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Le Bar de l’Enfer – A. Lee Martinez

« Il y a, quoi, sept ans, on a eu une épidémie de dindes vampires. Et quatre ans avant, un démon a possédé la fille de Charlie Vaughn. Et l’épouvantail des Stillman s’est mis à se balader un peu partout… ça foutait les jetons aux gamins du coin. » Le village isolé de Rockwood, Texas a une histoire quelque peu agitée. Et, depuis un moment, les choses s’aggravent. « Chez Gil », le snack-bar un peu plus loin sur la route, est régulièrement attaqué par des zombies. Sa pétoire fumante à la main, la tenancière tient bon. Mais elle et le shérif Kopp finissent par en avoir marre. C’est à ce moment qu’arrivent deux étranges voyageurs, Earl le vampire et Duke le loup-garou. Appréciant la région, ils vont les aider  à faire le ménage.

Après Jasper Fforde et sa « Jennifer Strange, dernière tueuse de dragons », la collection « Territoires » du Fleuve Noir, destinée aux adolescents,  nous fait découvrir A. Lee Martinez et son improbable tandem  constitué d’un loup-garou et d’un vampire. Démarquage des deux-flics-que-tout-oppose-mais-qui-font-équipe, du couple qui passe la moitié du temps à se chamailler et de la paire totalement dépareillée, les deux protagonistes composent donc un schéma à la fois efficace et classique. Mais leurs aventures sont un tantinet plus originales : comme le déplore Duke, ils n’arrêtent pas de « tomber sur des cultes, des monstres, des divinités déchues. »

 

Par bonheur, tous deux sont immortels, ou presque. On en apprendra beaucoup à travers ce volume sur la condition du loup-garou et sur celle du vampire. On saura ce qui est authentique et ce qui relève de la simple rumeur. On apprendra par exemple, en l’absence d’humains, quels animaux un vampire peut choisir et le goût de leurs sangs respectifs –  des connaissances qui pourront toujours servir, on ne sait jamais quelles métamorphoses l’avenir nous réserve.  Et l’on saura aussi, si l’on devient un jour un loup-garou, que, même si la chose n’est pas vraiment mortelle, « peu de filles valent le coup de se faire découper par une Black et Decker à trois lames rotatives. »

 

De fait, il est bien commode d’être immortel lorsque l’on souhaite passer un moment à Rockwood, Texas. Entre les vaches mortes-vivantes, le parcours de golf diabolique, la Reine des horreurs mort-nées, l’inexplicable  matérialisation d’un nombre de zombies largement supérieur à celui des macchabées du cimetière local, l’attaque de goules verdâtres et voraces, et la perfidie d’une adolescente bien décidée à réveiller les dieux anciens et à dominer le monde, le séjour au snack-bar du coin n’est pas précisément de tout repos. D’autant plus que c’est  précisément vers cet endroit que les horreurs générées par la lecture d’ouvrages tels que le « Nécronomicon abrégé » et le « Catalogue Occulte de Ctharl’s le Dément » se précipitent aussitôt matérialisées – avec l’idée d’y dévorer autre chose qu’un simple hamburger-frites.

 

Le final, on s’y attend, sera horrifique, un peu gore, largement lovecraftien, et quelque peu dantesque. Mais on aura été confronté au passage à des énigmes cruciales. Un chien fantôme peut-il arracher un tentacule à un monstre trans-dimensionnel ? Un vampire peut-il nouer une idylle durable avec une jeune fille fantôme indéfectiblement liée à son cimetière ? Un adolescent peu futé peut-il espérer filer dans l’au-delà le parfait amour avec celle qui a programmé sa mort ? A ces questions que vous vous étiez toujours posées, ce roman vous donnera des réponses. Quant à savoir si l’on viole ou non les droits constitutifs des zombies en leur faisant sauter la tête, le problème n’est pas encore résolu.

 

Un soupçon d’érotisme, de la romance adolescente, une louche d’horreur, une pincée de gore et beaucoup d’humour : même si celui-ci n’est pas toujours d’une finesse exemplaire – on ne peut, il est vrai, exiger d’un auteur américain qu’il pratique le nonsense britannique à la manière de jasper Fforde –  la succession de péripéties à base de chapitres courts amuse et ne laisse pas l’intrigue traîner en chemin. Pas de recherche de style non plus, l’ouvrage étant constitué majoritairement de dialogues, avec ici et là des répliques amusantes, que les amateurs du genre pourront s’amuser à mémoriser et à reprendre entre eux en tant que « private jokes ». Et c’est au terme d’aventures trépidantes que survient un final mettant en jeu rien moins que le sort du monde. Mais, fort heureusement « Les habitants de Rockwood étaient bien trop habitués au surnaturel pour faire tout un scandale à propos d’un truc aussi anodin que l’apocalypse ».

 

Il est difficile de tenir la distance sur le mode humoristique et le format de trois cents pages est peut être un peu long, d’autant plus que la fantaisie et l’inventivité finissent par marquer le pas au profit d’un final conforme aux canons hollywoodiens. Mais, avec ce premier roman A. Lee Martinez compose un opus qui, s’il n’a rien de véritablement mémorable, assume sa vocation avouée de distraire. Les adolescents élevés au cinéma d’épouvante devraient  s’amuser à y retrouver clichés détournés, humour décalé, et scènes joyeusement horrifiques. Quant aux adultes, qu’ils soient encore vivants où déjà transformés en zombies, ils devraient ne faire qu’une bouchée de ce roman destiné à cette jeunesse friande de monstres dont ils sont les inexcusables et diaboliques progéniteurs.

 

 

Le Bar de l’Enfer

A. Lee Martinez

Traduction : Patrick Imbert

Couverture : Marko Tardito

Collection Territoires

Editions Fleuve Noir

À propos Alaric

Lecteur surtout de littérature générale, mais fervent défenseur des littératures de l’imaginaire dès qu’elle transcendent le genre et viennent nourrir, et même enrichir, le domaine précité. Pas très attaché aux étiquettes, donc, et toujours prêt à plonger dans un volume original, en espérant y trouver une de ces œuvres qui sont capables de s’inscrire dans la durée.

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