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Mimosa – Vincent Gessler

Dans le Santa Anna où Tessa exerce le métier passablement dangereux d’enquêtrice pour l’agence Two Guns Company & Associates, bien rares sont ceux qui n’imitent pas une personnalité ou une autre. C’est ainsi que l’on découvrira Ed Harris en hacker, James Brown en fleuriste refroidi, Lambert Wilson en assassin-philosophe, Paulo Coelho en truand sur le retour, Luc Besson en asile, mais aussi Jim Morrison, Santana, Sean Austin, Philippe Katerine et bien d’autres, dans des rôles, des fonctions, des postures et des comportements quelque peu différents de ce à quoi l’on peut habituellement s’attendre.

Dans ce monde d’emblée déjanté, Tessa et ses associés sont sur la piste d’un enregistrement mémoriel de première importance, hideusement protégé par d’abominables snuff movies que les enquêteurs doivent subir pour accéder à la partie du contenu qui les intéresse. La suite est du même acabit : le marchand de mimosas qu’ils interrogent se fait dessouder par un gamin dont le cerveau a été remanié, l’appartement de Tessa explose, ça se met à tirailler à tous les paragraphes et c’est parti pour un peu plus de trois cents pages de fusillades et de cavalcades, de planques et de gadgets high-techs, de retournements de situation et de personnages hautement fantaisistes, mais toujours prompts à faire des trous dans le paysage.

 Il est vrai que lorsqu’on a affaire à la police, à un chef de gang à la violence paroxystique, à une bande de frenchies, à des néo-nazis flingueurs et à une secte d’assassins-philosophes à l’origine cinématographique évidente nommés les Arties dont « chaque démarche utile se double d’une mise en scène philosophique et mortelle », sans compter les robots de guerre et autres jumelles tueuses, il est difficile de reprendre un moment son souffle. Ce que ne parvient guère à faire Tessa, qui n’a jamais voulu être le sosie de personne, lancée malgré elle dans une quête parallèle qui est aussi celle de son identité et de ses souvenirs. Qui est-elle réellement ? Ne serait-elle pas elle-même l’assassin qu’elle recherche ? Mais, après ce doute qui évoque le final du fameux « Plus noir que vous ne pensez » de Jack Williamson, Vincent Gessler entraîne son héroïne dans un jeu de miroirs plus complexe, à travers lequel elle aura du mal à retrouver son chemin. Un chemin qui lui fera découvrir la chromosalie et l’Eve mitochondriale, une Eve prototype des scientifiques née de la nuit des temps mais qui peut apparaître également comme une variation moderne de l’ « Eve future » de Villiers de l’Isle-Adam, qui en a déjà vu bien d’autres.

 Patchwork de références littéraires, musicales et cinématographiques, « Mimosa » recycle à tout va la science-fiction des dernières décennies : conditionnement, partage ou implants de souvenirs, accès mental au réseau, sauvegarde d’un individu, clonage, reconstitutions de personnalité, errance virtuelle dans la reconstitution générée par une intelligence artificielle, etc. Rares sont les références explicites (« Matrix » et « La Guerre éternelle » de Joe Haldeman), mais on aurait bien du mal à établir la liste complète des clins d’œil et allusions dont le roman est truffé.

 Servi par un rythme à la Raphaël Aloysius Lafferty, le roman ne permet pas au lecteur de souffler beaucoup plus que l’héroïne. Mais le recours à une telle cadence a aussi ses revers :  le livre souffre quelque peu des fusillades récurrentes, qui, si elles font clairement référence au cinéma de genre, ont le même inconvénient que pour ce type de métrages : l’aspect explosif et pyrotechnique tourne à la répétition métronomique, et se fait au détriment de l’intrigue. C’est ainsi que ce mélange post-cyber tourne le dos à la densité d’écriture d’un William Gibson de la grande époque pour prendre des allures post-transformers, qui dès lors ne permettent pas à l’intensité dramatique de prendre réellement son envol.

 Si « Mimosa » n’offre rien de  fondamentalement nouveau, Vincent Gessler jalonne l’action de quelques trouvailles, parfois sous forme de gadgets, d’autres fois sous forme de situations hilarantes – notons par exemple ce mafieux sur le retour qui asservit un de ses anciens ennemis pour le contraindre à la pire dépravation que l’on puisse imaginer, c’est à dire à faire la lecture des écrits de Frédéric Begbeider, ou encore le maire de Santa Anna grièvement blessé dans une attaque, mais transformé par un cadre commercial en cyborg de guerre à base de matériel de bureau.

 Roman dépourvu de chapitres, structuré en une action tendue, jouant sur le mode épileptico-frénétique, n’offrant pas une de ces pauses, pas un des ces moments de répit que permettent habituellement le passage d’une partie à une autre, « Mimosa » se termine sur une complète caricature de produit cinématographique, avec des annexes qui sont de façon transparente un démarquage de ce que les commerciaux du cinéma nomment « bonus » : entretiens, bêtisier, scènes coupées, et même générique.

 Livre-distraction pour geeks et consommateurs de ces loisirs que des grandes chaînes commerciales prétendent culturels, « Mimosa » apparaît donc comme le reflet ostensiblement  proclamé d’un univers à multiples facettes – littérature, cinéma, pop-music, bande dessinée, feuilleton – qui est celui de la majorité des adolescents et des adultes jeunes. Anecdotique et ludique, « Mimosa » apporte sa pleine dose de distraction. Un roman qui à défaut d’inventer trépide, un récit qui s’il ne propose pas d’envolées stylistiques bénéficie d’une narration originale et nerveuse, et qui vaut bien l’un ou l’autre des ces longs métrages à base d’effets spéciaux dont il revendique ouvertement l’influence.

 Mimosa
Vincent Gessler
Couverture : Corinne Billon
L’Atalante

17 euros

À propos Alaric

Lecteur surtout de littérature générale, mais fervent défenseur des littératures de l’imaginaire dès qu’elle transcendent le genre et viennent nourrir, et même enrichir, le domaine précité. Pas très attaché aux étiquettes, donc, et toujours prêt à plonger dans un volume original, en espérant y trouver une de ces œuvres qui sont capables de s’inscrire dans la durée.

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