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Sherlock Holmes Détective Conseil ou Sherlock Holmes Détective conseil ?

C’est en 2011 que ressort, sous la houlette de Ystari, Sherlock Holmes Détective Conseil, version mise à jour du célèbre jeu éponyme paru en 1984 chez Sleuth Publications puis en français l’année d’après chez Descartes (les plus anciens se souviennent sans doute encore de ce magnifique classeur).

Bref, trêve de nostalgie !

Fans du détective logeant au 221B Baker Street, je m’étais à l’époque précipité sur la réédition de ce jeu qui m’avait tant fait cogiter il y a trente ans. Et je retrouvai les mêmes sensations qu’autrefois, le même plaisir, la même volonté de me triturer les méninges et cette même incapacité (mais jouissive) à ne pas réussir à faire mieux que le célèbre Consulting Détective. Parce qu’il ne faut pas se leurrer, il est extrêmement compliqué de réussir à ne serait-ce qu’égaler le plus célèbre des héroïnomanes. Mais cela fait parti du jeu ! Holmes EST Holmes, et, en tant quel tel, est bien meilleur que tout le monde !

Et là, 2016, voilà que c’est chez les Space Cowboys que ressortent non pas une, mais deux boîtes de Sherlock Holmes Détective Conseil. Ces boîtes nous sont parvenues il y a quelques semaines à peine.

Alors, qu’en est-il?

La première reprend à l’identique les enquêtes de la version Ystari.

La deuxième (Jack L’Éventreur & Aventures à West End), propose de suivre les traces de « Leather Apron » et de tenter de le mettre derrière les barreaux dans ses quatre premières enquêtes, puis nous embarque dans six autres aventures inédites.

Qu’en est-il donc des différences entre les versions Ystari et Space Cowboys ?

Et bien disons qu’on est sur de l’esthétique principalement. Mais dans le bon sens. Déjà, le jeu se présente sous la forme d’un coffret qui donne un indéniable côté luxueux à l’ensemble, à la place de la « simple boîte » de la version Ystari. Ensuite, la maquette a été revue, les polices de caractères ont été modifiées (rendant l’ensemble plus agréable à la lecture). Et, l’annuaire de Londres est consultable bien plus aisément par un quarantenaire dont la vue commence à lui jouer certains tours (j’avoue que dans la version d’Ystari, c’était tellement écrit petit que j’avais de réelles difficultés à lire certains noms). De nouvelles illustrations ornent l’ensemble. Le tout possède un indéniable côte époque victorienne qui aide les joueurs à se plonger dans l’ambiance. Dans un jeu essentiellement tourné vers la narration et l’échange entre les protagonistes, c’est très important. Et ça fait mouche.

Petite cerise sur le gâteau, les réponses aux questions qui sont posées lorsqu’on se confronte aux déductions de Holmes se trouvent désormais dans une enveloppe collée sur la dernière page du livret de l’enquête que l’on vient de mener. Cela rajoute un plus indéniable en terme d’immersion.

Qu’en est-il maintenant du contenu de ces magnifiques écrins ?

Je vais faire l’impasse sur la première boîte, dans le sens où les enquêtes sont rigoureusement identiques à celles de la version Ystari. Un mot, tout de même : elles sont excellentes et mettront vos méninges à rude épreuve.

Je vais me concentrer sur la seconde boîte, et particulièrement sur les enquêtes autour de Jack. Je suis un modeste amateur du tueur de l’East End qui a tant défrayé la chronique en son temps, et c’est donc avec plaisir et délectation que je me suis muni de mon Deerhunter pour voir si je réussirais à le démasquer. Il est précisé en préambule de la première enquête (Mary Ann Nichols) que, bien évidemment, les joueurs n’ont aucune chance de débusquer Jack avant la fin de la quatrième enquête, qui correspond au dernier assassinat perpétré (Mary Jane Kelly). On est donc dans un mode « campagne » où les joueurs vont faire tout leur possible pour aider le Yard et Abberline dans cette affaire qui mit les nerfs de chacun à très rude épreuve.

Précision importante : dans cette seconde boîte, ce n’est pas une, mais deux cartes qui sont fournies. En effet, le verso de la traditionnelle carte de Londres propose un zoom sur le quartier de Whitechapel. Indispensable pour permettre aux joueurs d’essayer de comprendre les déplacements de Jack, de ses pauvres victimes et des témoins.

Il est évident que le travail de recherche autour des meurtres de l’Éventreur a été considérable. En effet, dès les premiers paragraphes de la lecture, on retrouve (pour ceux qui connaissent un tant soi peu cette sombre affaire) de très nombreux faits replacés dans leur juste contexte. Le sentiment d’immersion n’en est que meilleur, et il est quasi impossible de ne pas se laisser bercer du doux espoir de réussir, plus d’un siècle après les faits, à coincer le plus célèbre tueur en série de son époque. Mais les choses ne sont pas faciles, et de loin. Il n’as pas plus aisé ici de se mettre dans les pas d’Abberline que dans ceux de Holmes dans le jeu de base.

Les pistes sont nombreuses, les détails foisonnants, il est facile de se laisser embarquer dans une direction alors que celle-ci n’amènera en fait pas grand chose de nouveau à l’enquête. C’est d’ailleurs quelques chose de déstabilisant pour les habitués de la première boîte. Dans cette dernière, on sait parfaitement qu’on doit découvrir le coupable, donc on peut facilement supposer quelles sont les questions qui seront posées par Holmes. Ici, c’est différent dans le sens où on ne fait qu’un « point intermédiaire » de l’enquête, même si celle-ci tourne autour d’un meurtre précis. Il est donc encore plus compliqué de deviner l’étendue du spectre de questions auquel on risque d’être confronté.

Un autre point fort du jeu, c’est la parfaite fluidité avec laquelle Holmes et Watson ont été intégrés au récit. Je trouve personnellement que c’est là un vrai bon boulot dans le sens où on retrouve toujours les réflexions percutantes du locataire du 221B, et qu’elles s’intègrent parfaitement à la trame de l’histoire. Et, je vous confirme qu’il est toujours aussi acerbe dans ses réflexions autant qu’implacable dans ses déductions.

Pour conclure ?

Que vous soyez fan de la version de Descartes du siècle dernier, de celle d’Ystari, ou que vous soyez un total novice dans ces univers et que vous aimez vous creuser la tête, prendre des tonnes de notes, de faire des recoupements plus alambiqués les uns que les autres avant d’aller fièrement comparer votre score à celui de Holmes, vous serez ravis. Ces boîtes vous assureront des heures de prise de tête ludique !

Un bémol, tout de même : l’orthographe du médecin légiste ayant officié sur l’affaire est écorchée à plusieurs reprises. C’est dommage. De plus, la ponctuation de certains paragraphes n’est pas toujours exempte de défauts ce qui, quelquefois, casse le rythme de la lecture (d’autant que la lecture d’un paragraphe se fait à haute voix afin que tous les joueurs en profitent). Mais bon, ce sont des détails mineurs qui ne gâcheront en aucun cas votre plaisir de jeu.

Le plus difficile ? Réussir à être meilleur que Holmes. Et là, ce n’est pas facile !

 

About Philippe Pinon

Trublion de 47 balais, touche à tout, autodidacte, tête de cochon. Après plus de 20 ans à effectuer un travail décérébrant, change de voie. Scribouillard, « traductier de l'impossible », il devient même éditeur (OVNI) en 2015 où il édite, accompagné de son associée et conjointe, romans et JdR. Mais ce qui le définit le mieux, c'est quand même le terme de "Gros Connard" (au grand cœur, malgré tout, pour ceux qui prennent le temps de fouiller au delà des apparences).

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