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Le Souffle du diable – Inger Wolf

 

« Trokic avait lu quelque part que l’être humain dispose de vingt millions de cellules olfactives. Mais, tandis qu’il roulait vers la morgue de Skejby, il aurait préféré n’en pas avoir du tout. »

Dans un parc public, on retrouve le cadavre d’une jeune fille qui ne peut être morte sur place : l’autopsie montrera très vite qu’elle est tombée d’une grande hauteur. Quelque temps plus tard, une militante de la cause animale est écrasée par une automobile, de toute évidence de manière volontaire. Sale temps pour le commissaire suédois d’origine croate Daniel Trokic, qui ne manque déjà pas de travail, et à qui le supérieur hiérarchique, subitement malade, laisse sans crier gare la responsabilité du commissariat entier.

« L’article décrivait une nouvelle méthode d’enterrement respectueuse de l’environnement et qui permettait de gagner de la place. Le corps était enfourné dans un cylindre d’acier, comme dans un autocuiseur, et par l’action d’un détergent, de la chaleur et de la pression, il était dissous en un liquide ressemblant à du café mais avec la consistance de l’huile de moteur. »

Pas vraiment le temps de baguenauder ni de lire la presse, donc, d’autant plus que les deux affaires apparaissent comme de véritables sacs de nœuds. Avec ses collègues Taurup et Lisa, déjà rencontrés au fil de ses aventures précédentes, du médecin légiste Torben Bach, et de la fille de ce dernier, qui s’est entichée de lui depuis l’adolescence, Trokic mène de front deux enquêtes, et même trois : s’il sait qu’il ne trouvera que la confirmation de ses pires craintes, il cherche à savoir ce qu’est devenue dans son pays d’origine une de ses cousines, disparue corps et bien dans le grand chaos d’atrocités perpétrées par les milices serbes.

« Trokic approuva et se frotta les tempes en espérant que sa gueule de bois passerait inaperçue. Il repensa à ses propres cauchemars à propos de lapins. Le fonds de commerce de ses rêves. Ils étaient eux aussi imaginaires. »

À chacun son passé, ses cauchemars, ses phobies. L’un craint les mouettes, qui lui apparaissent comme des rats ailés et le mèneront bientôt vers une découverte épouvantable. Une autre verra des chevaux non seulement dans ses cauchemars, mais aussi à l’état éveillé. Comme si la dangerosité des hommes n’était pas suffisante. Mais il se pourrait que ces indices oniriques, qui bien souvent trouvent leur source dans le réel, aident en définitive Trokic et ses collègues à séparer les assassins du décor. Une tâche d’autant moins facile que par ailleurs tout s’emmêle et que de nouveaux éléments laissent entendre que les deux affaires pourraient bien être liées.

Spéculations immobilières, plantes carnivores, association de défense des animaux, organisation d’aide aux personnes défavorisées, drogues étranges, passés troubles et autres secrets composent un véritable sac de nœuds que l’inspecteur Trokic démêlera peu à peu, en une enquête resserrée sur trois semaines, entre le six et le vingt-trois mai. Une tâche difficile, car tout le monde a quelque chose à cacher, tout le monde ment, y compris les protagonistes les plus innocents, qui s’obstinent à ne pas comprendre que leurs mensonges répétés les conduiront inévitablement à faire figure de suspects. Sans compter les agents qui se mentent à eux-mêmes, comme s’il fallait sans cesse brouiller le tableau. C’est dire que les migraines de notre commissaire Trokic, qui de surcroît s’obstine à écouter le groupe métalleux Rammstein, ne sont pas près de disparaître.

Chez Inger Wolf, tout le monde a quelque chose à cacher, et il semblerait bien que nul ne soit jamais totalement innocent, y compris parmi les victimes. Tout comme les enquêteurs, les lecteurs auront donc des surprises d’un bout à l’autre de ce récit. Une intrigue plus marquante et plus maîtrisée que celle de « Noir septembre », que nous avions précédemment chroniqué, un récit mûr, adulte et noir, des pages qui se tournent comme d’elles-mêmes : avec « Le Souffle du diable », les éditions Mirobole nous proposent une fois encore un bon petit polar, qui plus est sous une couverture élégante et originale qui en fait un très bel objet.

Le Souffle du diable
Inger Wolf
Traduction du danois par Laila F. Thullesen et Christine Berlioz
Couverture : Panagiotis Karapanagiotis / Zlotysfor / Carla Richard
Editions Mirobole

 

Les éditions Mirobole sur eMaginarock :

« L’Agence secrète » par Alper Caniguz

http://www.mythologica.net/lagence-secrete-alper-caniguz/

« Psychiko » de Paul Nirvanas :

http://www.mythologica.net/psychiko-paul-nirvanas/

« L’Autre ville » de Michal Ajvaz :

http://www.mythologica.net/lautre-ville-michel-ajvaz/

« Les Furies de Boras » d’Anders Fager :

http://www.mythologica.net/les-furies-de-boras-anders-fager/

«  Je suis la reine et autres histoires inquiétantes » d’Anna Starobinets :

http://www.mythologica.net/je-suis-la-reine-et-autres-histoires-inquietantes-anna-starobinets/

« Le Vivant » d’Anna Starobinets

http://www.mythologica.net/le-vivant-anna-starobinets/

« Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère, et retrouvé l’amour » de S. G. Browne :

http://www.mythologica.net/comment-jai-cuisine-mon-pere-ma-mere-et-retrouve-lamour-s-g-browne/

« Noir septembre » d’Inger Wolf :

http://www.mythologica.net/noir-septembre-inger-wolf-2/

« Avenue Nationale » de Jaroslav Rudis

http://www.emaginarock.fr/avenue-nationale-jaroslav-rudis/

About Alaric

Lecteur surtout de littérature générale, mais fervent défenseur des littératures de l’imaginaire dès qu’elle transcendent le genre et viennent nourrir, et même enrichir, le domaine précité. Pas très attaché aux étiquettes, donc, et toujours prêt à plonger dans un volume original, en espérant y trouver une de ces œuvres qui sont capables de s’inscrire dans la durée.

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