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Les contes sous toutes leurs formes ! – 1-Les Premiers contes

Déclamé au coin du feu des siècles durant, le conte est devenu un genre littéraire immortalisé par de grandes plumes. Le temps a passé sans qu’il ne soit exprimé autrement que par les mots et la voix. Lorsque quelques bons génies un rien emplis de folie ont décidé que sa place était autant dans les mots que dans l’image, l’essence du conte changea. Source privilégiée de l’illustration fantastique puis du dessin animé, rares furent les audacieux capables de créer des passerelles menant le conte au film. Mais son esprit a enflammé la créativité, offrant ses merveilles à plus d’une vision.

 Aujourd’hui comme autrefois, le conte est multiple, il a conquis toutes les formes possibles d’expression contemporaine et brisé toutes les frontières.

1     LES PREMIERS CONTES

Le conte (étymologiquement « lister ») est sans doute la forme la plus pure héritée de la tradition orale ancestrale. Regroupant les mythes et légendes relégués à l’interdit ou au néant par l’apparition de religions monothéistes, il a traversé les siècles au sein des tribus, des communautés, des familles.

La Renaissance se pencha sur cet héritage avec la même ferveur que sur les vestiges antiques et une première vague de réécriture porta le conte sur papier. Riche de personnages allant de la divinité païenne au héros doté de pouvoirs magiques, parfois dans un même récit, le conte avait tout pour séduire en cette époque assoiffée de renouveau, mais restait cantonné à une mince catégorie de privilégiés sachant lire et pouvant acquérir des ouvrages.

Différent du roman par son rejet de la vraisemblance ouvrant sur le fantastique, le conte se partagea deux publics, celui de la voix et celui de l’écrit. Alors que les mythes et légendes apportaient dans l’Antiquité des réponses aux questions existentielles que se posaient les hommes, les religions monothéistes offrant une vérité débarrassée des incertitudes (du moins c’était ce qui était prévu), l’évocation du merveilleux et de la magie devint plaisir, onirisme, évasion. Le conte fut la source première de ce nous nommons aujourd’hui fantasy. Ainsi a survécu le conte, gagnant les cœurs et les rêves, mais rien ne lui garantissait de survivre au temps et aux bouleversements des consciences.

Le 17e siècle marqua le début d’un second renouveau.

Charles Perrault, bras droit de Colbert, en charge de l’éducation littéraire et artistique du peuple sous Louis XIV, secrétaire de séance de la Petite Académie, entré à l’Académie française en 1671, militait à sa manière pour une libéralisation de la culture et de la littérature. Il critiquait les auteurs classiques tels qu’Homère pour plébisciter les auteurs de son siècle (ouvrant ce qui fut nommé la Querelle des Anciens et des Modernes). Fidèle à sa parole, il écrivit et fit publier les Contes de Ma Mère l’Oye et les Contes du Temps Passé. Favorisé par la noblesse et la bourgeoisie, le succès fut tel que la culture traditionnelle a retenu le nom de Charles Perrault comme père littéraire de Peau d’Âne, Cendrillon, Barbe Bleue, Le Petit Chaperon Rouge, Le Chat Botté, Le Petit Poucet… Les Contes de Perrault sont ténèbres et lumière, porteurs de morale et de pédagogie pour une meilleure compréhension humaine du Bien et du Mal, des choix à faire pour une meilleure vie pour soi et les autres.

Dans le même esprit, les frères Grimm suivirent son exemple le siècle suivant. Jacob et Wilhelm Grimm, linguistes, philologues allemands, collecteurs de légendes et contes germaniques firent la distinction entre ces deux genres par une publication dans des recueils différents. On retrouve tout de même l’influence de Perrault puisque les frères Grimm présentèrent leur version arrangée du Petit Chaperon Rouge, de Cendrillon et de La Belle au Bois Dormant (Contes de l’Enfance et du Foyer). Dans l’ensemble, les frères Grimm furent non seulement la mémoire de la tradition orale germanique, mais apportèrent une vision différente de celle de Perrault, empreinte du merveilleux, créant le vrai conte de fées dans lequel tout est bien qui finit bien (les héros de Perrault meurent souvent à la fin, pas chez les frères Grimm). Blanche-Neige, Le Roi de la Montagne d’Or, Les Musiciens de Brême, Le Vaillant Petit Tailleur, Hansel et Gretel, Raiponce, Tom Pouce, La Petite Gardeuse d’Oie, Le Joueur de Flûte de Hamelin... Plus de 200 contes et légendes nous sont ainsi parvenus, brisant l’enfermement des frontières grâce à l’émergence d’une classe bourgeoise friande de ces récits dont les mères pouvaient rester au foyer, lire et apprendre la lecture à leurs enfants dispensés de travailler.

Le 19e siècle fut celui du danois Hans Christian Andersen, sans doute le moins reconnu de ses pairs, car les contes qu’il écrivit sont peu exploités par notre époque en dehors de la littérature. Il posa pourtant les bases d’un nouveau genre de contes, nés de l’imaginaire d’un auteur et non seule retranscription de tradition orale. Andersen était conteur, romancier, dramaturge, il écrivit plus de 150 contes avec pour seule base de travail son propre imaginaire et les contes entendus lors de ses voyages (Constantinople, Rome, la Suisse, l’Espagne) : Poucette, La Petite Sirène, Les Cygnes Sauvages, La Princesse Petit Pois, Le Vilain Petit Canard, Les Habits Neufs de l’Empereur, La Reine des Neiges, La Petite Fille aux Allumettes, Les Souliers Rouges, Le Stoïque Soldat de Plomb, Petite Ondine (autre version de la Petite Sirène)… Il se voulait conteur pour toutes les générations, mais ce statut encore méconnu alors lui valut l’admiration de certains et une tardive reconnaissance dans son propre pays. L’amitié de Dickens, de Balzac et de Lamartine fut source de reconnaissance en Angleterre puis en France pour cet auteur prolifique. Il puisa souvent dans ses souvenirs d’enfant pour écrire (La Petite Fille aux Allumettes lui fut inspiré par une illustration devant accompagner l’écrit qu’on lui commandait et le souvenir de l’extrême pauvreté dans laquelle avait vécu sa grand-mère;  Le Vilain Petit Canard est inspiré de sa propre expérience d’enfant…). À la différence de ses prédécesseurs et même s’il s’en défendait, Andersen a donc inventé des contes et créé les prémices de la littérature enfantine.

Ce tour d’Europe ne doit pas exclure le plus connu des recueils de contes d’Orient, Les Mille et Une Nuits. Magie, évasion, personnages grandioses, cette œuvre anonyme rédigée en arabe et datée du 13e siècle regroupe des contes populaires persans et indiens. On y découvre une tradition orale fusionnant nombre de récits qui couraient depuis des générations et sans doute depuis le 3e siècle… Nombre de récits inclus ont été réécrits et modifiés, mais l’histoire de Shéhérazade est connue pour être la plus stable et authentique, idée à considérer avec recul, car les traducteurs ont parfois ajouté leur propre interprétation… faute de sources fiables. Ainsi, Antoine Galland (18ème) a intégré au recueil final les récits d’Aladin ou La Lampe Merveilleuse, Ali Baba et les 40 Voleurs et Sinbad Le Marin. Ce livre recueil d’histoires dans d’autres histoires, de personnages miroirs les uns des autres ainsi qu’il nous est présenté du moins en Occident ne semble guère respectueux du texte original, quelle que soit sa version, mais il n’en demeure pas moins porteur de l’orientalisme des contes auquel notre époque s’est attachée. La preuve en est que sur 70 récits, seuls ces trois derniers cités sont régulièrement exploités.

Le 20e siècle est celui d’un troisième renouveau du conte. Par l’image, illustrée, animée, filmée, un regain de passion s’est emparé de tous les supports culturels populaires. Le livre demeure leader, car garant de l’authenticité du conte, mais pour transcender le classicisme, il y a réécriture, adaptation aux autres vecteurs liés à l’image, le cinéma, la TV, l’illustration, la BD.

Le conte est une tradition séculaire qui a survécu à toutes les mutations sociales et historiques, et si ses passeurs remplissent si bien leur rôle, ils le doivent à cette mystérieuse communion spirituelle qui unit tous les mordus de fantastique, ce besoin universel et intemporel de s’évader, de rêver, se faire peur sans danger.

La Petite Sirène – Hans Christian Andersen

petite_sirène_livreLe fond des mers est un royaume sur lequel règne un roi entouré de ses cinq filles et de leur grand-mère. Aucun des sujets de Sa Majesté n’est autorisé à visiter le monde de la surface en dehors d’une exception : le jour de leurs 15 ans, les filles du roi peuvent nager jusqu’à l’extérieur et observer le monde des humains. La petite sirène est la plus jeune des princesses et ce jour est enfin arrivé pour elle. Alors qu’elle atteint la surface, elle aperçoit un navire, s’en approche et regarde la vie à bord, s’attardant sur un séduisant prince. Un orage éclate. Il est si violent que le bateau chavire. La petite sirène se précipite et sauve le prince inconscient avant de l’emmener jusqu’à une plage. Mais une jeune femme survient, poussant la petite sirène à s’enfuir. Lorsque le prince s’éveille, il voit la jeune femme et pense qu’elle est celle qui l’a secouru. La petite sirène reste fascinée par les humains, elle interroge sa grand-mère qui lui révèle que les hommes ont une vie courte en comparaison des sirènes, mais qu’en échange leur âme est éternelle. Il n’en faut pas plus pour que la petite sirène se mette à rêver d’une âme éternelle. Pour cela, il lui faudra devenir humaine, se faire aimer et épouser du prince. Seule la sorcière des mers accepte de l’aider avec un philtre qui transformera sa queue de poisson en deux jambes. Le prix à payer est lourd: la petite sirène accepte de lui donner sa voix aussi la sorcière lui tranche-t-elle la langue, chaque pas qu’elle fera sera comme poser les pieds sur des lames effilées. Pire encore, si le prince venait à en épouser une autre, la petite sirène serait condamnée à mourir…

Les contes d’Andersen sont atypiques, tantôt inspirés de tradition orale, tantôt nés de sa seule imagination. La Petite Sirène ou Petite Ondine suivant les versions est une de ses œuvres les plus connues, non seulement grâce à un certain studio Disney, mais aussi en raison du grand nombre de publications jeunesse qui lui sont consacrées. Fidèle au conte classique, sa structure littéraire est simple (mise en place du héros, de son environnement, de l’évènement déclencheur, de son aventure aux nombreuses épreuves, du dénouement), mais Andersen préférait de loin le conte moraliste au conte merveilleux. Dans La Petite Sirène, le ton est rapidement donné. Même s’il y a la beauté de l’héroïne, la magie de sa nature de sirène, de son monde, de sa rencontre prometteuse avec un prince, le pathos est là, latent, grandissant, telle une promesse présentée par la sorcière, affirmée par les souffrances endurées, évidente par les sentiments fraternels du prince et la naissance de son amour pour une autre. Le conte par Andersen est forcément réaliste, moraliste puisque dramatique. La morale de ce conte est celle chère à son auteur, à savoir que l’amour n’est pas toujours où on le croit, qu’il peut y avoir grave méprise des sentiments de l’autre et que la vraie nature de l’amour peut être de s’effacer pour préserver le bonheur de la personne aimée.

L’édition de 2011 publiée par Corentin édition est une jolie version mise en valeur par une belle qualité papier, d’impression, la traduction de Louis Moland et les superbes illustrations d’Edmond Dulac, artiste français de la première moitié du 20e siècle très influencé par l’art d’Arthur Rackham.

La Petite Sirène – Hans Christian Andersen

Traduction Louis Moland

Illustrations Edmond Dulac

Corentin Editions 2011 – 14,50€

À propos Clémentine Fourau

Prisonnière ravie du monde des rêves et de l’imaginaire depuis l’enfance, j’ai connu mes premiers émois littéraires avec les classiques contes et autres aventures des héros de cape et d’épées avant de glisser dans un univers encore plus riche : Histoire, mythologies, légendes, sorcellerie, Fantasy, fantasmagories… Le charme grandiose des oeuvres de Stephen King, JRR. Tolkien, H.P Lovecraft, Edgar A. Poe et Anne Rice furent autant de rencontres magiques éveillant un appétit d’ogre pour le fantastique sous toutes ses formes. Egalement férue de mangas, de films d’animation et de cinéma, j’ai vogué entre mes passions et des études d’histoire de l’art et archéologie, traînant un sentiment persistant que le Livre était ma véritable voie. Aujourd’hui, j’ai trouvé un équilibre, remplissant sans cesse le peu d’espace dans lequel je vis avec toujours plus de livres et partageant ma passion des mots et de l’image à travers mes chroniques et un travail d’écriture qui, je le souhaite, aboutira à séduire un lectorat plus large encore. Car rien n’est plus savoureux que de créer son propre univers du rêve… ou de cauchemars !

6 plusieurs commentaires

  1. Belle idée d’article et sympathique état des lieux qui aurait néanmoins mérité quelques précisions supplémentaires (mais on ne peut pas tout dire, effectivement). Simplement, je voudrais casser quelques stéréotypes : Seul le Petit Chaperon Rouge se termine mal chez Perrault (et à la limite les souhaits ridicules, mais personne n’y meurt). Ensuite, à son époque, les femmes étaient conteuses (pensons à Mme d’Aulnoy et cie), ce mouvement du conte s’est donc développé autour des Précieuses, d’où l’attrait pour les histoires de princes, princesses et richesses. Il existe également plusieurs types de contes : de fées et merveilleux, philosophiques (Candides), facétieux (les Souhaits Ridicules), fantastiques (Poe, Gauthier, etc. On peut également considérer leur mise à l’écrit dès le Moyen Age (lais, matière de Bretagne), et les prémices de la littérature enfantine débutent dès l’époque de Perrault avec les Aventures de Télémaque de Fénelon, qui écrivit d’ailleurs également des contes. Enfin, on observe ce que l’on appelle « le renouveau du conte » à partir des années 1970 (si ça peut vous donner une idée d’article, pour poursuivre votre série, enfin, si vous n’avez pas déjà songé à le faire). Je précise tout de même que mes remarques ne sont point des critiques, je trouve votre article très bien, j’en profite simplement pour apporter des précisions 🙂

    • Clémentine Fourau

      Pour Noe : sympa le commentaire bien complet !Personnellement, je ne vois pas Gauthier ou Poe comme des conteurs au sens pur de la définition établie mais votre point de vue est intéressant. A moins que mes sources soient erronées, dans la version originale du Petit Chaperon Rouge de Perrault la grand-mère et l’enfant sont bien dévorées car le chasseur arrive trop tard (depuis il y a eu bien des adaptations par les éditeurs). Il est bien vu de rappeler les contes bretons et normands en effet… Néanmoins, ainsi que vous l’avez compris, on a été obligées de faire des choix pour ne pas publier un dossier de 10 pages ^ ^. Mais je garde vos remarques et suggestions pour un futur dossier!

  2. Petite précision : la fantasy n’a pas seulement pour terreau les contes, mais bien les mythes. En tout cas, c’est qu’il en ressort dans les différentes mythologies sur le sujet et même Tolkien, considéré parfois comme le papa de la fantasy, n’avait pas caché que son oeuvre visait à donner à l’Angleterre une mythologie dont elle manquait.

    • Clémentine Fourau

      Bonjour et merci de nous lire. Il est évident que les mythologies sont un autre très important terreau dans lequel furent puisées les inspirations pour les contes. A l’origine, il était prévu d’ajouter un chapitre sur ce sujet dans cet article mais il était déjà bien long et nous avons décidé de garder l’explorations des mythes liés au conte pour un prochain dossier ^ ^ Vive Tolkien, mentor absolu !!

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