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John Carpenter: le Maître de l’horreur

BIOGRAPHIE ET ANALYSE (par Clémentine)

Nul ne peut douter ni même refuser l’évidence : si le film d’horreur et de suspense est devenu un genre à part, reconnu et valorisé, il le doit non seulement à un public grandissant au fil des générations mais surtout grâce à des réalisateurs visionnaires. John Carpenter, surnommé le maître de l’horreur, est l’un d’eux. Il est membre à part entière de cette toute petite confrérie de grands chevaliers du cinéma de genre, indépendant, novateur, entêté et génial. Et rien, ni les sirènes de Hollywood, ni le chantage du « bankable » à tout prix des studios de production, ni les modes n’ont infléchi cet artiste du cinéma.

John Howard Carpenter est né le 16 janvier 1948, dans l’état de New York, d’un couple d’artistes de cœur et d’âme qui lui ont très vite insufflé le goût de la musique et du cinéma. Fan des westerns très en vogue au sortir de la Seconde Guerre mondiale, de films d’horreurs assez expérimentaux, époque oblige, et de SF, le jeune John Howard rêve très tôt de devenir réalisateur. Il commence dès le lycée à mettre en scène et filmer des courts-métrages horrifiques avec une caméra 8 mm. C’est d’ailleurs cette fièvre qui le pousse à changer d’université en 1968, quittant la classique Western Kentucky University pour l’artistique University of Southern California’s Scholl of Cinematic Arts (fameuse USC) dont il sort diplômé trois ans plus tard avec un premier petit bijou, Dark Star.

D’abord réalisé pour son projet de fin d’études, ce court-métrage devient, en 1974, son premier film grâce au producteur Jack H. Harris qui lui offre les moyens financiers d’ajouter de nouvelles scènes, des effets spéciaux supplémentaires, une musique composée par ses soins (une de ses futures marques de fabrique) et un scénario étoffé avec l’aide de Dan O’Bannon, futur co-scénariste d’Alien le Huitième Passager. Déjà auréolé de sa participation au meilleur court-métrage de fiction oscarisé en 1970, The Resurrection of Bronco Billy, John Carpenter a le plaisir de voir son Dark Star ainsi transformé remporter un succès critique, le prestigieux prix Saturn Award des meilleurs effets spéciaux ainsi que des nominations comme meilleur film ou meilleur scénario. Carpenter écrit aussi des scénarii dont une bonne part est vendue et adaptée par Columbia Pictures, Batjac Productions ou encore la société de production de John Wayne.

En 1976, une porte s’ouvre sur un investissement minime mais bienvenu. The CKK Corporation et Overseas FilmGroup lui permettent de réaliser Assaut d’après un scénario qu’il écrit en collaboration avec Debra Hill, future collaboratrice inséparable du travail de Carpenter. Bien que son film soit jugé trop violent par la Commission de censure, Carpenter fait mine de couper les scènes demandées dans la copie qu’il renvoie pour ensuite le diffuser en intégral dans le pays. Rebelle John Carpenter ? Assurément, c’est la force de l’artiste indépendant même si cela lui vaut quelques ennuis mineurs. Malgré un accueil chaleureux en Europe, Assaut ne conquiert pas largement le public américain. Par manque d’opportunités, Carpenter accepte un contrat de réalisation pour le petit écran, un film hommage à Alfred Hitchcock, Meurtre au 43e étage. Sur le plateau, il rencontre sa future première épouse, Adrienne Barbeau, qu’il mettra souvent en scène.

Alors qu’il participe au Festival du film de Londres avec Assaut, Carpenter est approché par les producteurs Moustapha Akkad et Irwin Yablans, tous deux connus pour leur soif de nouveauté dans le paysage cinématographique international. Et l’esprit de Carpenter les séduit. Irwin Yablans lui commande un film d’horreur basé sur l’idée de baby-sitters poursuivies par un tueur psychopathe. Cette graine d’histoire enthousiasme Carpenter et Debra Hill qui se mettent aussitôt à l’écriture d’un premier scénario inspiré de Psychose. L’histoire est celle d’Halloween, sorte de conte d’horreur, mêlant tueur psychopathe à tendance surnaturelle tant il est habité par le mal aux préparatifs de la fête d’Halloween, si propice à susciter les peurs. Le budget étant encore mince au regard des grosses productions de l’époque, Carpenter engage Jamie Lee Curis, une parfaite inconnue pour jouer le premier rôle féminin, mais s’offre Donal Pleasance connu pour ses apparitions dans des monuments tels que La Grande Evasion. Non content de tenir la caméra, le réalisateur compose la musique. Le film sort pile pour Halloween 1978. Une fois encore, les critiques sont mitigées mais le public est au rendez-vous et le succès dépasse tout ce qui était attendu. En comparaison avec son coût, Halloween devient le film le plus rentable de l’histoire du cinéma. Les prix pleuvent, une légende est née, Carpenter devient un Nom !

Après un court retour au téléfilm pour un biopic sur Elvis Presley pour lequel il rencontre Kurt Russel, Carpenter est très vite contacté par la production AVCO Embassy Pictures qui lui offre un contrat pour deux films. Le réalisateur qui souhaite poursuivre son aventure créatrice avec la thématique de l’horreur retrouve Debra Hill pour écrire puis tourner The Fog. Avec un casting de fidèles, il met en scène un récit de brouillard maléfique et hanté à la poursuite des habitants d’une petite bourgade maudite. Cette année 1980 n’est pas facile, Carpenter se débat avec des problèmes techniques sans fin qui abîment sa vision finale à tel point que le montage terminé, il décide de tout reprendre, de tourner de nouvelles scènes tout en respectant la date de sortie prévue. Un parcours du combattant que l’on peine à deviner quand on voit le film : une superbe réussite, plébiscité par un public désormais acquis. Cet enthousiasme ne se dément pas l’année suivante avec New York 1997, qui donne la vedette à Kurt Russell. Une amitié de longue date s’installe entre les deux hommes qui travailleront souvent ensemble.

Le succès critique et financier sert les ambitions de Carpenter. Il vend le scénario d’un Halloween 2 à Universal Pictures et se lance dans une production plus importante que les précédentes, signe de nouveau cap artistique, avec The Thing. Pourtant ce film auquel il tient et qu’il soigne grâce, notamment, à une plus large liberté financière est un échec commercial. Carpenter mettra des années à s’en remettre. Sa réputation n’en est pas entachée pour les producteurs mais ses choix artistiques sont comme remis en question. Est-ce pour cela qu’il accepte de tourner une adaptation du roman Christine de Stephen King, saluée comme l’une des meilleures adaptations du romancier, mais au but très commercial pour l’époque ou encore qu’il réalise Starman, film très éloigné de son style pourtant reconnu ? Sans doute. Malmené dans ses convictions par un public qui n’est pas encore assez mûr pour le suivre, Carpenter tente ainsi entre 1983 et 1986 de se plier au moule hollywoodien. Cependant, le résultat est catastrophique et les studios de production lui retirent leur confiance. Un mal pour un bien puisque Carpenter retourne à ce qui fait son univers et alimente sa créativité de liberté, le cinéma indépendant.

S’armant de courage, il fait face à ses déceptions passées et entame le tournage du second volet ce qu’il nommera lui-même sa « Trilogie de l’Apocalypse » commencée avec The Thing, Prince des Ténèbres. Donald Pleasance répond présent pour ce long-métrage dont le succès est modéré mais bien là. Carpenter retrouve le cœur de son public, ce lien encore fragile se consolide avec Invasion Los Angeles. Les critiques sont sans mesure contre son film mais son public le suit, de même que le milieu artistique qui nomme Invasion Los Angeles aux Saturn Awards pour Meilleur film de SF et Meilleure musique.

De 1988 à 1994, Carpenter semble en manque d’inspiration. Il accepte de diriger divers projets plus ou moins qualitatifs dont on peut noter les téléfilms Petits Contes de la Nuit et Les Contes de la Crypte dans lesquels il joue même la comédie.

Son retour au cinéma en 1994 se fait sur une nouvelle adaptation d’un roman de Stephen King. La Part des Ténèbres est néanmoins retravaillée avec une touche de H.P. Lovecraft car Carpenter veut que ce film soit son troisième volet de Trilogie de l’Apocalypse. C’est sous le titre de L’Antre de la Folie qu’il renoue avec le succès artistique mais passe encore à côté d’une reconnaissance par son public et les critiques. Pourtant, les studios reviennent vers lui et il peut de nouveau s’orienter vers des projets nécessitant un budget notable. Son remake du Village des Damnés n’emporte toujours pas le triomphe, pas plus que la suite de New York 1997 baptisée Los Angeles 2013, qui aboutit pourtant grâce à l’entêtement de Kurt Russell. En 1998, Vampires attire de nouveau les spectateurs et les récompenses mais John Carpenter persiste à créer des films qui ne plaisent pas autant qu’il le souhaiterait car Ghosts of Mars (2001) ne remplit pas sa mission au-delà du cercle des spectateurs. Le réalisateur choisit donc de quitter la machinerie hollywoodienne et de faire une longue pause. Pourtant, et le nombre d’entrées en salle le prouve, le nom de John Carpenter demeure un puissant appel aux adorateurs du grand écran et du film d’horreur et de suspense. Encouragé par le succès tardif de ses grands projets tels que The Thing, Assaut ou Christine qui s’arrachent en vidéo, il revient à la télévision en 2005 sur la série Les Maîtres de l’Horreur à raison d’un épisode par saison. Il faut attendre 2010 pour qu’il se lance dans un nouveau long-métrage. The Ward est un film indépendant, proche des recettes qui ont fait la marque de fabrique du cinéaste, avec un casting de presque inconnus en dehors du premier rôle. Une fois encore, les critiques sont difficiles avec le grand John alors que le film trouve son public.

Mais John Carpenter persiste et signe. En dépit de sérieux problèmes cardiaques, il travaille sur plusieurs projets de futurs films, dont un serait une sorte de western gothique, un scénario qu’il aurait gardé des décennies dans ses tiroirs.

Le style Carpenter

Éveillé très jeune à la passion du 7e art et irrémédiablement attiré par les histoires de terreur, d’horreur, armées d’une dose de fantastique, John Carpenter a très vite su quel genre d’histoire il voulait conter avec sa caméra. Il a toujours travaillé ses films comme un tout, depuis le scénario jusqu’au montage en passant par les prises de vue, le choix des acteurs, les effets recherchés et leur recette, l’actualisation incessante des bonnes vieilles méthodes, la reprise et l’usage exacerbé des plus primales peurs humaines et la musique. Plus on regarde les films de Carpenter plus on apprécie le minimalisme de son art. Moins il y a d’effets (« Les effets ne sont que des effets », interview bonus Ghosts of Mars), plus l’ensemble des pièces composant le film est au service du récit. Le cinéma de John Carpenter est fort de son honnêteté. Tout y est authentique, tout est là pour les yeux du spectateur, pour qu’ils fassent le lien avec l’esprit de celle ou celui qui regarde. Remarquablement, cet artiste n’a jamais trahi ni ses convictions, ni son savoir-faire ni son public en cédant aux sirènes des nouvelles techniques son et images pourtant tellement usitées à Hollywood, empire de l’argent. John Carpenter défie le système à la fois dans le fond et la forme de son art. Le fond ce sont des scénarii d’une simplicité extrême et directe, critiquant les gouvernements ou les autorités (Assaut, New York 1997, Invasion Los Angeles), la force brute du système qui entend asservir l’humain pour le profit. La forme est subtile, traduite par des cadrages « à l’ancienne », très western, au plus près, assurant aux acteurs que leur prestation fait le film, des effets simples presque minimes (le Mal c’est un brouillard fantôme, une voiture hantée, une créature sans corps propre, une pestilence extraterrestre, l’arme secrète du héros d’Invasion Los Angeles est une paire de lunettes lui révélant le visage des envahisseurs mêlés aux humains, les messages subliminaux forçant les comportements), des techniques ancestrales (le détail que le spectateur verra mais pas le personnage et qui fera tout le suspense, le protagoniste qui surgit subitement d’un recoin sombre, la première scène qui pose l’atmosphère de peur), des huis-clos puissants, des bandes originales épurées mais parfaites alliées du récit, des acteurs qui sont rarement des visages trop connus et ancrés dans un rôle type, une photographie qui pose l’atmosphère et devient un personnage à part entière.

John Carpenter est bien un pionnier. A l’instar de George Romero mais plus encore, il a ouvert la voie à bien des réalisateurs et a tissé le tapis rouge sur lequel défilent aujourd’hui quelques uns des plus gros succès commerciaux du genre auquel il a donné des lettres de noblesse méritées, bien que rares soient ceux qui peuvent de vanter d’égaler les œuvres du maître. Carpenter affirme avec talent et fierté la force du film d’horreur. Il plie le classicisme du cinéma à la mise en valeur d’un genre jusqu’alors peu traité et méconnu, trop souvent relégué à la série B ou au sous-genre. L’économie de moyens à laquelle il fut forcé très souvent sert sa créativité au lieu d’être un obstacle. Il a ainsi également prouvé qu’un budget pharaonique n’est pas synonyme de qualité. Admiré, inspirateur de talents tels que John Basset (Deathwatch, Salomon Kane), Vincenzo Natali (Cube), Stéphane Cabel (scénariste du Pacte des Loups), Jaume Balaguero (Darkness), Brian Yuzna (producteur Fantastic Factory), Eric Valette (Maléfique), Doug Headline (Brocéliande), Renny Harlin (Die Hard 2), John Carpenter n’est pas jaloux de son savoir-faire, il aime partager son expérience avec de jeunes talents, avec les spectateurs… « C’est tout ce qu’il n’est pas qui nous inspire. Tout ce qu’un metteur en scène pourrait être et qu’il n’est pas, en ne l’étant pas il nous inspire, il nous donne l’esprit sans raconter, sans partir dans des théories, il EST de manière tellement simple, il incarne sa philosophie » – Georges Corraface (acteur). On ne peut que voir son influence dans l’écriture et la réalisation d’un Mars Attacks (références évidentes à Invasion Los Angeles) ou de films qui ne sont pas foncièrement des films de genre, seulement de critiques de la société américaine comme Chute Libre.

Carpenter a gagné une renommée digne de ses idoles Howard Hawks, John Ford et Robert Wise. Nombres de cinéastes affirment avec orgueil avoir choisi leur métier grâce à l’influence de Big John. De quoi réconforter le maître qui n’a pas hésité à se décrire ainsi dans une interview : « En France je suis un auteur, en Allemagne, je suis un cinéaste. En Grande-Bretagne, je suis un réalisateur de film d’horreur. Aux États-Unis, je suis un raté. »

Quelques films…(par Arwen et Clémentine)

the-thing-movie-posterEn plein cœur de l’Antarctique, une équipe de scientifiques découvre une créature gelée. Ramené à la vie, le monstre prend l’apparence de toutes formes organiques et décime un à un les membres de l’expédition.

Contrairement aux réalisations précédentes du maître de l’horreur, The Thing n’est devenu un film culte qu’avec sa sortie en vidéo. Son impact en salle fut noble mais pas aussi spectaculaire que les premiers films de John Carpenter. A l’évidence, le public acquis fut surpris par ce long métrage, trop habitué aux premières armes du réalisateur.

Au cœur de l’Antarctique, l’équipe de la mission américaine trompe la routine instaurée par les glaces lorsque des coups de feu résonnent depuis le plateau enneigé. La stupeur frappe aussitôt les membres de la mission quand ils constatent que le bruit provient d’un hélicoptère norvégien poursuivant un chien, l’un des occupants s’acharnant à lui tirer dessus. L’animal affolé se précipite vers le secours inespéré tandis que l’hélicoptère se pose. Les questions en anglais se heurtent à la langue inconnue des hommes apparemment fous furieux, décidés à tuer ce chien coûte que coûte, détruisant leur propre hélicoptère, tuant l’un d’entre eux à coup de grenade et blessant par balle un des Américains. Devant l’urgence de la situation, Garry, responsable de l’équipe, n’hésite pas non plus : il abat l’intrus restant. La tension retombe mais les questions se bousculent. Le chien est confié aux soins de Clark qui s’occupe de leurs chiens de traîneau tandis qu’un rapide examen des corps confirme la mort des deux hommes. Sans réponse aux appels radio, Garry demande au pilote de leur hélicoptère, Mc Ready, et au médecin Copper de l’accompagner jusqu’à la base norvégienne. Ce qu’ils découvrent sur place est inquiétant. Tous les membres de cette mission sont morts, certains présentent un aspect qui défie toutes les lois de la nature, l’ensemble des bâtiments est ravagé. Une vidéo et un bloc de glace creusé et vidé de son contenu les met néanmoins sur la voie. Les Norvégiens ont fait des recherches dans une zone non loin de là et ont rapporté quelque chose qui était dans la glace. Un autre vol les mène sur les lieux. Enfoui sous la glace et en partie dégagé, un vaisseau spatial sommeille.

things-shipDe retour auprès de leur équipe, les trois Américains expliquent leur découverte : les Norvégiens ont trouvé quelque chose dans la glace et quoi que cela ait pu être, ils en sont devenus fous. Mais est-ce tout ? La nuit vient à peine de tomber que des hurlements s’échappent du chenil. L’horreur de ce qu’ils vont voir dépassent leurs maigres conclusions : le chien qu’ils ont recueilli est en pleine transformation, difforme, attaquant et dévorant les autres. Les flammes en viennent à bout mais le scientifique de l’équipe, Blair, a une idée : et si ce quelque chose sorti de la glace avait pris possession d’un chien, si ce chien était ce que les Norvégiens tentaient de détruire alors combien de temps leur resterait-il avant de se faire posséder, de devenir fous ou de s’entre-tuer à leur tour ? Cette chose venue d’ailleurs chercherait-elle à copier l’apparence de formes de vie terrestre pour mieux se multiplier ?

the-thing-6-3649463prxksGrandiose adaptation du roman La Bête d’un autre Monde de John Campbell, The Thing est une sorte de remake d’une première version cinématographique réalisée par Howard Hawks en 1951. John Carpenter est un grand admirateur du cinéaste qu’il a découvert dans son enfance. Le scénario n’est pas écrit par Carpenter cette fois-ci mais il reprend fidèlement le roman original à la seule différence que La Chose n’est pas dotée de télépathie. Les différences ne manquent pas entre ce film et les précédentes œuvres de John Carpenter. Sans nul doute, le soutien et l’engagement financier d’Universal Pictures y est pour beaucoup. Après ses succès artistiques et commerciaux, John Carpenter a gagné une notoriété qui lui facilite l’accès à des moyens budgétaires avantageux. Pour 15 millions de dollars, il peut déléguer les postes qu’il tenait jusqu’alors lui-même : le scénario est confié à Bill Lancaster, la musique à Ennio Morricone, les effets spéciaux à Rob Bottin fidèle depuis The Fog et le tournage se fait en décors construits coûteux et naturels. A cela s’ajoute un casting d’habitués des seconds rôles dans les grosses productions hollywoodiennes de l’époque tels que Keith David ou Donald Moffat tandis qu’un autre fidèle de Carpenter, Kurt Russell, se voit confié le rôle principal.

Malgré cette aisance financière, John Carpenter garde sa ligne de conduite artistique : plans rapprochés des visages, jeux de clairs-obscurs, suspense dans les non-dits et le silence, point de départ de l’histoire posé dès les premières minutes du film avec un seul credo : comment les protagonistes vont-ils s’en sortir ? Ce qui est en plus est à la fois un réel plus, et non pas de seuls ajouts clinquants car ils servent le récit, et un renouveau artistique. De larges décors naturels en Colombie Britannique alliés à des décors entièrement fabriqués et réfrigérés en studio, très présents, pesant tel un carcan enfermant les personnages dans un huis-clos mortel puisque c’est un territoire hostile à l’homme par nature, des jeux d’éclairages plus subtils avantagés par cet espace et son environnement et des effets spéciaux détaillés de sorte que l’horreur atteint un paroxysme saisissant. Le fait même de supprimer le caractère télépathe de La Chose se marie à l’art de Carpenter de la même manière que l’absence d’apparence propre de l’ennemie : La Chose n’a pas de forme à elle, elle ne fait qu’emprunter l’apparence d’un être vivant et ajoute à la peur générale la suspicion, la méfiance, la trahison, la terreur.

thething82_02Pourquoi les spectateurs n’ont pas fait preuve d’enthousiasme lors de la sortie en salle ? Certains accusent E.T L’extra-terrestre de Spielberg sorti quelques semaines auparavant, si mignon et gentil qu’il aurait fait paraître son opposé The Thing trop sombre, pessimiste etc… Mais si John Carpenter pensait avoir réalisé là son meilleur film, il est plus logique de déduire que son public alors habitué à des récits essentiellement d’horreur à la trame basique (puisque les meilleures histoires d’horreur sont les plus simples) a eu du mal à adopter ce virement SF un rien gore, au déroulement scénaristique plus sophistiqué comme faisant partie de la démarche artistique du maître.

Avec le temps, The Thing a gagné plus que des lettres de noblesse et un public de fans, ce film est devenu un phénomène, un classique du maître de l’horreur mais surtout un de ces classiques du genre qu’il faut avoir vu et qui en inspira tant d’autres.

 

ChristineLa première fois qu’Arnie voit Christine, il tombe en extase devant cette beauté aux formes éblouissantes. C’était dit, ils allaient lier leurs destins pour le meilleur et pour le pire… Mais Christine, la belle Plymouth, modèle 57, n’aime pas trop les rivales. Gare à celles qui voudront approcher Arnie !

Richard Kobritz, le producteur, avait à l’origine été approché pour adapter Cujo, un autre roman de Stephen King, mais il en décida autrement. Ainsi, grâce à la notoriété du romancier, Christine fut le premier film a rentré en production avant que le livre ne soit publié.

Le roman a séduit le producteur, car il évoquait « l’obsession des Américains pour les voitures ». Ne nous voilons pas la face : cela ne fait pas un film ! Et en effet, Christine est un film qui me semble peu captivant. Il est très difficile de croire en l’humanité de la voiture et surtout en son amour pour Arnie. La voiture n’est humanisée que tard dans le film et pour moi n’est jamais vraiment un personnage à part entière.

christineChristine n’est pas du tout un film d’horreur, mais pas non plus un film fantastique. Le message du film n’est ni très lisible ni très intéressant. Il est donc difficile de cerner cette histoire ! Certes, la voiture symbolise la laideur et le potentiel qui se cache derrière comme pour Arnie ; en réparant Christine, Arnie se répare lui-même, mais les thèmes abordés restent très classiques et pas réellement mis en avant de façon inventive.

Difficile aussi de croire en la transformation d’Arnie qui devient un beau gosse agressif et violent, obsédé par sa voiture comme si c’était une femme. A la recherche d’une petite copine pour ne plus être le binoclard du lycée, il va la délaisser pour une simple voiture. Ce parti-pris m’a semblé loin d’être réaliste. On perd peu à peu l’attachement qu’on avait pour Arnie qui est au début un personnage plutôt sympathique ; on a envie de l’aimer et de le voir être aidé.

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L’ensemble est très lent et franchement pas divertissant à cause notamment du manque de clarté dans les intentions du réalisateur. Il m’a fallu du temps avant de comprendre ses métaphores pour finalement ne pas y trouver mon compte. La résolution est longue et manque de dynamisme tout comme les « attaques » de Christine.

BONUS

Dans l’édition spéciale du DVD, vous trouverez le commentaire audio de Carpenter pour plus de détails sur la mise en scène de son film ainsi que 3 featurettes fort intéressantes relatant la mise en place du script et le tournage.

Pour l’anecdote : 17 Plymouth Fury 57 on été utilisées pour le film, toutes retapées spécialement pour le tournage ! 

 

L'Antre de la Folie Pour retrouver un auteur de best-sellers d’épouvante brusquement disparu, John Trent, simple employé d’assurance, va se reconvertir en détective privé pour pénétrer dans l’univers romanesque et épouvantable de l’écrivain.

L’Antre de la Folie est un film fantastique percutant qui n’a pas vieilli ; en tous cas beaucoup mieux que Vampires.

John Trent est un homme tranquille censé tirer les vers du nez des arnaqueurs aux assurances. En acceptant d’enquêter sur la disparition d’un romancier à succès, John ne sait pas encore ce qui l’attend. D’abord sceptique et imperturbable, notre héros va bien être obligé d’accepter la réalité.
48396681bff20-antredelafoliejpgTout est dit. Carpenter joue à fond la carte de la réalité vs la fiction ; quelle est la barrière entre l’une et l’autre ? La fameuse idée que notre réalité n’est peut-être que fiction et que nos rêves ou hallucinations peuvent être la véritable réalité. Un point de vue à la fois dérangeant et délicieusement agréable. Le film distille ainsi de nombreux thèmes et messages comme par exemple l’immersion du lecteur dans un roman ; ce que peut susciter comme émotions et réactions la lecture. J’ai vu ça comme un hommage de Carpenter à la littérature fantastique souvent décriée, rarement considéré comme qualitative.

in-the-mouth-of-madnessLe scénario est de qualité avec une intrigue très structurée. Il y a quelque chose de ridiculement comique dans l’évolution de l’histoire. Tout en étant incroyable, on se laisse émouvoir par le sort du héros. On est à la fois dans l’épouvante, la fascination, le suspens et la tristesse. Les références claires aux créatures du Cthulhu de Lovecraft finissent de créer cette ambiance si particulière, notamment à la fin.

L’Antre de la Folie est pour moi une belle définition de l’étrange : on ne sait jamais vraiment où l’on est, si le personnage rêve ou vit les choses ; l’ambiance est la fois détendue et angoissante ; on est dans le fantastique, mais aussi l’horreur. Bref, un véritable film fantastique comme on n’en fait plus ! Diverses créatures viennent appuyer le genre : des enfants démoniaques, en passant par les zombies ou les créatures sorties de l’Enfer.

In-the-Mouth-of-Madness-ChildTotalement maîtrisé et créatif, le montage saccadé donne des frissons et créé l’angoisse chez le spectateur. La bande-son est fun et joue sur les codes du genre.

CONCLUSION

L’Antre de la Folie a été, pour moi, une belle découverte cinématographique avec une ode au fantastique-horrifique. Derrière la caméra, on sent un réalisateur passionné et connaisseur de son sujet qui livre un bel hommage à l’imagination humaine.

 VampiresJack Crow est un chasseur de vampires. Après avoir vu ses parents succomber aux dents acérées de l’un d’entre eux, Crow a consacre sa vie à les chasser dans une traque impitoyable qu’il mène depuis des années en compagnie d’une poignée de mercenaires connus sous le nom de Team Crow. A la demande du cardinal Alba, émissaire du Vatican, Crow et ses hommes partent au Nouveau-Mexique avec pour mission de détecter les nids de vampires et de les détruire. Après un nettoyage dans une ferme infestée, la Team Crow se fait attaquer par le grand maitre des vampires, Valek.

Il est tout à fait compréhensible que le film ait fait son effet à l’époque où il est sorti. Malheureusement, quelqu’un qui le découvrirait aujourd’hui le trouverait certainement ridicule. Car si Vampires ne présente pas de vampires romantiques et végétariens, mais montre bien des créatures sans merci (un bon point pour le film !), l’ambiance reste très kitch. Si l’on compare à Christine justement, le film a beaucoup plus mal vieilli. Sorti en 1997, j’ai crû qu’il s’agissait d’un film des années 80 ! Les effets spéciaux sont vraiment datés même si, à l’inverse, les maquillages restent plutôt réussis.

Dans les bonus du film, Carpenter explique qu’il a voulu rendre hommage aux westerns qu’il affectionne particulièrement. Seulement, Vampires est plus une sorte de parodie qu’un hommage et ne lorgne pas non plus assez du côté du fantastique. Son Maître vampire, Valek, est un cliché ambulant et l’acteur n’ayant aucun charisme, il est difficile d’être impressionné.

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Les chasseurs sont des bad-ass sans cervelle qui se noient dans l’alcool et les putes après avoir défoncé du vampire ; des personnages un peu compliqués à apprécier de part leur manque de complexité ! Étrangement, le film reste très lent et le montage plutôt étrange : on a du mal à être diverti même si on ne peut reprocher à Carpenter la qualité de certains plans.

vampires1Le film présente sans conteste une patte Carpenter avec une ambiance un peu bizarre. Ce n’est pas tant l’étrangeté ou les partis-pris du film qui m’ont gênée, mais plutôt le non-divertissement qu’il procure. Il manque du dynamisme et une bonne tension dramatique pour faire fonctionner le tout ! Pourtant, les dialogues sont assez drôles et bien ciselés. La fin est étonnamment réussie, mais aussi touchante ce qui n’en laissait rien présager.

Dommage, car plus de subtilités et une histoire plus aboutie auraient fini de me séduire.

BONUS

Dans l’édition collector du DVD, vous retrouverez un portrait de 50 minutes sur John Carpenter où l’on découvre un homme attachant, passionné par le cinéma, mais surtout par son métier, ainsi que des interviews réalisées sur le tournage malheureusement trop courtes.

FILMOGRAPHIE

Réalisateur

Cinéma

  • 1974 : Dark Star
  • 1976 : Assaut (Assault on Precinct 13)
  • 1978 : Halloween, la nuit des masques (Halloween)
  • 1980 : Fog (The Fog)
  • 1981 : New York 1997 (Escape from New York)
  • 1982 : The Thing
  • 1983 : Christine
  • 1984 : Starman
  • 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin (Big Trouble in Little China)
  • 1987 : Prince des ténèbres (Prince of Darkness)
  • 1988 : Invasion Los Angeles (They Live)
  • 1992 : Les Aventures d’un homme invisible (Memoirs of an Invisible Man)
  • 1995 : L’Antre de la folie (In the Mouth of Madness)
  • 1995 : Le Village des damnés (Village of the Damned)
  • 1996 : Los Angeles 2013 (Escape from L.A.)
  • 1998 : Vampires
  • 2001 : Ghosts of Mars
  • 2011 : The Ward, l’hôpital de la terreur (The Ward)

Télévision

  • 1978 : Meurtre au 43e étage (Someone’s Watching me!)
  • 1979 : Le Roman d’Elvis (Elvis)
  • 1993 : Petits cauchemars avant la nuit (Body Bags) (segments La Station service et Les Cheveux du Docteur Miracle)
  • 2006 : Les Maîtres de l’horreur (Masters of Horror) – épisode La Fin absolue du monde (Cigarette Burns) – série TV
  • 2007 : Les Maîtres de l’horreur (Masters of Horror) – épisode Piégée à l’intérieur (Pro-life) – série TV

Courts-métrages

  • 1962 : Revenge of the Colossal Beasts, réalisé à 14 ans
  • 1963 : Terror from Space, réalisé à 15 ans
  • 1969 : Captain Voyeur, retrouvé dans les archives de l´USC en 2011130
  • 1969 : Warrior and the Demon, crédité en tant que Johnny Carpenter
  • 1969 : Sorceror from Outer Space
  • 1969 : Gorgo versus Godzilla
  • 1969 : Gorgon, the Space Monster

Scénariste

Cinéma

  • 1970 : The Resurrection of Broncho Billy, de James R. Rokos (coécrit avec Nick Castle)
  • 1974 : Dark Star (coécrit avec Dan O’Bannon)
  • 1976 : Assaut
  • 1978 : Les Yeux de Laura Mars (Eyes of Laura Mars), d’Irvin Kershner (scénario et histoire originale)
  • 1978 : Halloween, la nuit des masques (coécrit avec Debra Hill)
  • 1980 : Fog (coécrit avec Debra Hill)
  • 1981 : New York 1997 (coécrit avec Nick Castle)
  • 1981 : Halloween 2 (Halloween II), de Rick Rosenthal (coécrit avec Debra Hill)
  • 1986 : Sans issue (Black Moon Rising), de Harley Cokeliss (scénario et histoire originale)
  • 1987 : Prince des ténèbres
  • 1988 : Invasion Los Angeles (d’après la nouvelle Eight O’Clock in the Morning, écrite par Ray Nelson)
  • 1996 : Los Angeles 2013 (coécrit avec Kurt Russell et Debra Hill)
  • 2001 : Ghosts of Mars (coécrit avec Larry Sulkis)

Télévision

  • 1978 : Zuma Beach, de Lee H. Katzin
  • 1978 : Meurtre au 43e étage
  • 1979 : Better Late Than Never, de Richard Crenna
  • 1990 : El Diablo, de Peter Markle (coécrit avec Tommy Lee Wallace)
  • 1991 : Blood River, de Mel Damski
  • 1999 : Morsures mortelles (Silent Predators), de Noel Nosseck

Compositeur

  • 1970 : The Resurrection of Broncho Billy, de James R. Rokos
  • 1974 : Dark Star
  • 1976 : Assaut
  • 1978 : Halloween, la nuit des masques
  • 1980 : Fog
  • 1981 : New York 1997
  • 1981 : Halloween 2 (Halloween II), de Rick Rosenthal
  • 1983 : Halloween 3 : Le Sang du sorcier (Halloween III: Season of the Witch), de Tommy Lee Wallace
  • 1983 : Christine
  • 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin
  • 1987 : Prince des ténèbres
  • 1988 : Invasion Los Angeles
  • 1993 : Petits cauchemars avant la nuit
  • 1995 : L’Antre de la folie
  • 1995 : Le Village des damnés
  • 1996 : Los Angeles 2013
  • 1998 : Vampires
  • 1998 : Sentinel Returns (jeu vidéo)
  • 2001 : Ghosts of Mars

Acteur

  • 1976 : Assaut
  • 1978 : Halloween, la nuit des masques (voix)
  • 1980 : Fog
  • 1981 : New York 1997 (voix)
  • 1982 : The Thing
  • 1984 : Starman
  • 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin
  • 1986 : The Boy Who Could Fly, de Nick Castle
  • 1992 : Les Aventures d’un homme invisible (sous le pseudonyme de Rip Haight)
  • 1993 : Petits cauchemars avant la nuit (segment Œil pour œil)
  • 1994 : Le Silence des jambons (Il Silenzio dei prosciutti), d’Ezio Greggio
  • 1995 : Le Village des damnés (sous le pseudonyme de Rip Haight)

Producteur

  • 1974 : Dark Star
  • 1978 : La Nuit des masques (non crédité)
  • 1981 : Halloween 2 (Halloween II), de Rick Rosenthal
  • 1983 : Halloween 3 : Le Sang du sorcier (Halloween III: Season of the Witch), de Tommy Lee Wallace
  • 1984 : The Philadelphia Experiment, de Stewart Raffill (producteur exécutif)
  • 1986 : Sans issue (Black Moon Rising), de Harley Cokeliss (producteur exécutif)
  • 1993 : Petits cauchemars avant la nuit (producteur exécutif)
  • 2002 : Vampires 2 : Adieu vampires (Vampires: Los Muertos), de Tommy Lee Wallace (producteur exécutif)
  • 2005 : Fog, de Rupert Wainwright

About Arwen

Je m’appelle Arwen et j\’ai 22 ans. J’ai fait des études de cinéma pour devenir scénariste et c’est ce que je suis ! J’ai travaillé entre autre pour Canal J et Xilam (Les Zinzins de l’espace ou Oggy). Je développe également mes écrits en littérature jeunesse, genre dans lequel je me sens le plus à l’aise. Je suis une passionnée de littérature et de cinéma bien sûr. Tout ce qui touche au fantastique (et à ses cousines Fantasy et Féerie) me parle tout particulièrement. Je travaille depuis deux ans pour le webzine Khimaira pour lequel je suis principalement chroniqueuse cinéma. Mon actualité: un album jeunesse illustré en cours d’édition et la mise en place de mon premier roman pour la jeunesse.

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