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La Perle et l’enfant – La Pucelle de Diable-Vert Livre I – Paul Beorn

La Pucelle de Diable-Vert est un diptyque composé du présent volume intitulé La Perle et l’enfant et du second Le Hussard amoureux. Il s’agit des premiers romans de Paul Beorn et La Perle et l’enfant s’est vu nominé pour le Prix Imaginales du roman francophone en 2011, c’est dire la qualité d’écriture de ce jeune auteur. Il n’est qu’à lire la quatrième de couverture pour se rendre compte qu’il a mis la barre très haut pour ce roman :

« Toi qui entres ici, réalise toutes tes espérances. »
Jéhanne est une Rouge, un soldat du Bailli, et ses origines plutôt modestes lui valent de s’appuyer sur un solide bon sens. C’est peut-être ce même bon sens qui la rend si peu sensible à la magie, alors que celle-ci semble envahir le Royaume. Tout le monde veut aller à Diable-Vert, cette cité pauvre des confins destinée il y a peu à un oubli complet.
Lorsqu’on lui demande d’aller enquêter sur la nature du mystérieux phénomène, Jehanne se retrouve plongée au coeur d’une situation qui la dépasse. Dans un monde en guerre où les hommes semblent devenus fous, elle n’a pour garder les pieds sur terre que sa morale simple, une perle aussi bavarde qu’impertinente à son oreille et un bébé dans les langes qui attire d’étranges convoitises.
La Perle et l’enfant, le premier livre du diptyque de la Pucelle de Diable-Vert, appartient à cette Fantasy qui mêle à un récit haletant la densité de personnages auxquels le lecteur s’attache profondément. Porté par une belle écriture, simple et lumineuse, Paul Beorn atteint dans son premier roman une maîtrise rare qui séduira tout autant les amateurs que les lecteurs occasionnels du genre.

Certes, on pourrait se dire que les éditions Mnémos jouent du dithyrambe en fin de ce résumé, mais le lecteur pourra difficilement ne pas aller dans ce sens. Si la Jéhanne dont il est question pourrait ressembler à une héroïne historique qui n’eut de cesse de bouter l’Anglois hors de France, ce n’est qu’un arrière-plan lointain qui donne plus de relief encore à ce récit.

Le Royaume de Croix-Blanche est en guerre, une guerre civile qui oppose le Roy à son fils. Pendant que les hommes valides se battent, la vie doit continuer dans les cinq provinces. L’ordre est assuré par des baillis au service desquels œuvrent les rouges. Ce sont essentiellement des femmes, des lieutenantes, qui constituent ce corps. Nous découvrons la lieutenante Jéhanne alors qu’elle rejoint la cité de Diable-Vert, dans la province des Hautes-Terres. Elle est sous les ordres du Capitàn Gaillard qu’une vilaine blessure prive de batailles. Ce dernier s’est acoquiné avec la lieutenante Elisabeth, certes fine lame, mais manipulatrice de talent.

Ces trois-là se sont vus confiée la mission de se rendre à Diable-Vert afin d’enquêter sur d’inquiétantes histoires d’ensorcelés qui sont parvenues jusqu’aux oreilles du Sénéchal du Roy. Jéhanne a la particularité de ne pas réagir à la magie. C’est un énorme atout dans ce monde où sortilèges et enchantements sont chose courante. De plus, elle porte à l’oreille un bijou peu ordinaire : une perle bien bavarde et qui porte le nom d’Abel de Royale-Terre. Cette Jéhanne entend donc une voix, mais ici l’explication est simple, pour peu qu’on accepte la magie.

Lorsque nos rouges arrivent sur place, nous assistons à une scène étrange qui peut laisser présager que le péril qui guette Diable-Vert et peut-être le royaume a été sous-estimé. En effet, avant d’avoir mis pied à terre, les passagers du convoi que nos héros ont emprunté se sentent obligés de jeter un objet sur le bas-côté de la route. Jehanne est insensible à tout cela et part en quête de l’épée que Gaillard a jetée. Ce faisant, elle découvre un bébé parmi les offrandes des voyageurs. Elle décide de s’occuper de cet enfant. Elle ignore alors que cet enfant est lié à ce qui l’amène à Diable-Vert.

Je ne vais pas déflorer plus avant cette histoire, mais peux vous assurer que Paul Beorn a fait montre d’une imagination débordante pour construire son univers. On pourra d’ailleurs parfois reprocher la richesse, la complexité de ce monde, des relations entre les différentes classes de personnages et bien d’autres points qui peuvent déstabiliser le lecteur, mais c’est bien ce genre de détails qui démontre la profondeur d’un univers et l’implication d’un auteur dans sa cohérence. Le lecteur trouvera de l’aventure, des combats et de nombreux retournements de situations au fil de ce récit. L’auteur n’a pas choisi de recourir à un langage médiéval lourd et rapidement incompréhensible au profit d’expressions surannées ou imagées qu’il disperse parcimonieusement dans son texte. La conduite du récit est irréprochable et la maîtrise de la langue est indéniable pour cet auteur qui participe activement à l’entraide littéraire au sein du collectif CoCyclics. Une belle découverte et une plume déjà bien affûtée qui nous réservera certainement d’autres agréables surprises à l’avenir.

La Perle et l’enfant – La Pucelle de Diable-Vert Livre I
Paul Beorn
Couverture illustrée par Julien Delval
Editions Mnémos
Collection Icares
2010

18,00 €

À propos Chris

Chris a toujours apprécié les littératures de l’imaginaire, mais il lit également d’autres genres pour son plus grand plaisir. Il préfère le terme de critique à celui de chronique qui lui semble toujours trop consensuel. Non qu’il dise systématiquement du mal des auteurs, mais quand il tient une bonne daube ou une resucée maladroite alors il laisse la plume glisser dans de bien sombres humeurs. Comme tout lecteur passionné – ça lui arrive parfois – il n’aime rien tant que de devenir festivalier et d’aller à la rencontre des auteurs. Chris participe de temps à autre à des appels à texte et s’intéresse depuis peu à la photographie, histoire d’apprendre à cerner l’essentiel d’une situation comme d’un lieu. Enfin, il aime plus que tout le transgenre et espère avec une certaine impatience pouvoir être à l’origine de la découverte d’un auteur qui aurait l’audace d’écrire un roman policier avec des sorcières, des mutants et bien entendu quelques créatures extraterrestres aux mœurs exotiques, à défaut d’être douteuses.

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