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Front Mission – Dog Life & Dog Style 02 – Yasuo Otagaki et C.H.Line

Dans ce second volume de Front mission nous ne retrouvons aucun des personnages de Yasuo Otagaki et de C.H.Line, hormis l’étrange Kenichi Inuzuka. Cette série parue aux éditions Ki-oon nous présente une relation à la guerre qui à l’origine se voulait ludique, car l’idée de base est tirée d’un jeu vidéo à succès. Dès le premier volume, nous nous retrouvons au niveau de l’humain et y voyons avec horreur ce qui se passe sur le terrain. La quatrième de couverture nous resitue dans l’action :

Quelques jours à peine après son arrivée sur l’île d’Huffman, Akira Matsuda se retrouve plongé en pleine guerre. Autour de lui, chaos et désolation font rage tandis que les USN et l’OCU s’affrontent à coups de missiles ou de wanzers. Le journaliste n’a plus qu’une idée en tête : fuir cet enfer.
Prise avec lui dans une fusillade sur le chemin de l’aéroport, sa collègue Leona est touchée par une balle perdue et meurt sur le coup tandis qu’Akira parvient à quitter l’île in extremis. Mais Kenichi, leur assistant, décide de rester sur place pour couvrir le conflit…

Deux récits composent le présent volume. La meute des chiens de chasse est le premier. Il a été décidé par le haut commandement de l’OCU d’évacuer Freedom, la capitale d’Huffmann-Ouest. Toutes les troupes doivent quitter la ville, laissant derrière elles les derniers civils encore présents dans la cité ravagée. Les forces doivent se regrouper à l’extérieur de la ville pour préparer une future offensive. Pour couvrir cette retraite, des unités sont déployées, et parmi elles la 929e section du sergent Daniel Ho. Mais l’USN n’a pas l’intention de laisser partir aussi facilement son ennemi. De ce récit on retiendra cette attitude incompréhensible des militaires à vouloir à tout prix mourir une fois leur mission accomplie. La scène où Ho distribue du whisky à ses hommes avant cet ultime combat n’est pas sans rappeler ces jeunes fils du ciel qui buvaient le saké avant d’aller jeter leurs avions sur les porte-avions américains.

La seconde histoire s’intitule Le fruit du paradis. Lorsque le capitaine Ren Akagi reprend connaissance et s’extrait de son wanzer, ces machines de guerre redoutables qui hachent l’homme menu dans les combats, il se trouve isolé dans la capitale désertée des troupes de l’OCU. Aidé d’une technologie originale, il va essayer de quitter la ville en évitant les patrouilles de l’USN qui ont repris le terrain et sont bien déterminées à détruire soldats et civils OCU qui viendraient à croiser leur expansion. Seul, il sera déjà difficile de quitter cet endroit, mais il faut qu’il sauve la jeune Kino des mains d’un groupe de soldat OCU. La situation se complique alors, mais la jeune femme lui fait oublier quelques instants la guerre. Pourront-ils échapper à l’USN qui se rapproche ?

Comme précisé dans le préambule, seul le journaliste Kenichi est sur place. Il a ce pouvoir particulier qui lui permet de passer inaperçu des belligérants et de transmettre au reste du monde ses images. Il est difficile de situer ce personnage. Parfois malsain par sa proximité avec la mort et le peu de cas qu’il porte aux tueries auxquelles il assiste, il est aussi un mal nécessaire, car il témoigne de cette guerre en transmettant ses reportages crus sur le net alors que les états ont tous bloqué les autres médias pour continuer à jouer à la guerre entre eux.

Comme les reportages de Kenichi, ce manga nous montre crûment ce qu’est la guerre, ses cadavres qu’on ne voit pas, ces femmes qu’on viole et qu’on ignore, ces hommes juste bons à défendre des positions stratégiquement et tragiquement ridicules. Pensez à ces guerres qu’on vous présente dans les médias. Attention certaines scènes sont difficilement supportable alors âmes sensibles… Tu parles, ce qu’on nous montre n’est que le plus soft de cette dinguerie sans nom qu’est la guerre, quelle que soit sa motivation. Si les populations savaient ce qu’est en réalité une belle frappe chirurgicale, personne n’accepterait que son pays s’engage dans quelque conflit que ce soit. La guerre est présentée comme un jeu vidéo, mais ce ne sont pas des pixels qu’on efface. Cependant, peut-on laisser des peuples se faire massacrer en prenant juste des mesures économiques ? La question se posera toujours.

Il est indiqué que ce volume s’adresse à un public averti et ce n’est pas pour rien. Des scènes de tuerie se succèdent et des violences sexuelles y sont explicitées. Je ne pense pas qu’on ressorte de cette lecture avec l’envie de commettre des violences, bien au contraire, je crois qu’on ne peut devenir que pacifiste après cela. On n’apprend pas à haïr les militaires, mais à rester dubitatif devant leur vision du monde. Les graphismes restent époustouflants de précision, même dans l’horreur et la mise en page est toujours aussi adaptée à la situation. Ce qui me gêne le plus dans ce volume est l’absence de continuité avec le premier de la série. On n’a, semble-t-il, qu’un prétexte à présenter toute l’horreur de la guerre au travers de deux faits d’armes, mais pas de véritable mise en perspective dans le conflit. Autant le regard porté dans le premier volume était celui d’un journaliste venant de l’extérieur et assistant au début du conflit, autant ici c’est l’œil du militaire qui regarde l’action. Il fallait bien que cela se fasse à un moment ou à un autre, mais ce regard n’est pas le plus agréable, mais en est-il ? Le troisième volume sortira le 10 mai prochain et j’espère y trouver un récit moins guerrier et plus humain.

Front Mission – Dog Life & Dog Style 02
Yasuo Otagaki et C.H.Line
Traduction par David Le Quéré
Ki-oon
2012

7,50 €

About Chris

Chris a toujours apprécié les littératures de l’imaginaire, mais il lit également d’autres genres pour son plus grand plaisir. Il préfère le terme de critique à celui de chronique qui lui semble toujours trop consensuel. Non qu’il dise systématiquement du mal des auteurs, mais quand il tient une bonne daube ou une resucée maladroite alors il laisse la plume glisser dans de bien sombres humeurs. Comme tout lecteur passionné – ça lui arrive parfois – il n’aime rien tant que de devenir festivalier et d’aller à la rencontre des auteurs. Chris participe de temps à autre à des appels à texte et s’intéresse depuis peu à la photographie, histoire d’apprendre à cerner l’essentiel d’une situation comme d’un lieu. Enfin, il aime plus que tout le transgenre et espère avec une certaine impatience pouvoir être à l’origine de la découverte d’un auteur qui aurait l’audace d’écrire un roman policier avec des sorcières, des mutants et bien entendu quelques créatures extraterrestres aux mœurs exotiques, à défaut d’être douteuses.

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