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F.E.L.I.N.E. – Arnauld Pontier

Force d’Elimination, de Libération et d’Intervention Nano-Equipée, cela donne l’acronyme F.E.L.I.N.E., titre de ce court roman de science-fiction d’Arnauld Pontier paru chez Rivière Blanche. Qu’on l’appelle 727 ou Lina – ce qu’elle préfère – l’héroïne est une d’entre elles. Son rôle est d’assassiner les cibles désignées par le Central. Elle a été conçue, entraînée et formatée à ce dessein. Humaine, ses augmentations lui permettent d’avoir le dessus sur quasiment tous ses adversaires. Consciente de sa mortalité, elle sait néanmoins se préserver quand la situation l’exige. Elle a aussi un atout qui la rend si particulière : la Phase, qui lui permet d’accélérer toutes ses actions, la rendant temporairement invincible.

Le roman commence par une mission de Lina, un assassinat somme toute assez ordinaire pour elle, mais qui va radicalement changer sa vision du monde et du rôle qu’elle y tient. En effet, le Central n’est pas humain, mais une machine. Dans ce futur, les machines régissent la vie des hommes. Le combat de Lina est la lutte contre l’opposition au pouvoir établi des machines, à savoir des humains qui se font appeler les déviants. Lors de cette mission, elle va aussi découvrir l’Arach qui se bat tant contre le Central que contre les déviants. Quel sera dorénavant son rôle entre ces trois factions ?

L’écriture d’Arnauld Pontier se déguste ici comme un entremets qui, bouchée après bouchée, dévoile des saveurs nouvelles. Nous commençons ainsi avec une science-fiction classique au charme désuet des années 70 où il fallait toujours inventer de nouveaux termes pour décrire les objets, concepts et pensées de l’avenir. Nous poursuivons par un rythme, des combats réguliers où l’expertise de l’auteur dans les arts martiaux peut s’épanouir pleinement. Un contexte de complot, de diplomatie, d’agents doubles ou triples vient corser l’affaire. Enfin, une pointe d’érotisme vient donner au tout une harmonie qu’un œnologue qualifierait de capiteuse.

C’est à un repas de l’esprit que nous sommes conviés par l’auteur. Comme pour un plat, c’est d’abord le regard qui se pose. Et ici, c’est sur la couverture où Mike Hoffman nous offre encore la vision d’une femme, cette fois-ci, une guerrière peu vêtue qui nous donne le sentiment d’une beauté venimeuse. À l’esprit vient alors l’image de Barbarella et de tant d’autres héroïnes qu’Arnauld Pontier évoque avant le premier chapitre. Mais F.E.L.I.N.E. va bien plus loin qu’une simple dégustation et nous amène à bien des réflexions.

Tout d’abord, l’univers évoqué y est riche et dense. En effet, il y a des humains, des humains augmentés, des cybes, sorte de machines à l’apparence humaines, et des organs, êtres organiques créés de toutes pièces et sur commande. La première réflexion porte donc sur la réalité quand les divers intervenants de cet avenir peuvent être si variés, avec des motivations si différentes.

Les inventions y sont aussi remarquables. Pour ne pas gâcher le plaisir de la lecture, j’évoquerai juste le tatouage animé qui m’est apparu comme une possibilité future de cet art tout à fait réalisable dans les années à venir. Le Central, lui, nous évoque un futur où la révolte des machines n’a pas eu lieu, mais où la soumission passive de l’humanité a été acceptée, jusqu’à la rébellion des déviants évoqués. C’est une autre réflexion que notre dépendance de plus en plus prégnante aux algorithmes, aux calculs et demain aux IA qui pose question alors que des personnalités de premier plan comme Elon Musk ou Stephen Hawking commencent à nous alerter sur le sujet.

Enfin, et c’est là ce qu’il me semble être au cœur du propos d’Arnauld Pontier. L’humanité augmentée, le transhumanisme, est-elle encore une humanité ? L’humanité qui utiliserait une évolution, non plus naturelle, mais artificielle, comme nous le pratiquons déjà organiquement sur les plantes et les animaux, peut-elle encore être qualifiée d’humanité ? Au final, transhumanisme et identité sont-ils compatibles ? Déjà ces questions se posent et vont dans un avenir proche devenir de vraies questions de société. L’aborder au travers de la littérature permet déjà une prise de conscience de ces enjeux, avantages et risques. Tout cela m’amène à conclure que F.E.L.I.N.E. n’est pas qu’un roman, mais qu’il peut néanmoins être pris en tant que tel, dans l’attente d’une suite qui sera bien intéressante à explorer également.

F.E.L.I.N.E.
Arnauld Pontier
Couverture illustrée par Mike Hoffman
Rivière Blanche
2017

18,00 €

About Chris

Chris a toujours apprécié les littératures de l’imaginaire, mais il lit également d’autres genres pour son plus grand plaisir. Il préfère le terme de critique à celui de chronique qui lui semble toujours trop consensuel. Non qu’il dise systématiquement du mal des auteurs, mais quand il tient une bonne daube ou une resucée maladroite alors il laisse la plume glisser dans de bien sombres humeurs. Comme tout lecteur passionné – ça lui arrive parfois – il n’aime rien tant que de devenir festivalier et d’aller à la rencontre des auteurs. Chris participe de temps à autre à des appels à texte et s’intéresse depuis peu à la photographie, histoire d’apprendre à cerner l’essentiel d’une situation comme d’un lieu. Enfin, il aime plus que tout le transgenre et espère avec une certaine impatience pouvoir être à l’origine de la découverte d’un auteur qui aurait l’audace d’écrire un roman policier avec des sorcières, des mutants et bien entendu quelques créatures extraterrestres aux mœurs exotiques, à défaut d’être douteuses.

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