, avec votre smartphone connecté à Internet et doté d’une petite application gratuite, d’accéder à une page où seront réunies les chroniques du livre. Je l’ai essayé sous Androïd, ça marche bien.

Thongor  T1

Lin Carter

Éditions Mnémos

23 euros

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