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Le Joueur de Cartes – Daniel Henocq

Une fois n’est pas coutume, c’est d’un ouvrage jeunesse dont je vais vous parler aujourd’hui. Le Joueur de Cartes de Daniel Henocq est paru en mars 2011 aux éditions  Volpilière. Il nous propose une quête initiatique et exotique qui ne manque pas de charme comme nous l’annonce la quatrième de couverture :

Édimbourg, hiver 1899. L’un des plus rigoureux que la capitale écossaise ait connu depuis longtemps. Un navire de commerce, un mystérieux brick vient de mouiller l’ancre en plein milieu du port de Leith. Fait étrange, aucun membre d’équipage ne participe à la manœuvre.
Arthur Conan Doyle, créateur du célèbre Sherlock Holmes, est dépêché à bord par l’amirauté en tant que médecin et expert en maladie infectieuse. Une fois sur le navire, ce qu’il découvre dépasse son entendement.
Allongé sur sa couchette, au seuil de la mort, le capitaine Artimus Fletcher lui confie un terrible secret. À aucun moment il ne devra ôter la bâche qui recouvre l’objet entreposé dans les cales, et en aucun cas tourner la clé qui met en route cette mécanique. Contre l’avis du docteur, l’encombrant paquet est transféré dans une annexe du musée d’Édimbourg. Pour Sophie McLaughlin, fille du conservateur, c’est l’occasion rêvée pour mettre un terme à la longue monotonie des jours d’hiver. Mais sera-t-elle prête à plonger dans un univers où l’imaginaire règne en maître ?
Un roman de Fantasy qui mêle l’extravagance d’une Alice aux pays des merveilles aux surprenantes rencontres d’un Magicien d’Oz…

Sans faire de procès d’intention à qui que ce soit, et bien que je ne sois pas un fan de la catégorisation obligatoire et définitive des ouvrages, entendre parler ici de fantasy, car il semble qu’on ne range le merveilleux que dans cette catégorie, montre bien la misère descriptive qui sévit parfois dans les littératures de l’imaginaire quand on doit évoquer de ce genre de livres. Et pourtant, Alice et Dorothy en ont fait rêver des générations de lecteurs, plus ou moins âgés. Heureusement qu’il est encore des artisans de l’imaginaire comme Daniel Henocq pour faire perdurer cette écriture si particulière qu’est le merveilleux. Mais passons plutôt à ce roman et à son intrigue.

On pourrait penser qu’Arthur Conan Doyle va se retrouver au premier plan dans ce récit. D’autres auteurs s’y sont déjà essayés, avec plus ou moins de succès, tant l’auteur de Sherlock Holmes a disparu durablement dans l’ombre de son personnage. Et pourtant il y en aurait à dire sur le grand homme. S’il est bien présent, c’est cependant Sophie McLaughlin, une fillette de presque quatorze ans qui est l’héroïne de cette histoire.

Le mystérieux automate qui est temporairement entreposé dans le musée de son père porte le nom de Mister Doodle. Il figure un scribe tel qu’on se les imagine au temps de l’Egypte des pharaons. Quand Sophie décide de lancer la mécanique, elle se retrouve face à un joueur de cartes qui lui propose une partie. Bien entendu, il y a duperie et Sophie se retrouve dans les entrailles de la machine. Elle devra retrouver trois cartes qui lui permettront de réintégrer sa vie d’avant, mais le temps est limité et le sablier que Mister Doodle lui a confié lui indique le temps qu’il lui reste pour accomplir son destin ou bien elle restera définitivement en ce lieu.

Sophie va alors passer d’une vaste plaine verdoyante au désert, puis à une forêt. Elle rencontrera une galerie de personnages hauts en couleur. Chacun de ses choix va conditionner sa quête. Retrouver les trois cartes sera sa seule chance, à moins, comme l’y incitent certains, qu’une meilleure connaissance de ce mystérieux Mister Doodle et de ses secrets ne soit également une des clés de sa rédemption.

Je dois avouer que j’ai apprécié ce roman jeunesse, moi adulte. A mon sens, un livre doit avant tout nous apporter deux choses essentielles : du plaisir et des connaissances diverses. Un ouvrage érudit, voire pédant, nous apportera les secondes en même temps qu’un ennui souvent profond. Un ouvrage plus distrayant fera parfois l’impasse sur les connaissances et nous permettra néanmoins passer un bon moment. Un roman jeunesse vous assurera, à tous les coups, les deux.

Un roman jeunesse, ce n’est pas du sous-roman pour “préalphabètes” ! C’est avant tout un roman qui s’adresse à tous, et pour s’adresser aux plus jeunes, il est juste privé de ce qu’il y a de plus violent, gore et adulte, mais en aucun cas il n’est édulcoré. De plus, pour le jeune public, il convient d’y ajouter des connaissances tout comme Jules Verne faisait des descriptions longues et fastidieuses des poissons autour du Nautilus. Par exemple, ce sera la représentation de Conan Doyle qui colle point pour point à la réalité, l’auteur étant allé jusqu’à vérifier sa présence à Edimbourg en cette fin de XIXe siècle et qui est le point de départ du récit.

Le style est clair et fluide, l’action est omniprésente et ne laisse aucun répit au lecteur. Le personnage de Sophie est bien construit et d’un caractère trempé et volontaire dans l’adversité. Je pourrais juste reprocher à l’auteur de mettre dans la bouche de sa jeune héroïne un vocabulaire qui me semble un peu trop évolué pour son âge, même si à l’époque, cela peut être crédible. Un public jeune appréciera l’aventure et le personnage de Sophie. Un public adulte l’appréciera également et arrivera, au travers de son expérience et de son vécu littéraire, à entrevoir parfois quelques clés et clins d’œil que Daniel Henocq a disséminés dans son roman. Les croquis originaux de l’illustratrice Margaux Kindhauser viennent enrichir quelques fins de chapitre pour rester dans l’esprit de cet univers qu’elle a brillamment réussi à restituer dans la couverture qu’elle a réalisée. Une belle histoire comme on aimerait en lire plus souvent, car finalement on n’en passe jamais l’âge.

Le Joueur de Cartes
Daniel Henocq
Couverture illustrée par Margaux Kindhauser
Editions Volpilière
2011

18,00 €

About Chris

Chris a toujours apprécié les littératures de l’imaginaire, mais il lit également d’autres genres pour son plus grand plaisir. Il préfère le terme de critique à celui de chronique qui lui semble toujours trop consensuel. Non qu’il dise systématiquement du mal des auteurs, mais quand il tient une bonne daube ou une resucée maladroite alors il laisse la plume glisser dans de bien sombres humeurs. Comme tout lecteur passionné – ça lui arrive parfois – il n’aime rien tant que de devenir festivalier et d’aller à la rencontre des auteurs. Chris participe de temps à autre à des appels à texte et s’intéresse depuis peu à la photographie, histoire d’apprendre à cerner l’essentiel d’une situation comme d’un lieu. Enfin, il aime plus que tout le transgenre et espère avec une certaine impatience pouvoir être à l’origine de la découverte d’un auteur qui aurait l’audace d’écrire un roman policier avec des sorcières, des mutants et bien entendu quelques créatures extraterrestres aux mœurs exotiques, à défaut d’être douteuses.

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