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Reine des Batailles – David Gemmell

Les highlanders ont été écrasés par les armées ennemies. Depuis trop longtemps aliénés par le cruel Baron Gottasson, ils ont perdu toute fierté et toute confiance. Leur unique espoir repose sur Sigarni, une jeune fille farouche et obstinée. Descendante du plus puissant roi des Highlands, elle est la seule capable de mobiliser son peuple et de briser enfin le joug des tyrans.
Il est temps pour Sigarni de faire face à son destin et de devenir la Reine des Batailles…
Telle est la quatrième de couverture de Reine des Batailles (Ironhand’s Daughter en VO), le premier tome du diptyque Hawk Queen qui est un des rares ouvrages du regretté David Gemmell qui n’avaient pas leur traduction en français. Cette faute de goût est enfin corrigée une fois encore par les éditions Bragelonne. De cet auteur, je n’ai entendu parler qu’en bien et souvent comme d’une référence en fantasy. Peu porté sur le genre, bien que l’appréciant, cette lecture était pour moi le moyen de rattraper mon retard, mais je l’ai fait avec grand plaisir, car la présentation en est plus qu’alléchante.

Sigarni est une redoutable chasseresse. On la croise souvent en compagnie de sa chienne Lady et de son faucon Abby. Tout le monde l’apprécie dans le clan des Lodas. Les plus âgés ont encore à l’esprit la bataille de la lande de Colden où ils furent défaits par les outlanders du Baron Ranulph Gottasson. Depuis, les dix-sept villages du clan Lodas qui s’étalent au pied du Haut Druin vivent sous le joug du cruel Baron qui leur assure cependant une paix qu’ils paient au travers de l’impôt et de brimades multiples.

Ceux du clan Lodas sont toujours des highlanders, même si leurs traditions s’étiolent et si leurs devoirs vont au Baron et à ses sbires, tout comme leurs voisins des clans Pallides et Farlains. Et pendant ce temps, la jeune Sigarni chasse, aime des hommes sans pour autant trouver l’amour, mais surtout est respectée de tous, car elle est avant tout la seule descendante du dernier roi des Highlands. N’aurait-elle été stérile et aurait-elle pu mettre au monde un héritier mâle, il n’aurait fait aucun doute que le Baron l’aurait éliminée. Non, la vie se poursuit dans un consensus mou.

Lorsque les porteurs du Talent, ce don qui permet de voir l’avenir, des différents clans entrevoient une nouvelle guerre qui va les opposer aux outlanders, ils ne savent que faire. En effet, depuis leur grande défaite de Colden, les highlanders ne sont plus aussi puissants, ni aussi organisés. Les Talentueux voient bien qu’un grand chef va leur être donné pour cette guerre, mais ils n’arrivent pas à voir son visage. Il ne faut pas être un lecteur bien clairvoyant pour douter un seul instant qu’il s’agira de Sigarni. Encore faudra-t-il qu’elle veuille de ce combat. Une agression d’une violence inouïe transformera Sigarni en guerrière vengeresse et donnera au Baron le prétexte pour déclencher le conflit tant redouté. Et que deviendrons le garde forestier Fell, l’ancien amant de Sigarni qui n’a rien perdu de l’art du combat et qu’on a promis à une mort certaine lors des affrontements à venir, l’homme noir Asmidir, celui qui vient du lointain Kushir et lui aussi ancien amant de la belle, Tovi le boulanger qui portait jadis le titre glorieux de Seigneur de Chasse ou Ballistar le nain, l’ami fidèle et le confident de Sigarni ?

Et là, nous n’évoquons que quelques personnages, car c’est bien là que réside la puissance de ce récit. Par-delà les tensions politiques, les descriptions de combats et de batailles, c’est bien dans la construction d’une multitude de personnages gravitant autour de Sigarni que David Gemmell donne tout son art, sans embrouiller le lecteur avec des détails futiles. L’empathie avec tous s’installe comme par enchantement et le lecteur vibrera chaque fois que leurs vies seront mises en péril et que leurs sentiments les amèneront à commettre des actes dont ils ne se seraient pas sentis capables en temps ordinaire. Bien plus qu’un roman de fantasy, ce premier opus de Hawk Queen nous emmène dans un voyage éprouvant dans les âges anciens où les highlanders survivaient dans un monde sauvage dont ils étaient partie prenante.

J’ai lu ici ou là que la couverture de Didier Graffet – excusez du peu – n’était pas assez grandiose pour ce roman. Personnellement j’en apprécie l’esthétisme et justement la pureté qui, alliée à la quatrième de couverture, donne réellement l’envie de découvrir cet ouvrage. La traduction de Leslie Damant-Jeandel ne souffre d’aucun heurt pour le lecteur et, bien que ne connaissant pas ce titre en VO, me semble être d’une belle qualité. Des scènes très dures et un vocabulaire pour le moins évocateur font que cet ouvrage n’est pas vraiment destiné au jeune public. Je souligne également le choix délibéré de l’auteur de mettre en avant une femme en tant qu’héroïne, en ne dissimulant rien de la condition sinistre qui fut la leur lors des temps passés, et encore aujourd’hui parfois. Cela n’a pas été sans me rappeler l’intensité émotionnelle que j’avais connue à la lecture d’Ayesha d’Ange.  Au final, je pense qu’on peut, avec ce roman, entrer en Fantasy comme d’autres en religion, car c’est une merveilleuse première fois qui vous donnera envie de vous intéresser au genre et de vous plonger plus particulièrement dans l’œuvre de David Gemmell, parti bien trop tôt pour ses nombreux fans. Une belle réussite dont j’attends impatiemment le second volume qui porte le titre original de The Hawk Eternal.

Reine des Batailles
David Gemmell
Couverture illustrée par Didier Graffet
Traduction par Leslie Damant-Jeandel
Bragelonne
Collection Fantasy
2012

20,00 €

About Chris

Chris a toujours apprécié les littératures de l’imaginaire, mais il lit également d’autres genres pour son plus grand plaisir. Il préfère le terme de critique à celui de chronique qui lui semble toujours trop consensuel. Non qu’il dise systématiquement du mal des auteurs, mais quand il tient une bonne daube ou une resucée maladroite alors il laisse la plume glisser dans de bien sombres humeurs. Comme tout lecteur passionné – ça lui arrive parfois – il n’aime rien tant que de devenir festivalier et d’aller à la rencontre des auteurs. Chris participe de temps à autre à des appels à texte et s’intéresse depuis peu à la photographie, histoire d’apprendre à cerner l’essentiel d’une situation comme d’un lieu. Enfin, il aime plus que tout le transgenre et espère avec une certaine impatience pouvoir être à l’origine de la découverte d’un auteur qui aurait l’audace d’écrire un roman policier avec des sorcières, des mutants et bien entendu quelques créatures extraterrestres aux mœurs exotiques, à défaut d’être douteuses.

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