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LES METIERS DE LA MUSIQUE : entretien avec Doro, photographe

Doro est la responsable photo d’eMaginarock et sévi également avec ses chroniques et ses interviews. Discrète dans les pits tout en proposant de magnifiques clichés. Lisez donc ce qui suit pour découvrir qui se cache derrière ces photos que vous voyez régulièrement dans nos pages !

eMaginarock : Bonjour, et merci de prendre quelques minutes pour répondre à ces questions. Pourrais-tu tout d’abord te présenter, et nous expliquer comment tu en es venu à la photo, et plus particulièrement la photo de concert ?

Doro : Bonjour à toi ! Olalaaa ! Tellement de choses à dire… J’ai commencé la photo très tôt (7 ou 8 ans), je me revois encore avec mon Kodak jetable partir à la conquête du jardin de mes parents à shooter tout et n’importe quoi : des fleurs, des insectes, des oiseaux, mes chats (les meilleurs modèles du monde !). Bref, tout ce que je trouvais beau, je le shootais ! Puis l’heure venait où mes parents devaient payer les développements et là c’était pas la même… Les années passent et ma maman, dans sa bonté extrême (bisou maman !), m’a offert mon premier appareil numérique. Un objet gris, pas très beau, aux formes arrondies, avec un écran minuscule mais c’était un objet très moderne pour l’époque ! Seul problème c’est que je n’avais qu’une seule carte mémoire de maigre capacité et donc je me sentais très limitée, et encore plus pendant les concerts où on nous interdisait d’office de nous présenter avec des appareils numériques. Rebelle que j’étais, j’ai réussi je ne sais comment à ramener un argentique lors d’un concert de Heavy Metal (c’était Edguy en 2004 à l’Elysée Montmartre).
Un peu plus tard et un peu par hasard, vers 2010 je pense, j’ai commencé à rencontrer des personnes très actives dans le milieu dit « underground » qui m’ont permis d’accéder sur le devant de la scène pour couvrir certains évènements. Une expérience quelque peu originale et intéressante, riche en musique et en rencontres. C’était pour moi une autre façon de mettre en pratique ma passion pour l’image, en essayant de retranscrire instantanément ma vision personnelle des concerts auxquels je participais (et participe toujours). L’étrange ambiance des salles obscures m’a toujours attirée depuis cette période et ne m’a plus quittée depuis…

eMaginarock : Comment travailles-tu, quel matériel utilises-tu ?

Doro : Actuellement, j’utilise un Nikon D5200 avec un objectif 18-55. Polyvalent, pratique et léger, je l’utilise pour quasiment tous mes shooting de concerts, indoor ou outdoor.
J’essaie de choper un mouvement ou un détail que personne ne voit, un cadrage original, une lumière inattendue, le « happy shoot » comme dirait B. 😉
Concernant les réglages, je n’ai pas spécialement de préférences, je sais à peu près quoi faire en fonction des lights qui éclairent (ou pas) la scène et je me lance. Il m’arrive parfois de tricher quand je n’ai pas beaucoup de temps (les fameux trois premiers morceaux) mais j’évite la fonction Auto le plus possible et je n’utilise jamais le flash.

eMaginarock : Comment travailles-tu en post-prod ? Quel logiciel utilises-tu ?

Doro : J’ai longtemps utilisé Photoshop (Adobe) avant de passer sur Lightroom (toujours Adobe), suite aux conseils avisés de plusieurs amis photographes. J’essaye de ne pas passer trop de temps à traiter mes photos, sans quoi j’y passerais des semaines et bien souvent je n’ai pas tout ce temps.

eMaginarock : Comment considères-tu ton boulot de photographe live ? Quelle est la vision qu’en ont les gens ?

Doro : C’est difficile de situer la qualité de mon travail quand je vois celui de mes comparses photographes. Je me suis toujours vendue comme amatrice et non pro. Comme je disais, j’essaye de trouvé le cadrage original, le « petit truc en plus » en espérant que je sois la seule à y penser au moment T. Quant aux personnes à qui je montre mes photos, la plupart me disent que j’ai « un truc » mais je n’ai toujours pas trouvé quoi…

eMaginarock : Quelle est la plus grosse claque que tu te sois pris sur un live (en tant que photographe) ?

Doro : Question difficile ! Je crois bien que c’était au concert de Ez3kiel au Trianon, en 2013. Une lumière magnifique, une mise en scène parfaite, un orchestre symphonique comme on en fait peu !
A ce moment-là je devais couvrir le concert pour un webzine et j’étais tellement envoutée par ce qui se passait sur scène que j’ai complètement oublié de shooter après le deuxième morceau ! Du coup j’ai très peu de photos « potables » de ce concert mais de merveilleux souvenirs en tête !

Aussi, il y a ce concert plus récent du groupe Crystall Ball, à la Boule Noire en début d’année, où le batteur du groupe m’avait repérée dans le « pit » et avec lequel j’ai échangé de nombreux regards et grimaces tout le long de leur set ! L’ambiance sur scène était tellement géniale et énergique que je ne peux que en garder de bons souvenirs.

 

eMaginarock : Et a contratio quel est ton pire souvenir (en que photographe) ?

Le mythique concert de Zodiac & Spiritual Beggars à la Scène Bastille !
Ce moment où la scène n’a pas de lumière (même pas un spot rouge histoire de) et que tu dois rendre des comptes au boss du webzine pour lequel tu travailles que c’était pas possible de sortir ne serait-ce qu’une photo « bien » du concert en question…

eMaginarock : Le média pour lequel tu travailles te laisse-t-il toute latitude sur tes photos et tes choix de concert ?
Doro : C’est donc une question piège ! :p J’ai travaillé pour d’autres webzines avant d’intégrer la fine équipe d’eMaginarock (merci à eux de m’avoir fait découvrir le monde merveilleux des salles obscures !) mais je manquais parfois de de temps pour pouvoir m’y investir à 100%.
Aujourd’hui, j’ai la chance d’avoir une grande liberté chez eMaginarock. J’ai fait mes preuves dès le départ et je pense qu’on me fait assez confiance maintenant pour que je puisse avoir le choix de choisir les concerts que je souhaite couvrir et le style de photos que je souhaite mettre en valeur à travers ce webzine.

eMaginarock : Comment fais-tu pour mener tes activités professionnelles et la photographie de front ? Car c’est tout de même un gros travail !

Doro : Cette année c’est très difficile pour moi d’allier ces activités (je fais de la photo mais aussi des chroniques et parfois des interviews d’artistes !). Je suis en reconversion professionnelle dans le domaine du Multimédia et mes études me prennent beaucoup de temps, j’en ai donc nettement moins pour couvrir les concerts, à mon grand désespoir ! Du fait, j’essaye de cibler les artistes qui me plaisent le plus, de réduire mes temps de shooting pour gagner du temps en post-traitement. Je ne sais pas si c’est une bonne stratégie mais je m’y emploie autant que possible.
J’ai également la chance d’avoir à mes côtés mon copain qui me soutient à fond dans tous mes projets et comme il travaille lui aussi dans le milieu, il ne peut que comprendre mon implication dans ces derniers 😉

eMaginarock : Fais-tu d’autres types de photographie que du live ?

Doro : Oui ! Je travaille sur d’autres thèmes en parallèle, notamment la photo de voyages (essentiellement nature et paysages) et l’Urbex (Urban Exploration). La thématique des voyages me permet de travailler sur les cadrages et la lumière, tandis que l’Urbex me permet de mettre en valeur des lieux en friche sans pour autant les dénaturer. C’est un thème très spécifique et hors-norme qui demande beaucoup de préparation et de repérage des lieux, car certains sont inaccessibles ou n’existent plus. La première règle de l’Urbex est de ne jamais citer les noms précis des lieux pour éviter une détérioration plus rapide des spots, voire des accidents (plus ou moins graves) d’aventuriers non préparés. Comme je diffuse certaines photos sur internet, je m’amuse beaucoup à inventer des noms de lieux ou de bâtiments afin d’éviter ce genre de problèmes…

eMaginarock : Comment vois-tu le milieu musical actuel depuis les pits ? Est-ce difficile pour les groupes de se faire une place ? N’y a-t-il pas trop de groupes et pas assez de scène ou de public ?

Doro : Depuis les pits je ne vois pas grand-chose, je ne suis pas très grande et je bénis souvent celui qui a inventé les crash barrières !
Aujourd’hui, il n’est pas simple de se faire une place de photographe dans le milieu de la musique, tout autant que pour les groupes de se démarquer dans le milieu Metal/Rock. Je pense que ça doit être la même dans les autres styles musicaux. Parfois, il m’arrive de collaborer avec des jeunes groupes, j’ai donc une vision plus profonde sur la façon dont les groupes sont « vus » au dehors et c’est vraiment pas simple tous les jours !
Je pense que ce n’est pas une question de « trop de groupes », c’est plutôt le nombre de salles qui diminuent (notamment à Paris, même si on dirait pas comme ça) et les programmateurs/gérants des salles qui décident des plateaux en accueillant les artistes qu’ils apprécient (et surtout ceux qui « ont un public »). Il y aura toujours plein de groupes pour vouloir faire des scènes, amateurs, pro, semi-pro, etc… mais comme partout, la place est chère et très demandée. Hors, tous les groupes n’ont pas la même notoriété qu’un Metallica ou Iron Maiden, entre autres… il est donc plus difficile pour les « petits » groupes de se faire une place dans les petits papiers des producteurs divers et variés (Force & Honneur !).

eMaginarock : Merci d’avoir pris le temps de répondre à ces questions et à bientôt au détour d’un pit photo ou sur le site !

Retrouvez le travail de Doro sur son site et sur sa page Facebook

À propos Thomas Riquet

Passionné de littératures de l'imaginaire il cherche à faire partager sa passion au plus grand nombre à travers ses chroniques et le site. Depuis 2011 il est également anthologiste et directeur de la collection Reflets d'Ailleurs (Fantasy) des Editions Asgard, sous son vrai nom. Ce faisant il assure également la direction littéraire d'anthologie lorsque tous ses boulots lui en laissent le temps, ce qui arrive trop rarement à son goût..

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