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Exodes – Jean-Marc Ligny

Après son remarquable Aqua™, Jean-Marc Ligny revient avec Exodes, un autre roman d’anticipation avec une forte thématique écologique, toujours chez L’Atalante. Il y est cette fois question d’une évolution défavorable et irréversible du réchauffement climatique, comme l’indique la quatrième de couverture :

Le réchauffement climatique s’est emballé au point que la Terre devient une planète hostile à la vie. Partout, la civilisation s’effondre, les hommes n’en ont plus pour longtemps, et ils le savent.
Va-t-on, comme Pradeesh Gorayan et sa famille, dans l’enclave sous dôme de Davos, poursuivre notre train-train comme si de rien n’était ?
Va-t-on, comme Mercedes Sanchez, en Espagne, se réfugier dans la religion et attendre des Anges venus du ciel qu’ils nous emportent au jardin d’Éden ?
Va-t-on, comme Fernando, le fils de Mercedes, rejoindre les Boutefeux et précipiter notre destruction dans une orgie de feu et de violence ?
Va-t-on, comme l’Italienne Paula Rossi, vendre corps et âme pour quelques médicaments ?
Va-t-on, comme Mélanie Lemoine, consacrer nos ultimes forces à sauver les derniers animaux ?
Va-t-on, comme le marin Olaf Eriksson et sa femme, fuir les îles Lofoten et chercher une terre un peu plus hospitalière, vierge de toute présence humaine ?
C’est le temps des exodes, et, tels des termites sur une bûche enflammée, les derniers hommes courent en tous sens pour échapper à l’enfer…

Tout est dit dans cette quatrième de couverture, alors le principal risque pour Jean-Marc Ligny est que l’éditeur soit allé trop loin dans son descriptif. Mais l’auteur a une expérience de l’écriture qui lui permet de surmonter cet obstacle. Ce roman est composé en quatre parties de tailles égales. La première s’intitule Un soir en Europe, car c’est uniquement en Europe que débute cette histoire. Du sud au nord, l’auteur nous fait découvrir la vie des personnages décrits plus haut. Malgré leur nombre, il ne se disperse pas et nous donne quelques clés de ce monde postapocalyptique. En dehors de l’hostilité croissante du climat qui génère naturellement un stress hydrique et alimentaire sur les humains, les survivants ont peur d’autres humains qu’ils se nomment Boutefeux, ces pillards qui détruisent tout par le feu après leur passage et que l’addiction aux drogues bien plus redoutables encore, ou Mangemorts, ceux qui n’apprécient rien tant que la chair de leurs contemporains.

Malgré la belle bibliographie dans laquelle l’auteur s’est plongé et malgré les précieux conseils qui ont pu lui être prodigués par des spécialistes, je reste dubitatif par rapport à quelques points de cohérence qui m’échappent en ce début de récit. Ainsi, en quoi l’homme qui est de moins en moins adapté à ce monde peut-il encore être au sommet de la chaîne alimentaire ? Sans blague, il est surprenant qu’une autre espèce animale n’ait pas pris le relais, même si l’on aperçoit quelques possibilités. Ensuite, il y a ces enclaves. Admettons que les hommes décident de se replier sur eux-mêmes et fassent de leurs illusions la réalité qu’ils décident de vivre. Admettons donc qu’ils acceptent de se bâtir une prison où ils vont volontairement vivre leur utopie. Il reste néanmoins la question de l’existence même de ces enclaves, car si le réchauffement climatique a été plus rapide que les prévisions, comment ont pu être édifiés ces dômes aussi rapidement alors que le réflexe humain que son cerveau reptilien lui souffle en premier est la fuite et non l’organisation de son extinction.

Autant de mystères, qu’on espère voir éclaircis dans la deuxième partie, Connexions. Ici, après avoir campé l’ordinaire des personnages, nous assistons à l’événement qui va changer définitivement cette nouvelle vie et les décider à faire d’autres choix. Que cela soit la dégradation des relations dans leur communauté, la faim qui devient de plus en plus prégnante ou les pillards qui approchent, tous vont faire un choix radical qui va nous orienter vers de nouvelles aventures qui trouveront leur apothéose dans Des projets malgré tout et Au bout de la route, respectivement les troisième et quatrième parties de cet ouvrage. Il ne fait aucun doute dans ce type de roman où plusieurs personnages agissent en parallèle que nombre d’entre eux vont se croiser, se combattre ou s’allier. Il n’en reste pas moins que ce récit, par la profondeur que Jean-Marc Ligny accorde à ses personnages, devient une passionnante aventure humaine.

Le style de l’auteur nous emporte dans une mise en perspective assez crédible de ce que pourrait être la vie d’hommes, de femmes et d’enfants, seuls ou au sein de communautés diverses, traversant un dérèglement climatique où l’homme n’a plus son mot à dire. Il reste une chose commune à tous ces personnages. On aurait pu les croire résignés, mais tant que la vie est là, il reste de l’espoir. Pour certains, il se traduira par le désir de trouver un hypothétique sanctuaire, pour d’autres ce sera le désir de se réaliser au sein de son groupe et pour d’autres encore simplement survivre un jour de plus. Un beau roman servi par une illustration remarquable de Raphaël Desfossé qui nous présente un arbre certainement mort dans un monde définitivement asséché, qui se reflète cependant au travers du titre dans un mode vert porteur d’espérances. La trame narrative en alternance de personnages au fil des chapitres est classique – et donc irréprochable – et les retournements de situation sont suffisants pour tenir le lecteur en haleine sans être trop nombreux ou tortueux pour le perdre. Le juste équilibre est donc assuré pour cette lecture intéressante qui présente un futur possible, qui est certainement encore évitable pour peu que l’humanité le veuille vraiment, à moins qu’elle ne continue d’étendre son empreinte jusqu’à l’extinction.

Exodes
Jean-Marc Ligny
Couverture illustrée par Raphaël Desfossé
Editions L’Atalante
Collection La dentelle du Cygne
2012
23,00 €

About Chris

Chris a toujours apprécié les littératures de l’imaginaire, mais il lit également d’autres genres pour son plus grand plaisir. Il préfère le terme de critique à celui de chronique qui lui semble toujours trop consensuel. Non qu’il dise systématiquement du mal des auteurs, mais quand il tient une bonne daube ou une resucée maladroite alors il laisse la plume glisser dans de bien sombres humeurs. Comme tout lecteur passionné – ça lui arrive parfois – il n’aime rien tant que de devenir festivalier et d’aller à la rencontre des auteurs. Chris participe de temps à autre à des appels à texte et s’intéresse depuis peu à la photographie, histoire d’apprendre à cerner l’essentiel d’une situation comme d’un lieu. Enfin, il aime plus que tout le transgenre et espère avec une certaine impatience pouvoir être à l’origine de la découverte d’un auteur qui aurait l’audace d’écrire un roman policier avec des sorcières, des mutants et bien entendu quelques créatures extraterrestres aux mœurs exotiques, à défaut d’être douteuses.

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