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Space Opera – Jack Vance


Même s’il s’agit d’un format poche à petit prix, en main cet ouvrage fait son poids. C’est un signe qui ne trompe pas quant à la qualité du papier et de la couverture. D’ailleurs, elle a de quoi intriguer cette magnifique illustration de Dogan Oztel. Les proportions, le réalisme intense des personnages, les différents niveaux de décor, tout dans cette illustration vous incite à plonger dans l’image. Enfin, il y a Jack Vance, l’auteur qui fut un des plus grands créateurs d’univers et que les Editions Mnémos nous permettent de retrouver dans cette nouvelle traduction de Space Opera.

Le titre est loin d’être un jeu de mots, car il s’agit bien d’un space opera qui se mêle à l’art de l’opéra. En effet, nous découvrons la fabuleuse troupe de la Neuvième Compagnie. Elle enchante tous ses auditeurs sur les scènes de la Terre et c’est lors de cette tournée unique que tous ses membres disparaissent sans laisser de trace.

L’organisatrice de la tournée se trouve fort embarrassée de cet incident. Elle décide alors de monter une troupe lyrique terrienne et d’aller rendre la pareille sur Rlaru la planète d’origine de la Compagnie. Pour cela elle affrète le Phébus, un vaisseau qu’elle va transformer en scène lyrique de l’espace. Et pourquoi ne pas faire profiter d’autres civilisations de cet art ?

Il semblerait que la Neuvième Compagnie soit retournée, on ne sait comment, sur la planète Rlaru, dont finalement on ne sait pas grand-chose. D’ailleurs, personne ne sait vraiment qui sont réellement les membres de la Compagnie. Sont-ils humains ou extraterrestres ? Comment font-ils pour donner ce sentiment de ravissement unique à leurs spectateurs ? Et puis pourquoi disparaître alors qu’ils vont enfin pouvoir partager leur art avec la Terre ?

Hormis celui de la guerre, l’art est rarement au centre des œuvres de science-fiction, et l’art lyrique l’est encore moins. C’est un coup de force que nous propose donc Jack Vance dans un de ses univers multiples que lui seul savait concocter. Se pose aussi la question de la perception de l’art par une autre civilisation. Outre l’approche du beau qui est propre à notre espèce, quelles seraient les pensées d’une créature extraterrestre face à l’expression d’une œuvre d’art telle que nous la définissons ?

Peuplé de personnages originaux qui reprennent parfois les travers de ceux qu’on qualifierait de dandys intellectuels, dans ce roman unique nous entrevoyons le sens ultime, l’universalité d’une œuvre qui justifie son existence et son apport à la civilisation qui la considère comme telle. Et puis cette mise en abyme, parfois comique, même si elle commence par des considérations propres à n’intéresser que les intellectuels, devient très vite un space opera très divertissant où les intérêts des uns et des autres se trouvent confrontés aux forces de l’univers.

Space Opera
Jack Vance
Couverture illustrée par Dogan Otzel
Traduction par Arlette Rosenblum
Editions Mnémos
Collection Hélios
2018

8,90 €

Eldricht Tales

A propos de Chris

Chris a toujours apprécié les littératures de l’imaginaire, mais il lit également d’autres genres pour son plus grand plaisir. Il préfère le terme de critique à celui de chronique qui lui semble toujours trop consensuel. Non qu’il dise systématiquement du mal des auteurs, mais quand il tient une bonne daube ou une resucée maladroite alors il laisse la plume glisser dans de bien sombres humeurs. Comme tout lecteur passionné – ça lui arrive parfois – il n’aime rien tant que de devenir festivalier et d’aller à la rencontre des auteurs. Chris participe de temps à autre à des appels à texte et s’intéresse depuis peu à la photographie, histoire d’apprendre à cerner l’essentiel d’une situation comme d’un lieu. Enfin, il aime plus que tout le transgenre et espère avec une certaine impatience pouvoir être à l’origine de la découverte d’un auteur qui aurait l’audace d’écrire un roman policier avec des sorcières, des mutants et bien entendu quelques créatures extraterrestres aux mœurs exotiques, à défaut d’être douteuses.

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