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Soleil Vert – Richard Fleischer

« Cours, Charlton ! Cours ! »

Nous sommes en 2022 à New York. La surpopulation et la pollution qui en découle ont eu raison, en grande partie, de Dame Nature. La Terre est devenue une étuve. Comme d’habitude les riches s’en sortent un peu mieux. Vivant dans des quartiers sécurisés et ayant accès au peu de nourriture qu’il reste, ces derniers bénéficient encore d’un certain confort matériel. Pour les autres, le seul aliment disponible est le Soleil Vert, un produit synthétique à base de plancton, dont la puissante compagnie Soylent a le monopole. Lorsque le président de cette firme se fait assassiner, c’est l’agent Thorn ( Charlton Heston ) aidé par son ami bibliothécaire Sol ( Edward G.Robinson ) qui hérite de l’enquête…

Rarement aura-t-on vu une dystopie aussi sombre au cinéma. En 1973 l’économie de la Land of Plenty venait de prendre un grand coup derrière la tête (avec le choc pétrolier de 1971) et les premières voix d’économistes qui appelaient à la décroissance commencèrent à se faire entendre. Non, les ressources naturelles ne sont pas infinies. Non, la croissance perpétuelle n’est pas possible ; elle est même dangereuse. Et Soleil Vert est le parfait reflet de ces inquiétudes naissantes à l’époque, et ô combien d’actualité maintenant en 2018

« C’était donc ça la Nature ! Wouah c’est beauuuu ! »

D’un pessimisme absolu, Soleil Vert est un cri d’alarme étonnamment prophétique. Grâce à tout un tas d’éléments, le film dépeint une société qui, parfois, ressemble malheureusement à la nôtre. Citons par exemple le dangereux copinage entre le monde des affaires et de la politique, incarné par le personnage du Président de Soylent (interprété par Môssieu Joseph Cotten tout de même ! ) qui est à la fois homme d’affaires, avocat et politicien.

Mais plein d’autres choses dans ce film sonnent juste. Les problèmes écologiques, la forte hausse du prix des aliments, la condition des femmes réduites à l’état d’objet, la précarisation d’une grande partie de la population (même pour ceux qui travaillent y compris les flics, visiblement sous-payés) mais aussi la façon dont les autorités gouvernent (lors des émeutes, on voit bien à quel point les forces de sécurité se fichent éperdument du peuple et le traite comme s’il était du gravât) : tout cela trouve un écho de nos jours. Sans parler des méfaits de la corruption, de la loi du silence, de la manipulation de masse, etc..etc…

« Je te l’avais bien dit que c’était mieux avant, mon Thorn! »

Même si on ne pense pas forcément tout de suite à lui pour une place au Panthéon des réalisateurs, Richard Fleischer est un monument d’Hollywood. Il suffit de jeter un oeil sur sa très riche et éclectique filmographie pour comprendre qu’il était un réalisateur tout-terrain, collectionnant les succès auprès de la critique et du public. Ceci explique peut-être pourquoi il a eu, à ce point, les mains libres pour adapter le roman de Harry Harrison. On ne peut s’empêcher de penser que le film aurait bien eu du mal à se faire de nos jours, tant il va jusqu’au bout de sa vision ultra-pessimiste.

Visuellement, Soleil Vert a certes un peu vieilli, mais il garde cette patine, cette image si agréable à l’oeil, typique des années 70. Niveau mise en scène le réalisateur se montre une fois de plus habile pour nous amener à la révélation finale du film, véritablement ignoble. Soulignons également l’utilisation chirurgicale de la musique, toujours du classique absolument divin (la Symphonie Pastorale de Beethoven, rien que ça !) et placé là pour donner un aperçu de la beauté perdue du monde. L’usine qui fabrique le soleil vert en est la plus absolue négation. Amas de ferraille froid comme la Mort, elle symbolise le monde déshumanisé et laid.

Mauvaise nouvelle : en 2022 le problème de la malbouffe n’est visiblement pas résolu.

Pour finir, signalons l’excellente prestation de Charlton Heston, dont l’immense charisme est un atout indéniable. Son personnage, d’abord insensible et individualiste, va peu à peu prendre conscience de l’horreur de la situation. Lorsqu’il saura la vérité, il sera un homme seul, terriblement en danger, comme tous les donneurs d’alerte. Lui qui n’a jamais eu la chance de connaître le monde d’avant va devoir se battre contre la Bête tentaculaire qui détient le pouvoir. Et ce monstre abominable, aux mille visages, est prêt à tout pour défendre ses intérêts, quitte à envoyer l’humanité droit dans le mur…

Soleil Vert

réalisé par Richard Fleischer

Avec Charlton Heston, Edward G. Robinson, Leigh Taylor-Young et Joseph Cotten

Metro-Goldwyn-Mayer (MGM)

Disponible en DVD et Blu-ray

Eldricht Tales

A propos de FIlmFinder General

Matthew Hopkins, dit le FilmFinder General, est un dévoreur de films. Ayant un penchant assez prononcé pour le cinéma des années 60, 70 et 80, il n'en garde pas moins un œil sur les films actuels, qui, en général, ne le passionnent guère. Mais bon, on est jamais à l'abri d'une bonne surprise ! Poète ( premier recueil édité en 2013 et un second est en route), Matthew écrit aussi de la fiction ( un recueil de nouvelles est en cours d'écriture) ainsi que des chroniques creepy sur son blog. Ce qu'il aime c'est découvrir et faire découvrir ces films injustement tombés dans l'oubli ou méconnus. Le cinéma est un océan qu'on a pas fini d'explorer !

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