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La Pucelle et Le Démon – Benedict Taffin

Les Éditons Asgard viennent, une nouvelle fois, nous offrir un roman de fantasy française et pas de n’importe quelle auteure, puisque Bénédicte Taffin s’est déjà fait positivement remarquer pour son roman Les yeux d’Opale, paru chez Gallimard Jeunesse en 2010. Quand je dis positivement, s’est afin de souligner que ce roman a reçu le prix Futuriales Jeunesse 2011. A noter également que non, il ne s’agit pas d’une erreur de l’imprimeur, mais bien d’un choix de l’auteure de se faire appeler Benedict au lieu de Bénédicte, ceci afin de se différencier de ses romans jeunesses.

Alors certes, on a évidement quelques attentes lorsqu’on entreprend la lecture du roman de La Pucelle et le Démon. L’auteure doit notamment parvenir à écrire un roman qui sache sustenter un public adulte. Je pense qu’il ne s’agit pas là d’un acte d’écriture très aisé que de passer d’un public jeunesse à un autre. Son nouvel ouvrage va être d’autant plus décortiqué que l’auteure a déjà obtenu un prix.

Commençons déjà par regarder ce que nous révèle la quatrième de couverture, autant vous le dire tout de suite très peu de chose …

Le mercenaire Sidoine de Valzan est chargé d’escorter la prophétesse Jehanne. La jeune femme prétend pouvoir remettre le Dauphinsur le trône et rétablir la paix dans le royaume. Mais à son arrivée, Sidoine découvre qu’elle a été assassinée par des démons. Il lui faut absolument trouver une femme pour sauver le royaume, mais qui ? Il ne connaît personne en ces terres étrangères.
Personne, hormis la prostituée avec laquelle il a passé la nuit précédente : Oriane. Oriane… Jehanne… qui verra la différence ?

Et non vous ne vous trompez pas, ce roman reprend effectivement la trame de Jeanne d’Arc. Sauf que comme le révèle la quatrième de couverture, cela commence mal puisque des Bhargoests se sont repu de notre sainte Jehanne. C’est là qu’on rentre dans l’intrigue purement fantasy du roman de Benedict Taffin.

Son roman reprend en trame de fond, chapitre par chapitre, le mythe de Jeanne d’Arc. Mais l’auteure y a évidement apporté bon nombre de changements. Et je dois le dire, même si on ne peut s’extraire du fait que c’est véritablement un roman de fantasy, par moment, il est vraiment difficile de ne pas se demander si cela ne mettrait pas en relief quelques vérités sur notre emblématique Jeanne d’Arc.

Je dois l’avouer, dès la première demi-page, j’ai cru commencer un roman un peu mièvre. Dès la demi-page suivante j’ai compris que je m’étais bien trompé !  (Ce n’est pas une critique loin s’en faut, c’est comme si j’avais commencé un roman en croyant lire du Céline Guillaume mais qu’en fait c’était du Justine Niogret, ce n’est pas du tout la même ambiance !)

Une fois que le roman m’a bien remis en place sur sa nature profonde, je me suis laissé vraiment porter par le récit prenant de l’auteure. Et c’est bien là son art, c’est d’avoir su capter toute mon attention, tout en sachant qu’il n’y avait pas vraiment de surprise, sauf pour quelqu’un qui ignore tout de Jeanne d’Arc. Enfin, pas de surprise sur l’intrigue générale, parce que la touche de fantasy qu’amène l’auteure est vraiment présente et apporte au roman une tout autre dimension qu’un simple roman sur fond historique.

Sans rentrer dans les détails, l’histoire présente un mercenaire goujat possédé par un démon qui a remplacé notre bonne Jehanne par la dernière personne qu’il a eu le plaisir de rencontrer, qui n’est autre qu’une prostituée et que l’on doit amener au Dauphin pour le convaincre que non, il n’est pas un bâtard !

Je vais quand même rendre un peu plus hommage à ce roman qui est beaucoup plus subtil que ne le présage mon paragraphe ci-dessus. Le héros, Sidoine, dit La Hire, est profondément inspiré d’Etienne de Vignolles, excepté qu’il est possédé par un Bhargoest, et qu’on ne sait jamais à quel point ce dernier peut vicier le personnage de Sidoine. Par moment, cela apparaît clairement, mais certains comportements de La Hire préfigurent que son libre arbitre est très souvent mis à mal. Sidoine peut se gratifier de tous les adjectifs qui existent pour désigner le pire des goujats, mais voilà, on s’y attache quand même. Quand il combat, il est majestueux ; en revanche, quand il communique, sa muflerie prend souvent le dessus.

Oriane est également inspiré de Jeanne d’Arc, même si elle vient dans le roman se substituer à Jehanne de Domfroy, qui je le rappelle est morte dès le début de l’intrigue. Elle est donc impétueuse avec une part de fragilité, cette même fragilité que l’on connaît à Jeanne d’Arc, avec de surcroît  des blessures du passé. Elle incarne son rôle d’Élue avec forte détermination … Même si, ne l’oublions pas, des fois que vous n’auriez pas suivi, Oriane est la catin que notre vénérable rustre de Sidoine s’est troussé au tout début du roman, et le mufle ne manque jamais de lui rappeler qui elle est ni d’où elle vient …

Voici pour les deux protagonistes principaux, les personnages secondaires restent quant à eux très inspirés des personnages historiques qui gravitaient autour de Jeanne d’Arc, je ne vais donc pas tous vous les énumérer. Pour ce qui est de la magie, utilisée par l’auteur avec parcimonie, elle vient servir l’intrigue avec habilité. La magie est donc certes présente dans ce monde, mais reste une science obscure assez peu usitée et assez peu connue par la population comme le sont d’ailleurs les Bhargoests qui tiennent plus de la légende.

Je tiens à rendre hommage, également, aux scènes de combats incroyablement bien décrites. L’une d’elle m’a carrément soufflé. D’ailleurs, la couverture m’a fait immédiatement penser à ce passage. Et puisque j’en parle, la couverture est très fidèle au roman. Je dois dire que le personnage de La Hire est parfaitement bien illustré. Par contre je m’étais faite une image d’Oriane moins pulpeuse avec des traits plus juvéniles et plus angéliques, il n’en reste pas moins que la couverture est très réussie et si vous vous demandiez à quoi ressembler les Bhargoests, ils sont eux aussi très bien représentés sur la couverture. La jaquette qui entoure le livre est vraiment du plus bel effet.

Je ne saurais donc que trop vous conseiller la lecture de ce roman, parce qu’il est bon et que je l’avoue, c’est assez jubilatoire de trouver un personnage aussi mufle que La Hire. Je vous rassure, le roman n’est pas non plus saturé de grivoiserie !! Quoi dire de plus? C’est bon, c’est français, donc allez y c’est permis.

 

La Pucelle et le Démon

Benedict Taffin

Illustration de couverture par Pascal Quidault

Éditions Asgard

Collection Reflets d’ailleurs

 17 €

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