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La Stratégie Ender

ender11Adaptation du mondialement reconnu premier roman de la saga de Scott Orson Card, La Stratégie Ender défie le regard du spectateur avec saveur.

Dans un futur éloigné, l’humanité subit une attaque extra-terrestre menée par une espèce qu’elle nomma Doryphore. La supériorité technologique des envahisseurs fut telle que des milliards d’êtres humains ne leur survécurent pas. Néanmoins, grâce à l’audace d’un pilote de chasseur, les ennemis furent repoussés. Des années ont passé mais la menace existe toujours et l’armée a mis en place un système éducatif basé sur l’apprentissage des tactiques de guerre de sorte que tous les enfants peuvent devenir le commandant espéré, celui dont le savoir et l’intuition guidera l’humanité en cas de nouvelle attaque des Doryphores. Andrew « Ender » Wiggin est l’un d’eux. A 16 ans, il mène une vie normale selon les critères de son époque. Jusqu’à ce qu’un incident attire sur lui l’attention du colonel Graff qui lui propose d’intégrer l’Ecole de Commandement de la Flotte Internationale. Ce sera dur, Ender passera des années sans voir sa famille mais il accepte. Quelque part en lui sommeil LE talent mais aussi l’espoir d’être remarqué, de devenir un meneur. Ender ne le sait pas encore mais les hautes instances de l’armée le surveillent depuis sa naissance, attendant que son don s’éveille. Pour le pire comme le meilleur, le garçon va devoir user de toutes ses ressources pour gagner une place qu’il est convaincu de désirer.

Après des années et nombres de projets tombés à l’eau, La Stratégie Ender est finalement adaptée en film par Gavin Hood (Mon nom est Tsotsi). Avec des têtes d’affiche telles qu’Harrison Ford et Ben Kinsgley au programme, on ne peut qu’être séduit à l’avance, plus encore si on connaît les noms d’Asa Buttefield révélé au monde grâce au très bon Hugo Cabret et d‘Hailee Steinfeld flamboyante aux côtés de Matt Damon et Jeff Bridges dans le remake de True Grit. Mot en plus : un plaisir de voir que les jeunes acteurs sont physiquement proches de la réalité avec un garçon encore en pleine croissance, à peine sorti de l’enfance, et une jeune fille qui n’a pas que la peau sur les os ni un plâtre de maquillage sur le visage.
Au final, un bon film qui se regarde plaisamment. Les images futuristes, vues de l’espace, de combats intersidéraux même fictifs, les décors des stations spatiales dévouées à la formation des jeunes soldats, les costumes, les salles de classe et leurs équipements… Tout est splendidement maîtrisé et en met franchement plein la vue!

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Le jeu des acteurs nourrit ce déploiement visuel. L’agressivité autoritaire d‘Harrison Ford, l’orgueil assumé de Ben Kinsgley, l’innocence mêlée de colère et d’envie d’Asa Butterfield, la confiance amicale d’Hailee Steinfeld, chaque personnage rempli totalement sa fonction grâce au talent de leur interprète. Bien entendu, Asa Butterfield retient plus l’attention puisqu’il incarne le héros de cette histoire. Il est remarquable car il est fidèle au personnage créé par Scott Orson Card : toujours dans la retenue jusqu’à l’évènement final qui le fait sortir de ses gonds, on ressent qu’il est un parfait Ender, sans cesse dans la réflexion, l’attention aux meilleurs moyens d’atteindre son objectif sans faire du mal à autrui car il sait plus que nul autre que sa part d’ombre peut être destructrice pour lui comme pour les autres. Ce self-contrôle qu’il garde sans arrêt, même les larmes aux yeux est parfaitement joué par Asa Butterfield. Par son jeu et sa présence, Asa/Ender met en exergue l’une des grandes questions du film et de l’histoire originelle qui est où s’arrête le jeu et où commence la guerre dans l’esprit de ces jeunes recrues ? L’ego d’Ender est criant d’humanité. Il connaît ses faiblesses mais aussi ses points forts et il est flatté d’être remarqué, il fait tout ce qu’il faut pour prouver et se prouver qu’il mérite d’être considéré ainsi. Le prix n’en est que plus élevé.

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Ecrit par son réalisateur, le scénario de La Stratégie Ender respecte l’univers et le déroulement du roman si on excepte le fait qu’il ne fait pas grandir Ender (de 7 à 13 ans le roman, ici il se passe 9 mois et Ender a déjà 13 ans). Important, le film porte à l’écran l’idée majeure développée dans le premier roman, celle de la facilité et la perversité avec lesquelles les adultes et l’autorité parviennent à manipuler les plus jeunes pour mieux leur faire accomplir leurs sales besognes. L’espèce de conditionnement auquel sont soumis les enfants destinés à devenir des combattants est flagrant, il déteint inévitablement sur leurs personnalités.

Néanmoins, si cette version paraît une réussite aux yeux des néophytes, qu’il reste un très bon divertissement, il pèche par deux grands oublis dans ce même scénario. Les fans du roman et les spectateurs attentifs trouveront étrange que le monde adulte mette une armée entière et une puissance de feu pareille entre les mains d’un adolescent sans en comprendre la vraie raison car elle reste inexpliquée. On entend qu’Ender est une sorte de petite génie, qu’il a une intelligence très au-dessus de la moyenne mais rien de plus alors pourquoi lui ? Au fond, pourquoi ces militaires de carrière à l’expérience rare ont-ils tellement besoin de cet enfant qui n’est encore qu’un enfant ? Aucune explication à moins de lire le roman. Le pire étant que le terme d' »ansible » est dit une seule fois par le personnage que joue Harrison Ford et n’est pas développé. Encore faut-il savoir que cet ansible est la source de la technologie ennemie que les humains ont pu s’approprier après le premier conflit, qu’ils ne comprennent pas comment elle fonctionne mais qu’elle peut leur donner la victoire et que certains enfants sont capables de l’utiliser instinctivement. Ender est le plus doué d’entre eux. Ce « détail » est crucial et il n’apparaît pas du tout dans le film… Grave omission qui s’explique sans doute par le désir de Gavin Hood d’aller au plus simple, de faire un film grand public qui ne s’encombre pas de dialogue techniques. Sauf que sur ce point précis, c’est dommageable.

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La Stratégie Ender est un film familial à grand spectacle réussi. Le futur y est crédible de bout en bout, de même que chaque protagoniste. Les étapes de l’évolution du héros sont prenantes et on prend plaisir à suivre ses pas. Les fans du roman s’y retrouveront même s’il leur manquera forcément une certaine richesse.

Bande annonce ici

La Stratégie Ender
Gavin Hood
Avec : Harrison Ford, Ben Kinsgley, Asa Butterfield, Hailee Steinfeld, Viola Davis, Abigail Breslin, Nonso Anosie…

Sortie France : 6 novembre 2013

About Clémentine Fourau

Prisonnière ravie du monde des rêves et de l’imaginaire depuis l’enfance, j’ai connu mes premiers émois littéraires avec les classiques contes et autres aventures des héros de cape et d’épées avant de glisser dans un univers encore plus riche : Histoire, mythologies, légendes, sorcellerie, Fantasy, fantasmagories… Le charme grandiose des oeuvres de Stephen King, JRR. Tolkien, H.P Lovecraft, Edgar A. Poe et Anne Rice furent autant de rencontres magiques éveillant un appétit d’ogre pour le fantastique sous toutes ses formes. Egalement férue de mangas, de films d’animation et de cinéma, j’ai vogué entre mes passions et des études d’histoire de l’art et archéologie, traînant un sentiment persistant que le Livre était ma véritable voie. Aujourd’hui, j’ai trouvé un équilibre, remplissant sans cesse le peu d’espace dans lequel je vis avec toujours plus de livres et partageant ma passion des mots et de l’image à travers mes chroniques et un travail d’écriture qui, je le souhaite, aboutira à séduire un lectorat plus large encore. Car rien n’est plus savoureux que de créer son propre univers du rêve… ou de cauchemars !

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3 comments

  1. encore une excellente critique

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