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Les Sept Foudres d’Allah – Nicolas Cluzeau

15 août 1560.
Sacrilège à la Sublime Porte : on a retrouvé un cadavre sur le chantier d’une mosquée !
Pour le capitaine Sertaç qui commande la garde d’Istanbul et sa petite-fille Aliyé, la fin violente d’un homme constitue un phénomène ordinaire. Cependant, cette fois, le mort n’est autre que maître Ali Danishmend, un des érudits les plus controversés de l’université de la capitale ottomane. A-t-il vraiment été assassiné ou s’est-il suicidé ? Et que représentent ces schémas et équations qu’il avait dissimulés dans la doublure de ses habits ?
Secondés par le célèbre architecte Mimar Sinan, ancien collègue d’Ali, les deux enquêteurs vont devoir démêler l’écheveau d’une intrigue où le rôle de la foudre divine n’est pas aussi abstrait qu’on veut bien leur faire croire…
Quarante ans déjà que Soliman Ier a succédé à son père Selim Ier. Celui qu’on appelle le Magnifique en Occident et le Législateur en Orient a étendu l’Empire ottoman dont il a hérité. Il a aussi aidé les arts, dont l’architecture à se développer. La mort de l’architecte Ali Danishmend est un coup dur pour le sultan qui avait trouvé avec cet homme un exemple d’érudit tel qu’il en voulait pour son Empire.

Nous sommes surpris par la propre petite-fille de Sertaç, la jeune Aliyé qui, malgré ses dix-neuf printemps, fait preuve de grandes aptitudes à la déduction. Je serais d’ailleurs très intéressé de découvrir cette affaire dont il est question dans cette novella et qu’elle résolut, cinq ans plus tôt, en sauvant par là même la vie de Soliman. Elle va prouver qu’il s’agit bien d’un meurtre et déjà les premières pistes vont commencer à être exploitées.

Ali Danishmend avait, semble-t-il, l’intention de faire une démonstration spectaculaire en relation avec la foudre qui aurait certainement révolutionné les sciences de l’époque. La jalousie fait partie des motifs possibles pour ce crime. Une autre piste pourrait être celle de quelques ulémas qui n’aimaient pas trop les déclarations de l’érudit qui, en Occident, auraient fait les belles heures de nos spécialistes du bûcher qui sévissaient alors à tour de bûche. Mais je vous laisse découvrir l’enquête par vous-même dans les pas de l’étonnante Aliyé.

Un seul point me trouble dans ce court roman : le temps du récit. En effet, l’avant-propos est constitué d’un extrait du journal d’Aliyé, notre principale protagoniste. Elle y évoque l’affaire qui vient d’être résolue et l’auteur en profite pour resituer l’action dans son cadre historique et sociétal. Nous avons donc pour cet avant-propos, un narrateur intradiégétique forcément omniscient, car Aliyé connaît alors les tenants et aboutissants principaux de l’affaire. Bien entendu, elle en parle au passé. Nous passons au récit et là nous suivons l’histoire à la troisième personne et au présent. D’où mon trouble. Comment me dire que je vais découvrir en temps réel une histoire qui est déjà le passé de l’avant-propos ? Hormis ce point de cohérence, toute personnelle certes, je n’ai rien à reprocher à ce récit, bien au contraire.

Nous sommes dans un empire, certes conquérant, mais civilisé et appréciant tous les arts et savoirs à l’instar de son sultan qui est lui-même un lettré. Sur cette terre s’épanouit un Islam tolérant et bienveillant où les femmes tiennent une place essentielle dans la société à l’image d’Aliyé. N’oublions pas non plus que Soliman a signé avec François Ier l’alliance franco-ottomane qui durera plus de deux siècles. Une alliance qui fut la première entre chrétiens et non chrétiens. La Renaissance n’était pas qu’occidentale et Nicolas Cluzeau, qui est stambouliote depuis de nombreuses années, nous offre un éclairage passionnant d’une autre histoire trop méconnue.

Zariel illustre talentueusement cette novella avec un mage oriental qui ne se penche pas sur une simple boule de cristal, mais sur une lampe dont la technologie semble à la fois en avance pour l’époque et mystérieuse. Les schémas, engrenages et plans nous laissent à penser qu’il s’agit d’un savant dont il convient de se méfier. Bien sûr, cette couverture reflète bien l’ambiance que Nicolas Cluzeau a désiré pour ce récit. Une enquête haletante qui va se transformer en aventure palpitante, un style agréable et fluide ainsi qu’une découverte de l’Istambul de Soliman le Magnifique, au moins trois raisons pour se pencher avec délice sur ce texte paru chez Griffe d’Encre qui continue de proposer des ouvrages surprenants.

Les Sept Foudres d’Allah
Nicolas Cluzeau
Couverture illustrée par Zariel
Editions Griffe d’Encre
Collection Novella
2012

9,00 €

About Chris

Chris a toujours apprécié les littératures de l’imaginaire, mais il lit également d’autres genres pour son plus grand plaisir. Il préfère le terme de critique à celui de chronique qui lui semble toujours trop consensuel. Non qu’il dise systématiquement du mal des auteurs, mais quand il tient une bonne daube ou une resucée maladroite alors il laisse la plume glisser dans de bien sombres humeurs. Comme tout lecteur passionné – ça lui arrive parfois – il n’aime rien tant que de devenir festivalier et d’aller à la rencontre des auteurs. Chris participe de temps à autre à des appels à texte et s’intéresse depuis peu à la photographie, histoire d’apprendre à cerner l’essentiel d’une situation comme d’un lieu. Enfin, il aime plus que tout le transgenre et espère avec une certaine impatience pouvoir être à l’origine de la découverte d’un auteur qui aurait l’audace d’écrire un roman policier avec des sorcières, des mutants et bien entendu quelques créatures extraterrestres aux mœurs exotiques, à défaut d’être douteuses.

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