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L’Amulette du chasseur – Gert Nygardshaug

Il se nomme Drum, Fredric Drum. Il est norvégien, ce qui, en ces années de grand engouement pour le polar nordique, est à la fois un défaut et une qualité. Pas un policier, non : un personnage curieux, restaurateur de son état, grand passionné de codes et d’écritures qu’il déchiffre avec un succès certain, au grand dam de plus d’un universitaire renommé, et par ailleurs pourvu d’une sagacité qui lui a déjà permis de résoudre plus d’une affaire épineuse.

« Il attrapa une pelle pas plus grosse qu’une cuillère et en donna un petit coup sur la jambe du cadavre. Le son fut le même que s’il avait touché un morceau de bois. »

Le voilà convié à une dégustation œnologique, mais le bac qui devait l’amener à bon port est victime d’un tragique accident. Il surnage, survit, mais le naufrage fait un mort : un individu qui venait de le saisir par le bras, et qui tenait une seringue à la main. Du naufrage, Fredric Drum récupère à la surface de l’eau une poupée qui l’intrigue : elle est l’exacte réplique d’une momie des tourbières. Dès lors, les évènements curieux s’accumulent. La momie, qui par moment semble bouger comme d’elle-même, est volée dans son restaurant. Drum est victime, chez lui, d’une tentative d’assassinat par électrocution. En compagnie de son ami britannique Stephen, grand amateur de pêche à la mouche, il va prendre une semaine de vacances dans le Rodal : au programme, recherches archéologiques avec des universitaires, pêche, randonnées. Mais, là aussi, il se passe des choses bizarres : on essaye d’assassiner Drum, on retrouve des cadavres frais et d’autres plus anciens – les fameuses momies des tourbières – et tout devient à chaque instant plus compliqué.

« Que le rayon noir de Barek paralyse ton esprit après ta mort aussi, Fredric Drum ! »

La gastronomie (quelques recettes succulentes), des cadavres sans têtes, un restaurateur ruiné, un ermite octogénaire vivant depuis des décennies de la chasse et de la pêche, des assassinats manqués et des assassinats réussis, une nouvelle poupée qui ressemble à la momie, le Délirium trutta lié à la pratique combinée du whisky et de la pêche à la mouche, les mythes et légendes du grand nord, un poison rare, les hommes des tourbières, un brin de machiavélisme et d’autre curiosités au sujet desquelles le lecteur deviendra plus savant : autant d’éléments que rien ne semble rattacher entre eux, et entre lesquelles il ne semble exister aucun lien logique. Mais Drum s’obstine : à partir d’une liste à la Prévert et à quinze entrées, quinze points précis qu’il semble impossible d’aligner ou même d’agencer en un schéma cohérent, il parviendra à établir une série parfaite de liens de cause à effet. Et, dans la grande tradition du polar britannique, il rassemblera les acteurs pour une explication finale.

Il y a dans « L’Amulette du chasseur » plus d’une facilité scénaristique, dont certaines (le héros se penchant en avant parce qu’il éternue au moment précis où on lui tire dessus) peuvent donner l’impression que l’auteur, par moments, s’adresse plus à des enfants qu’à des adultes, et le plan ourdi par les criminels apparaît assez peu vraisemblable. De même, on pourra reprocher à ce roman quelques promesses non tenues (on attendait plus de ce rassemblement dans la même auberge de treize scientifiques, que l’auteur, au chapitre sept, présente un par un pour en abandonner ensuite la plupart), mais l’on comprend aussi que la multiplicité des thèmes abordés sur un format assez court rendait inévitables de telles déconvenues.

Il ne faut donc pas prendre tout à fait au sérieux ce récit de Gert Nygardshaug, beaucoup moins dense, moins ambitieux et moins âpre que le « Le Zoo de Mengele » ou que sa suite, « Le Crépuscule de Niobé », que nous avons précédemment chroniquée. Il n’empêche : « L’Amulette du chasseur », rapidement lu avec ses tout juste deux cent cinquante pages, permet de passer un bon moment. Un petit polar instructif et distrayant qui fait découvrir la région du Rodal, en Norvège, et démontre que l’on peut pratiquer en même temps la gastronomie, la randonnée, la pêche à la mouche et l’investigation policière.

 

De Gert Nygardshaug : Le Crépuscule de Niobé

 

Le Crépuscule de Niobé – Le Zoo de Mengele II – Gert Nygardshaug

L’amulette du chasseur

Gert Nygardshaug

Traduit du norvégien par Alex Fouillet

Couverture : studio création J’ai Lu

Editions J’ai Lu

About Alaric

Lecteur surtout de littérature générale, mais fervent défenseur des littératures de l’imaginaire dès qu’elle transcendent le genre et viennent nourrir, et même enrichir, le domaine précité. Pas très attaché aux étiquettes, donc, et toujours prêt à plonger dans un volume original, en espérant y trouver une de ces œuvres qui sont capables de s’inscrire dans la durée.

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