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L’étrange vie de Nobody Owens – Neil Gaiman

Nobody Owens est un petit garçon parfaitement normal. Ou plutôt, il serait parfaitement normal s’il n’avait pas grandi dans un cimetière, élevé par un couple de fantômes, protégé par Silas, un être étrange ni vivant ni mort, et ami intime d’une sorcière brûlée vive autrefois. Mais quelqu’un va attirer Nobody au-delà de l’enceinte protectrice du cimetière : le meurtrier qui cherche à l’éliminer depuis qu’il est bébé. Si tu savais, Nobody, comme le monde des vivants est dangereux…

Une famille est décimée avec méthode en une nuit. Mais l’assassin commet une erreur : il laisse filer le petit dernier, tout juste capable de marcher. Le bambin parvient à se réfugier au vieux cimetière, sur la colline, où réside le couple Owens, de braves gens qui vont devenir ses parents. Silas, être mystérieux et éminemment respecté, va devenir son tuteur ; celui qui sera aussi chargé de le nourrir et de veiller à ses besoins de mortel. Car Nobody va rester au cimetière. Là, il est en sécurité. À l’extérieur, l’assassin, le Jack (rien à voir avec l’Éventreur), cherche à le retrouver. Il veut, il doit le tuer. Nobody grandit, protégé par sa famille adoptive, jusqu’au jour où il ne pourra plus échapper à la vérité.

Comme pour Coraline, Neil Gaiman nous offre ici un conte teinté d’une joyeuse dimension lugubre (je ne peux m’empêcher de comparer son œuvre à celle de Tim Burton) où les morts et les créatures qui les entourent ne sont pas aussi ternes et sans vie que l’on pourrait le croire. Son univers est original, sombre et mélancolique, poétique même, et c’est ce qui donne à ses histoires leur dimension si particulière. Le lecteur se plonge avec délice dans la vie du cimetière, avec l’impression d’en faire un peu partie. Les événements s’enchaînent, le héros vieillit, et l’on sent venir le moment tant attendu depuis le début du roman, la réponse à la question : pourquoi ? Et que va faire le jeune héros en apprenant la vérité ?

Personnellement, je ne me suis pas ennuyée un seul moment, pas même au début, lors de l’indispensable mise en place qui permet de connaître le garçon, son entourage et surtout, la manière dont ils vivent, si je puis m’exprimer ainsi. L’ensemble est construit avec intelligence et la narration très agréable nous plonge littéralement dans l’univers créé par l’auteur. Un délice !

Une mention toute spéciale au traitement des créatures de la nuit, débarrassées de leur étiquette « vilain truc sanguinaire » : ici, elles sont bien davantage et c’est tant mieux !

Les personnages, tout comme l’ambiance, sont un point fort de l’auteur. Sans s’appesantir sur des descriptions à rallonge, il parvient à donner une profondeur à chacun, une réelle dimension qui permet de vraiment le sentir, d’appréhender son importance dans l’histoire. J’aime beaucoup cette manière de découvrir les gens, à travers de simples situations, de dialogues savoureux, où l’on devine la richesse du caractère sans avoir besoin d’adjectifs pour l’illustrer. Je présume que je ne serai pas la seule à avoir un faible pour le mystérieux et dévoué Silas, dont la nature est juste suggérée à la fin du roman (encore un point que j’adore, cela permet de conjecturer davantage sur le monsieur). Les questions sans réponses ne me dérangent pas spécialement, du moment qu’elles ne gênent pas la compréhension de l’histoire.

Neil Gaiman a un style fluide, sans fioritures, que certains vont qualifier de simple. Moi, je le trouve adapté à son univers, à l’ambiance qu’il souhaite rendre et, surtout, à l’histoire qu’il veut raconter. En effet, pour moi ce type de récit doit avoir un style léger, aérien même, et c’est peut-être d’autant plus important que je suis très vite arrêtée par des phrases lourdes : je me sens obligée de revenir en arrière pour les relire et ça m’énerve. Si je suis contrainte de surveiller les phrases pour comprendre où l’auteur veut en venir, ça n’a rien d’agréable pour moi et je décroche vite. Là, aucun souci, elles sont courtes, vont direct à l’essentiel et ne sont pas surchargée d’adjectifs ou d’adverbes en -ment à tire-larigot. Ça coule tout seul !

Donc, en résumé, une histoire très sympathique, un cimetière dont on aimerait rencontrer les habitants et un univers original à découvrir. Si vous ne connaissez pas Neil Gaiman et que vous appréciez Tim Burton, je vous suggère de partir à la découverte de cet auteur, vous ne serez pas déçus.

L’étrange vie de Nobody Owens

Neil Gaiman

J’ai Lu

6,90 euros

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