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« It », première partie – Andrés Muschietti (2017)

Ça est une adaptation du roman de Stephen King (1986).

Pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire, elle se passe à Derry, une petite ville du Maine, et raconte la lutte entre sept protagonistes et une entité maléfique nommée Ça, qui soit se présente sous la forme d’un clown, Grippe-Sou (ou Pennywise), soit incarne les peurs les plus profondes de celui ou celle qui se retrouve face à Ça.
Le roman fait des allers-retours incessants entre deux périodes : les héros y sont tantôt enfants, tantôt adultes vingt-sept ans plus tard.

Pour ma part, depuis l’adaptation des mini-séries de 1990, avec l’excellent Tim Curry au sourire et au regard si inquiétants, je me demandais quand quelqu’un allait s’atteler à dépoussiérer cette œuvre fantastique, et c’est donc chose faite désormais, grâce à Andy Muschietti.
Le film est en deux parties (le tournage de la 2ème partie débutera en mars 2018).
Ah, comme j’attendais ce film depuis longtemps ! Du coup, j’étais bien au taquet !
Pour me replonger dans la Kenduskeag, j’avais également relu les quelques 1630 pages du King, pile avant d’aller le voir en avant-première à l’excellent Festival du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS 2017).
Et là…
Peut-être n’aurais-je pas dû relire le livre avant d’aller voir cette adaptation ? Peut-être que j’en attendais trop ?
Le film reste plaisant, rassurez-vous !
A mon avis, le public qui ne connait pas l’œuvre originale sera plus à même d’apprécier ce bon moment. Les connaisseurs, eux, seront peut-être un peu plus dubitatifs devant les choix de Muschietti.

***ALERT SPOILERS ALERT***

Je comprends, évidemment, qu’un réalisateur doive se détacher de l’oeuvre qu’il adapte. Muschietti a, ainsi,  fait le choix de séparer complètement les périodes « enfants » (cette 1ère partie) et « adultes » (2ème partie).
On assiste donc uniquement à tous les événements qui se sont déroulés alors que les protagonistes étaient des enfants, et qu’ils ont combattu Pennywise pour la première fois.
Pourquoi pas. Je pense quand même que, sans ces allers-retours incessants entre les deux périodes, on risque de perdre de vue les conséquences sur les adultes, de ce qu’ils ont vécu enfants. Muschietti nous assure qu’il y aura quand même des flashbacks dans la 2ème partie, alors, attendons.


Par contre, une conséquence est visible immédiatement : le personnage de Mike Hanlon est sous-exploité, voire complètement inexistant. Il n’est que le « noir » de la bande, alors qu’il est en fait « le gardien du phare » de Derry, de son histoire et de celle de « Ça ». Tout au long du livre, Mike fait office de narrateur et de clef de voûte de l’histoire tout entière.
Dans le film, toutes les infos sur la nature et les cycles de « Ça », sur les catastrophes qui surviennent de façon inexpliquée, sur la violence exacerbée de ses habitants, sont données par Ben Hanscom, dont c’est d’ailleurs, la seule fonction.
Ainsi, on perd tout ce qui fait la richesse du narrateur dans le roman ! On ne se rend pas compte du lien profond qui unit Ça et Derry, on ne fait qu’effleurer la société américaine et ses travers, on ne se rend pas compte de l’horreur quotidienne dans laquelle les habitants évoluent, on ne se rend pas compte de l’enfance sacrifiée des protagonistes, rien !
Tout est balancé sans nuances, sans demi-teintes, sans fioritures, et sans saveur !

Concernant les protagonistes, là encore, je ne comprends pas les intentions de Muschietti.
Les gentils héros du roman sont 7, et font partie du « club des ratés » (ou loser’s club). Le casting est absolument parfait, très fidèle, et les enfants sont drôles, attachants, et jouent admirablement bien, rien à redire !
Dans le livre, Grand Bill est leur chef, certes. Mais chacun, individuellement, apporte sa pierre à l’édifice d’une franche et solide amitié. Ben, par exemple, n’a pas son pareil pour construire tout et n’importe quoi (il deviendra un architecte renommé). Eddie, lui, a un sens inné de l’orientation (il sera chauffeur de célébrités). Mike, dont le père très présent lui a légué l’histoire de la Ville et un certain attachement à Derry, y restera et réveillera la mémoire des futurs adultes.
Bref, chacun a sa place, son rôle à jouer, et le joue à la perfection.


Dans le film, l’accent est mis uniquement sur Bill (le bègue) et Beverly Marsh (la fille trop belle), le couple de héros, et ce sont les seuls membres du club à être super courageux et à se rappeler (et rappeler aux autres) la force de leur amitié.  Les autres ne sont que mauviettes, qu’il faut sans cesse rebooster. Richie (le luneteux)a même une sorte de crise de nerfs à un moment, complètement ridicule, surtout si on sait que, dans le livre, c’est lui qui accompagne Bill dans sa quête depuis le début.
Richie  et Eddie (l’hypocondriaque) font office de faire-valoir et éléments comiques du film (ils sont certes, très très drôles !).
Stan (le juif) et Mike (le noir) ne servent à rien, si ce n’est à jouer les mauviettes apeurées. D’ailleurs, c’est Bill qui tranche les paumes des mains des losers pour lier leur amitié dans le sang et pas Stan (au cas où on n’aurait pas remarqué que c’est bien Bill le héros du film). Stan le chétif, lui, a très très mal à la main.
Et, pire que tout, on ne voit rien des événements qui ont forgé leur amitié à tous les 7 : ni le mini barrage qu’ils ont construit ensemble et sous la direction de Ben, ni la cabane enterrée, ni le rituel de Chüd, rien de rien !
Apparemment, deux grosses scènes ont été coupées et seront ajoutées à la 2ème partie. Peut-être que cela nuancera un peu l’ensemble ?

Côté parents, là encore, grosse impasse : on ne voit que la mère trop protectrice d’Eddie (en jogging rose ridicule), qui veut rendre son petit dépendant d’elle, et le père de Bev « qui se fait beaucoup trop de soucis pour elle » (mais là encore, sans nuances aucune).
Pour une raison obscure, le père de Stan devient rabbin (sans doute au cas où on n’aurait pas assez compris que Stan est le juif de la bande) et méchant, et les parents de Mike sont morts, ce dernier étant alors élevé par un rude grand-père qui veut lui apprendre à tuer des moutons (??).
Des libertés par rapport au livre, pourquoi pas. Mais si elles n’ont aucun sens, je ne vois vraiment pas l’intérêt !

Ce sont d’ailleurs les méchants gamins rivaux qui ont le plus été adaptés, et là encore, beau gadin. On devine bien qu’ils rendent la vie impossible au club des ratés et qu’ils sont sous l’influence de Pennywise.
Henry Bowers, le chef des méchants gosses, est normalement fou à lier. On le devine vite fait, mais sans qu’on ne sache pourquoi. Il tient plus d’un Kevin Bacon version bad boy, que d’un gamin débile et taré. Je ne vous parle même pas de sa disparition complètement bizarre dans un puits sans fond.
Ici, son père est flic et plus fermier, un peu chelou mais pas timbré. Il déteste Hanlon, mais aucune indication sur la raison de cette haine, qui relève essentiellement du racisme primaire à l’œuvre à cette période aux Etats-Unis (les Hanlon sont les seuls noirs de Derry). Était-ce trop difficile d’en parler dans ton film, Muschetti ?
Huggins le Roteur et Victor Criss apparaissent 30 secondes, histoire de donner l’illusion d’un gang de vilains garçons.
Mais une de mes pires déconvenues, a été de découvrir Patrick Hockstetter. Dans le livre, c’est un gamin ignoble, qui a assassiné son petit frère, tue des chats et des chiots en guise de passe-temps, a des rapports teintés de sexe avec Bowers, et un comportement complètement malsain avec tout le monde. Il meurt dans des circonstances atroces, sous les yeux horrifiés de Bev.
Dans le film, c’est un gaillard tout propret, qui meurt d’une façon complètement téléphonée dès le début du film. Ridicule !! Eh oui, parler de sexe et de rapports malsains avec des enfants ne doit pas être assez « grand public », j’imagine ! Mieux vaut gommer le gamin le plus malsain et dégoûtant jamais décrit dans l’histoire de la littérature !

Quant à Pennywise, eh bien….Euh….Je ne sais pas.
Il est également trop propret ! Pas de tout angoissant ! Très bien fait, hein, joli sourire et tout, mais il lui manque le côté flippant de Tim Curry.
Oh oui, certes, il est méchant, ça d’accord, on l’a compris. Mais sinon ? Muschietti n’arrête pas de le faire parler, le rendant infiniment humain, alors qu’il est tout sauf ça ! Ça n’est pas un « simple » psychopathe tueur d’enfants !

Il y a néanmoins de très belles scènes, comme la sortie du frigo, la cave des Denbrough, la transformation de Georgie en Pennywise, et les apparitions du clown sont très bien gérées et souvent à contre-pied. La maison de Neibolt Street est très bien faite également, et la scène de la salle de bain est très belle (avec un petit clin d’œil à la scène finale de Carrie)
Hélas, de façon générale, on en voit trop !
Du gore inutile, un clown-Alien avec des effets visuels impecs mais complètement superflus, des jump scares à gogo, des musiques flippantes en veux-tu en voilà…
Par exemple, la scène où Georgie se fait croquer : au début, l’échange avec Pennywise dans la bouche d’égout est pas mal angoissante, avec de jolis effets. Mais était-il nécessaire de bien montrer, à grands renforts de détails et d’effets visuels, comment le petit se fait croquer, traîner, etc. ?
C’eut été bien plus angoissant de suggérer plutôt que tout montrer !

Bref, un clown pas angoissant mais limite comique, dont les Ratés viennent à bout, finalement, assez facilement.
C’est d’ailleurs ma deuxième grosse déconvenue du film : la scène juste avant le combat final est ridicule au possible ! Beverly se fait choper par le vilain clown, qui ne la mange pas mais la fait « flotter ». Hein ?? Blanche-Bev est ensuite « réveillée » par un baiser de Grotas, un des 7 nains. Tout simplement ridicule !! Pourquoi on ne réveille pas les autres enfants alors, si c’est si simple ??
Elle a eu de la chance en plus, Bev, elle n’a pas été croquée par Ça, « parce qu’elle n’avait pas peur de lui » (je cite). Et là, gros gros non-sens !! Bien au contraire !! Tous les gamins sont terrifiés, tellement terrifiés que 27 ans après ils se font encore pipi dessus rien qu’à y repenser !!! Pas une seconde, ils ne cessent d’avoir peur ! C’est l’amitié pure qu’ils ont tissée entre eux qui crée une sorte de « magie » particulière, qui les protège et les rend plus forts que Ça !
Complètement à côté de la plaque, Muschietti !

Autre non-sens à mon avis : dans le livre, Georgie se fait croquer un bras, et son petit corps est ramené à ses parents. C’est ce triste et horrible événement qui déclenchera l’action des gamins, son grand frère Bill voulant absolument se venger de Ça et entraînant ses amis dans sa vindicte, leur donnant la force de venir à vous de Pennywise, malgré leur terreur à tous.
Dans le film, Georges disparaît, et son bro passe son temps à essayer de le retrouver, le croyant toujours vivant. Cette version serait-elle suffisante à faire bouger ses amis ? N’essaieraient-ils pas plutôt d’aider Bill à accepter son deuil ou un poncif du genre ?

En conclusion, vous l’aurez compris, le film a été pour moi une déception.
Les effets spéciaux sont impeccables, le casting du club des ratés nickel, et les enfants sont vraiment chouettes et attachants, et pour le coup, très fidèles au livre.
Au final on passe un bon moment, si on oublie que c’est censé être une adaptation du chef-d’œuvre de Stephen King.

On appréciera aussi les Easter Eggs ou clins d’œil de Muschietti : un des gamins qui, à un moment, trimbale une peluche tortue (le réalisateur n’a pas voulu, dans son film, introduire la Tortue du livre, sorte d’instance supérieure gentille qui pousse les Ratés dans la bonne direction) ; dans une pièce remplie de clowns, l’un d’eux ressemble énormément au Ça incarné par Tim Curry et les parents de Mike Hanlon meurent dans un incendie (rappelant l’incendie du Black Spot dans le livre, perpétré par le KKK de l’époque – toujours aussi difficile de parler racisme, hein ?).

Cependant, ce qui m’avait le plus marquée, dans le livre, était les deux plans dans lesquels évoluent les gamins : combattant tantôt des monstres symboliques (leurs plus grandes peurs), tantôt les monstres de la vie réelle, contre lesquels ils se trouvaient bien plus démunis et n’avaient que leur solide amitié pour continuer à avancer. Si on enlève cela, ne reste que du vaguement gore surnaturel sans grand intérêt.
Dans le film, tout manque de saveur, de demi-teintes, d’angoisses, de peurs.
En fait, à bien y réfléchir, Muschietti est effectivement un réalisateur de film d’horreur, il présente du sanglant, et c’est tout, il ne faut pas en attendre plus.

Comme l’a dit une charmante demoiselle rencontrée à la fin de la projection, « j’ai juste eu l’impression d’assister à un mélange entre Freddy et Les Goonies « .

Et Ça, c’est dommage.

Ça (2017)

Réalisateur : Andrés Muschietti

D’après l’œuvre originale de Stephen King

Avec Bill Skarsgård, Jaeden Lieberher, Sophia Lillis, Nicholas Hamilton

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One comment

  1. Je suis totalement d’accord avec ta review ! Le réalisateur passe trop souvent à côté de détails trop importants pour comprendre vraiment bien l’histoire et ses personnages. Peut-être un parti prit mais du fait la bonne « lecture » du film est parfois incompréhensible et certaines scènes sont trop prévisibles.
    L’une des scènes de fin (« le pacte ») est tellement évidente qu’on s’attends à un aperçu « 27 ans plus tard », ajoutée à une petite scène de folie thrashy, qui amènerait du coup à « l’épisode 2 » et en fait, non. Je suis déception.
    Globalement le personnage de Pennywise (tellement mis en avant pendant la promo du film qu’on attends que lui finalement !) est effectivement un peu trop propre et lissé à mon goût, en revanche l’acteur est génial !
    Je pense qu’il faut oublier l’univers de King (livres, films) pour pouvoir apprécier le film dans son intégralité.

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