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La servante écarlate – Margaret Atwood

Ecrit à la première personne du singulier et au présent, La servante écarlate nous fait découvrir peu à peu la réalité de sa narratrice, Defred. Elle vit dans la république de Gilead, Galaad en français, et dans la bible. Oui, il y a un côté religieux qui dérange dans cette histoire, du moins tout au début. En effet, on pense d’abord être au sein d’une communauté à la marge du genre Amish et on découvre que ceux-ci ne dédaignent pas les moteurs à explosion ni les armes à feu. La progression du récit que nous propose l’auteure canadienne Margaret Atwood est remarquable et intensément immersive. On ressent l’oppression de cette société aux rites bien établis, aux castes sanctuarisées et à la finalité assez floue.

Ce qu’on sait, c’est que nombre d’hommes font une guerre, certainement sainte, dans ces Etats-Unis d’Amérique du futur. D’autres sont restés à Gilead. Ils sont soit les Commandants, soit des anges, soit des gardiens. Toujours est-il que seuls les Commandants comptent. Ils cotoient trois types de femmes : l’Epouse, les Marthas qui entretiennent le logis et les servantes écarlates, comme Defred, dont le rôle est la procréation. Les femmes peuvent tenir d’autres rôles, mais tellement éloignés des castes dominantes qu’elles ne sont évoquées que comme un échec de vie.

Paru en 1985, La servante écarlate a donné lieu à un film réalisé par Volker Schlöndorff en 1990. Plus récemment, en 2017, une série télévisée rencontre le succès auprès du public aux Etats-Unis et dans le monde. En France, elle a été diffusée sur une des chaînes d’OCS. Ce qui fait surtout le buzz autour de ce roman, c’est que le personnage de cette servante écarlate refléte bien la situation de la femme dans l’Amérique que souhaite Trump notamment avec sa volonté d’éradiquer l’Obamacare et le planning familial.

Ainsi, les militantes féministes ne dédaignent pas de manifester régulièrement en costume de servantes écarlates lors des déplacements de l’illuminé de la Maison Blanche. Même si Margaret Atwood se défend d’écrire des œuvres féministes, il faut reconnaître que la plupart de ses romans traitent du rôle de la femme dans la société. Dans La servante écarlate, il n’est pas de rôle plus à envier qu’un autre. Nous sommes dans une dystopie futuriste et l’auteur affirmait à l’époque de la première parution que tout ce qui y est décrit a existé dans une société ou une autre. Souvent, en effet, la réalité dépasse la fiction.

Lorsque nous découvrons Defred, elle sert son troisième Commandant. Pour son malheur, comme pour celui des autres servantes écarlates, elle est fertile et ne peut échapper à ce sort. Elle semble s’être habituée à cela, même si parfois ses réactions sont rebelles. D’autant qu’elle a connu le monde d’avant Gilead. D’autant que ce monde continue d’être ailleurs dans le monde, notamment avec cette scène pittoresque des touristes japonais qui débarquent un beau jour dans la cité. Mais le propos reste grave et l’intérêt de ce roman réside surtout dans l’incertitude qui a mené à cette nouvelle société retrograde et comment Defred va se révéler sous son vrai visage de femme libre et émancipée. Un délice à lire, même si le propos est parfois glaçant.

Je complète cet avis en ajoutant que le dernier chapitre écrit sur le ton ethnologique est remarquable. D’autant que la postface de l’auteur recontextualise complétement ce récit dans son œuvre qui est mise en exergue en toute fin de volume où nous découvrons toutes ses parutions chez Robert Laffont. J’ai d’ailleurs découvert qu’un opéra a aussi été consacré à ce roman. Suite à la lecture du roman, j’ai visionné les autres supports. Dans le film de 1990, le casting était remarquable avec notamment Faye Dunaway et Robert Duvall. J’ai eu du mal a y entrer, car l’ambiance orwellienne y est très plombante donnant un sentiment fort d’oppression tout du long. Pour ce qui est de la série, je l’ai trouvée moins sombre esthétiquement avec une approche très axée sur les personnages, ce qui est, à mon sens, la clé de sa réussite, car très proche de la vision originelle de Margaret Atwood. Je ne peux que vous encourager à découvrir cette œuvre, par le média qui vous attire le plus.

La servante écarlate
Margaret Atwood
Couverture extraite de la série télévisée
Traduction par Sylviane Rué
Robert Laffont
Collection Pavillons poche
2017

11,50 €

About Chris

Chris a toujours apprécié les littératures de l’imaginaire, mais il lit également d’autres genres pour son plus grand plaisir. Il préfère le terme de critique à celui de chronique qui lui semble toujours trop consensuel. Non qu’il dise systématiquement du mal des auteurs, mais quand il tient une bonne daube ou une resucée maladroite alors il laisse la plume glisser dans de bien sombres humeurs. Comme tout lecteur passionné – ça lui arrive parfois – il n’aime rien tant que de devenir festivalier et d’aller à la rencontre des auteurs. Chris participe de temps à autre à des appels à texte et s’intéresse depuis peu à la photographie, histoire d’apprendre à cerner l’essentiel d’une situation comme d’un lieu. Enfin, il aime plus que tout le transgenre et espère avec une certaine impatience pouvoir être à l’origine de la découverte d’un auteur qui aurait l’audace d’écrire un roman policier avec des sorcières, des mutants et bien entendu quelques créatures extraterrestres aux mœurs exotiques, à défaut d’être douteuses.

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