Accueil / Cinéma / Satan’s Slave – Joko Anwar

Satan’s Slave – Joko Anwar

Après avoir souffert d’une maladie étrange pendant trois longues années, une mère revient dans son foyer pour récupérer ses enfants. La fratrie se serre les coudes afin de résister à la peur que lui inspire la revenante.

Joko Anwar, le réalisateur, a rêvé pendant une dizaine d’années de faire le remake de Satan’s slave de Sisworo Gautama Putra (et donc vous noterez que le Satan’s slave de Norman J Warren de 1978, n’a absolument rien à voir dans l’histoire, ce n’est d’ailleurs absolument pas le même délire), le film asiatique de 1982, devenu culte par son absence de distribution aux USA. Sauf que non. Les producteurs indonésiens se sont férocement opposés au remake de cette histoire, considérant la production originale trop emblématique. Heureusement, après moult péripéties (et de très efficaces films), Rapi Films a fini par considérer la demande comme acceptable. Mais. Il y avait un gros, mais… Les financeurs lui ont clairement dit que ce film ne devait pas, et ne serait pas, un remake. Il a été convenu que la version moderne serait un prequel, et qu’il faudrait une localisation adéquate pour le tournage. Pour corser encore ce méli-mélo, l’action se situe en 1980, alors que le film original se joue en 1981. Il fallait donc être raccord avec le précédent film tout en captivant un public beaucoup plus exigeant en terme d’action et d’effets. Joko Anwar s’est sorti de l’exercice d’une façon remarquable puisque Satan’s Slave (ou Pengabdi Setan) a fini premier des entrées en 2017. Il a eu un tel succès qu’il est classé 4ème dans le classement des films indonésiens les mieux vendus de tous les temps.

Satan’s Slave ouvre avec un son bien particulier : ding ding ding. Une petite cloche. Une petite cloche qui va rythmer et hanter les spectateurs pour presque toute la durée du film. C’est la maman qui ne communique plus qu’avec une petite cloche, qui l’agite. C’est une ancienne chanteuse de renom qui a perdu la santé et dont la famille survit maintenant que les économies sont parties. La fille ainée, Rini, s’occupe de ses frères (Toni, le jeune ado qui rêve de devenir gigolo, Bondi, qui a peur de tout, et Ian, le petit dernier, sourd et malicieux) et du père qui passe son temps à travailler. Rini accourt quand la cloche retentit, alors que Bondi voit en sa mère une espèce de croquemitaine. Ding, ding, ding…et un jour elle meurt. Mais curieusement cette cloche retentit toujours parfois. Après l’enterrement les choses se corsent. Le père part en ville chercher des fonds, et laisse ses enfants sous la supervision de Rini. Le scénario d’Anwar pourrait devenir classique, mais non. La façon de traiter les angoisses de Bondi et les « visions » d’Ian, sont très réussies. On part dans une certaine angoisse mêlée de quelques rires, le caractère malicieux du petit dernier, s’exprimant parfaitement. Le son dans ce film, est très présent il tend à conduire le spectateur à travers ses émotions. On passe aisément du rire au suspens et parfois à quelque chose d’angoissant en quelques petits ding ding ding !

Je ne saurai que m’incliner devant le casting absolument parfait de ces acteurs à la fois totalement inconnus chez nous et pourtant criants de vérité et de naturel. Joko Anwar a fait un choix judicieux. Ils sont tour à tour angoissants, drôles ou touchants. J’ai été particulièrement convaincue par la fratrie, là où les personnages secondaires étaient quant à eux beaucoup plus dispensables. Il n’empêche, la réalisation nerveuse permet d’apprécier assez facilement la galerie de caractères qui jalonnent l’histoire. Il y a bien entendu quelques maladresses et de gros clichés, mais il m’a semblé que ce n’étaient que des petites fautes, presque normales si on considère qu’Anwar a cherché à s’adapter au marché international tout en faisant un carton en Indonésie (je vous rappelle que nous n’avons pas les mêmes codes ! le cinéma asiatique est beaucoup plus grandiloquent et limite ridicule). En tous les cas, le pari est réussi. Les clichés du genre sont là, tout en étant intégrés de façon parfaitement naturelle, presque temporelle. Si, si. La panne de voiture… c’est du classique périmé !!!!! Cela fonctionne néanmoins. Les scènes dans la ville sont également assez particulières. Il y a une sorte de mélange post apocalyptique propre aux villes asiatiques, tout en gardant un côté 80s, mais pas vraiment. Je ne saurai comment en parler mieux, le sentiment d’oppression demeure, et c’est exactement ce que voulait rendre cette image, je pense. La dimension religieuse est également effleurée et la fin du film est plus ou moins une surprise. Je dirai que je m’attendais à ce qu’il finisse plus tôt, mais ça passe. Disons que le lien avec la suite est plus évident. Il ne me reste plus qu’à regarder l’original maintenant…

Ce film est vraiment une belle découverte. Je ne pensais pas trouver une pépite du genre un soir en plein festival. J’ai été dans cette salle presque par hasard et c’est ma découverte n°1. Si vous avez l’occasion de voir Satan’s Slave (de Joko Anwar, donc), et que vous aimez les films de fantômes, allez-y. C’est un film qui a tous les codes des films d’horreur, tout en ayant la touche asiatique typique.

Satan’s Slave

de Joko Anwar

Avec : Tara Basro, Endi Arfian, Nasar Anuz, M.Adhiyat

CJ entertainment, Rapi Films

Eldricht Tales

A propos de 13

13, blackD, true evil darkness... appelez moi comme vous voulez. Whatever. L'image, aaaaaahhh l'image. Tellement belle, tellement infinie, tellement omniprésente, tellement incroyable, pourtant si mystérieuse. Ma passion, (avec le jeu et la lecture faut pas déconner!) la plus dévorante. Je pourrai philosopher sur ce sujet pendant des heures! Néanmoins, je vais vous épargner cette très douloureuse expérience (si, si je vous assure, lire une personne sans âge -la version polie d'ancêtre- déblatérer sur telle ou telle chose, c'est pas franchement un cadeau !), et passer directement à la distribution de bons points. Ceux qui sont pas sages, fessée cul nu devant tout le monde. Allez bisous, à tout vite.

Lisez aussi

Hellraiser – Clive Barker

Frank, alléché par les promesses de délicieux plaisirs, s’est mis en tête de percer les …

Et si c’était vrai – Marc LEVY

Que penser d’une femme qui choisit le placard de votre salle de bains pour y …

2 commentaires

  1. Serge Rodrigues

    Oh un Joko Anwar ! Je n’étais pas au courant de cette sortie. en tout cas son Modus Anomali était très prometteur !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *