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Entretien avec Lappalainen – Cernunnnos Pagan Fest X

Déjà une semaine depuis le Cernunnos Pagan Fest X. Et nous avons en l’occasion de rencontrer bon nombre de groupes lors de ce festival et de leur poser quelques questions, bien souvent après leur sortie de scène. Nous allons donc commencer cette série d’interview avec le groupe qui s’est produit pour la dernière fois sur scène au Cernunnos : Lappalainen !

Bonjour et bravo pour le concert ! Merci de prendre le temps de répondre à nos questions. Pourriez-vous vous présenter pour commencer ?

On est Lappalainen, on vient de Lille et c’est notre dernier concert.

Thomas : Moi c’est Thomas, je suis le bassiste de Lappalainen et je suis arrivé il y a peut-être deux ans et demi. J’aurai assisté à la fin de Lappalainen et c’était une belle expérience.

Julien : Moi c’est Julien, je suis guitariste rythmique et je suis là depuis le début.

Victor : Et moi c’est Victor, là maintenant je fais la flûte et la guitare acoustique. Avant que l’autre Thomas arrive j’étais aussi à la guitare électrique.

D’accord. Et si j’ai bien compris c’est toi, Victor, le compositeur ?

Victor : C’est moi qui ait composé une bonne partie de ce qu’il y a, il y a quelques trucs qui viennent aussi de Thomas le guitariste et d’autres de notre ancien bassiste Thibaut.

Est-ce vous pourriez un peu présenter le groupe, même s’il se sépare ?

Julien : On a créé le groupe on avait quoi 21, 22 ans, donc ça s’est fait de façon vachement empirique, c’était pas un projet mûrement réfléchi. On a rencontré des gens, on a créé un groupe, je pense qu’on avait booké la salle pour faire un petit bar concert à Lille pour faire notre premier concert alors que par exemple on n’avait pas de chanteur, on n’avait pas de set, il a fallu qu’on trouve un nom… Donc tout s’est fait un petit peu dans le rush. On a trouvé ce nom qu’on a choisi comme ça, on n’a pas vraiment de commentaires à faire par rapport à ça…

Thomas : Si si demandez-leur !

Justement c’était une question que je me posais, il y a une signification au nom Lappalainen ? Parce que ça fait très finlandais…

Victor : Notre réponse est : « C’est un secret ».

Julien : Non, il n’y a pas réellement de signification, c’était vraiment à la musique du nom qu’on a choisi parce qu’il fallait qu’on ait un nom et un logo et plein de trucs. Ce qu’on voulait c’était jouer. Des compos ça on en avait, y avait pas de problèmes, ça faisait quoi 4, 5 ans qu’on avait déjà plein de compos…

Victor : Avec Julien, on se connaît depuis très longtemps et on faisait de la musique à deux avant de rejoindre un autre groupe…

Julien : … qui a splité, et du coup on a monté ce truc-là, bassiste, guitariste, guitariste. Il y avait notre batteur Robin qui avait un ami qui à l’époque chantait dans un groupe de grind et on ne s’attendait pas à ce qu’il nous rejoigne : cette personne-là c’est Flo notre chanteur actuel et il s’est avéré être super emballé et il a apporté sa voix et le projet est parti comme ça et ç’a plutôt bien marché. Quand je dis que c’était quelque chose de pas réfléchi, on avait nos compos, on faisait pas n’importe quoi mais ça s’est fait de manière vachement empirique.

Victor : C’est simple les premiers concerts avec Lappa c’était en février.

Julien : C’était le 26 février 2011, on a fait le tout premier concert de Lappa et là du coup on est le 24 février 2018.

Victor : C’est beau finalement.

Thomas : Y a eu du chemin de fait.

Du coup vous n’avez pas du tout pensé à la Finlande quand vous avez choisi le nom ?

Thomas : Lappalainen c’est un nom de famille finlandais. Je sais pas exactement ce que ça veut dire mais y a des gens qui savent… (se retourne vers les deux autres).

Julien : Pour faire court Lappalainen c’est le nom des gens qui vont habiter vraiment dans le nord de la Laponie, c’est la civilisation vernaculaire du nord qui est en théorie un mode de vie encore très archaïque et traditionnel, et le fait est, et comme de toute façon le groupe ne va bientôt plus exister je peux le dire, que visiblement cette tribu-là, elle a un nom qu’ils considèrent comme respectable, c’est Lappalaini et Lappalainen c’est un nom qui est un petit peu péjoratif pour eux, c’est un petit peu comme tous les noms qu’il y a pour les minorités qui sont un peu mauvais, et ça on l’ignorait. Du coup on a choisi un nom qui « traite une minorité » et ça on ne s’y attendait pas. Néanmoins certains semblent apprécier le fait qu’on ne s’y soit pas attendus et il y en a même sur Facebook qui ont liké et qui ont ce nom de famille et qui habitent là-bas. Ça les fait rigoler, ils achètent les t-shirts.

Est-ce que vous pourriez nous parler de vos influences ? En écoutant l’album j’ai trouvé que c’était très tourné vers la mer, des chansons un peu pirates… et j’ai pensé à certains groupes de métal pirate comme Alestorm, parce qu’en plus il y a un côté très folk dans ce que vous faites, avec la flûte, voire un peu celte…

Victor : Je pense pouvoir dire qu’on ne se considère pas comme un groupe de métal pirate. Nos influences à la base Alestorm en faisait partie, Fintroll en faisait partie, Eluveitie en faisait partie.

Julien : Surtout les deux derniers je dirais.

Victor : La fin du groupe ça vient un petit peu aussi du fait qu’on a arrêté d’écouter ces groupes-là, qu’on s’est tournés vers autre chose et que même si on aime bien la musique qu’on fait on avait envie de voir d’autres horizons. En sachant que par exemple le chanteur lui n’a jamais écouté ce genre de musique. Il connaît, il sait ce que c’est mais lui ses lettres de noblesse c’est vraiment pas dans le pagan ni dans le folk.

Thomas : Finalement quand je suis arrivé c’était déjà la deuxième phase de Lappa, la phase où la musique prend un peu plus de maturité, ou les compos se développent un petit peu, on commence vraiment à vriller du pagan métal peau de bête et flûte traversière, on commence déjà à s’écarter un petit peu de ça. Dans le set d’aujourd’hui il y avait vraiment des chansons, des univers d’aujourd’hui et aussi l’ancien Lappa…

Victor : …qui était vraiment dansant…

Thomas : …et la partie un petit peu plus sombre, un petit peu plus dark mais qui n’est plus du tout l’origine du groupe.

Victor : Moins festif.

Thomas : Oui moins festif, plus extrême on va dire.

J’avais juste une dernière question sur Lappalainen, c’est par rapport au clip de Kraken’s awakening. Je l’ai trouvé très joli, tout en ombres chinoises, et je voulais en savoir un peu plus sur sa conception.

Victor : Le clip de Lappalainen, tout le mérite en revient à notre ancien bassiste Thibaut. Le scénario, le design… tout vient de lui.

Julien : Il nous a demandé si on ne mettait pas de veto dessus, mais pas par rapport aux couleurs ou quoi que ce soit, et quand il nous a montré ça on a dit c’est très bien et du coup il l’a lancé, et par ce biais-là il en a aussi pris un des dessins pour faire la pochette de l’album. Du coup c’est lui qui a fait l’artwork, et c’était lui qui avait fait l’artwork aussi du premier EP qui s’appelait Road to Greenland. C’était chouette de pouvoir apporter ça alors qu’à la base on n’était pas vraiment un groupe qui s’était décarcassé pour les moyens de promotion. De ce côté-là on n’a pas investi beaucoup. On n’était pas les plus réactifs, que ce soit sur la toile, au stand merch, sur les réseau sociaux, on n’est pas très très vendeurs.

On a cru comprendre sur scène que Lappalainen c’était fini. Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur la suite du groupe ?

Julien : Au fur et à mesure on a senti que c’était un peu en train de s’effilocher. On a utilisé énormément d’énergie pour enregistrer notre dernier album, qui a eu un accouchement très difficile, je dirais deux ans à peu près entre les premières notes enregistrées et la sortie physique, et quand il est sorti on a utilisé tellement d’énergie que pour le promouvoir on a quasi rien fait. Et du coup on s’est rendu compte que la sortie était passée quasiment inaperçue et après ça on était encore moins motivés. Le deuxième album il serait sorti mais en 2022 et il y avait un espèce de status quo jusqu’à l’été dernier. Notre chanteur, qui lui a par ailleurs deux autres groupes qui marchent vraiment bien, Balance of Terror et Human Vivisection, dans la musique il ne veut pas trop s’éparpiller, il sait que ces deux groupes-là sont prometteurs et comme il n’a pas 48 heures dans chaque journée il nous a dit qu’il quittait le groupe. Et on s’est rendu compte que c’était le signe qu’il fallait arrêter.

Victor : C’est quand on lui a dit qu’on voulait changer de nom et repartir sur de vraies nouvelles bases qu’il nous a dit « moi Lappa ça ne me motive pas plus que ça, donc si vous repartez sur quelque chose de neuf autant que je laisse ma place ».

Julien : Mais le reste des musiciens, donc 5 personnes quand même, reste exactement le même. Et il n’y a que Flo qui s’en va mais il avait déjà de plus en plus l’impression de jouer un rôle. Là il s’est éclaté sur scène mais la musique est en train de s’éloigner de plus en plus de ce qu’il écoute et de ce qu’il fait par ailleurs, donc ça ne pouvait plus marcher.

Victor : Ce qui est aussi le cas pour nous, à la différence que nous on sait qu’en recalibrant on peut être pile dans la zone qu’on aime bien. On va rester dans du métal folk dans le sens où il y aura des instrus trad, il y aura la flûte toujours, j’ai aussi acheté un instrument rigolo d’un luthier qui s’appelle Philippe Berne, une vielle à manche, c’est comme une vielle à roue sauf qu’il n’y a pas de clavier, il y a un manche. Apparemment il y avait de l’iconographie médiévale de cet instrument mais il n’a pas persisté donc là j’ai appris à en jouer correctement et c’est rigolo, ça change, ç’a un côté un peu moins flûte, un peu moins pomp it up.

Thomas : Faut parler en langage technique, c’est important !

Victor : Oui ! C’est à mi-chemin entre le violon et la cornemuse, il y a un côté vielle, le son est un peu plus continu, un peu plus solennel au niveau de l’instrument, et l’idée ce serait de continuer à faire du métal folk avec un ressenti et un feeling plus sombre.

Thomas : On en parlait tout à l’heure, pour essayer de définir un peu ce qu’on va faire, sans dire que c’est blackisant, c’est plus extrême, plus sombre, sans être vraiment du pagan.

Julien : Il n’y a jamais eu de volonté de faire passer un message ou des croyances personnelles ou une culture, on est ravis de jouer au Cernunnos et c’est pas un jugement de valeur mais clairement on n’a jamais eu envie de monter sur scène déguisés.

Thomas : C’est pour ça qu’on ne se définit pas comme du métal pirate aussi aujourd’hui, même s’il y a un côté métal de taverne.

Victor : Et puis même par rapport au pagan, nous on est pas païen donc c’est compliqué, même si on fait une musique qui peut s’en rapprocher, par rapport aux gens qui sont dans ce truc-là, c’est limite leur manquer un peu de respect que de leur dire eh regardez, on est en mineur et on a un son lourd.

Thomas : On va chanter en français et pour le coup c’est normalement moi qui écrirai une grande partie des textes. On voulait partir sur un chant en ancien français mais c’est pas facile parce qu’il n’y a pas les dictionnaires adéquats.

Y a pas des applications maintenant ?

Thomas : Une application pour faire de l’ancien français ? Faudrait en parler aux universitaires, ils seraient très contents !

Victor : Disons que l’ancien français, si tu veux commencer à faire des textes il va falloir faire du bidouillage.

Thomas : Parce qu’en fait l’ancien français il a une langue par auteur, une langue par région et une langue par…

Victor : … époque…

Thomas : Du coup même les universitaires spécialistes n’arrivent pas à faire de vrais thèmes en ancien français. Donc on va chanter en français sur des thèmes médiévaux. Le single s’appellera probablement Tristan et les lépreux et ce sera sur l’épisode du passage des lépreux dans Tristan et Iseut

Julien : …allez, c’est parti…

Thomas : … sur le texte original en ancien français. Parce qu’il y a plusieurs versions, c’est celle de Béroul et j’écris un texte en français en faisait un genre de réécriture de tout ça et ça fera les premiers singles. Après il a pas mal d’autres projets sur des tortures de sorcières, sur des incendies de villages etc, mais tout ça dans une époque un peu médiévale, mi sombre, mi histo, il y a le soucis de ne pas faire n’ipmorte quoi.

Victor : De pas mélanger les pirates et les vikings.

Thomas : Que ce soit un texte et un vrai univers creusé. C’est pas juste histoire de dire on écrit sur du médiéval.

Julien : On va être un groupe un petit peu plus réfléchi au niveau de l’ambiance sonore que ce qu’on était avec Lappalainen qui était quand même un groupe, pas brut de décoffrage mais très live, c’est-à-dire qu’on déboulait sur scène, on jouait à peu près avec ce qu’on nous donnait et c’était parti. En studio on essayait juste de faire une restitution potable du live mais il n’y avait pas de parti pris artistique. On ne va pas du tout devenir un groupe de studio mais on aimerait une meilleure balance studio – live, quelque chose qui soit réfléchi des deux côtés. Alors qu’avec Lappa on était plutôt du genre à dire qu’on déboulait sur scène, on se branchait et deux minutes après on pouvait jouer. Ça on aimerait que ce soit moins le cas. A l’avenir on aimerait qu’on nous dise comme là qu’on a 45 minutes de balance. Ça sera très très bien. C’est sûr qu’on aura des petits challenges avec la vielle à manche et tout ça. Y a du boulot et ça va être très intéressant. Ça va vraiment être chouette, on est très contents. On a des plans pour le chant, mais il n’y a rien de définitif pour l’instant. On attend des confirmations pour le chanteur.

Victor : On a des plans qui sont tout à fait valables. C’est pas des idées jetées en l’air d’un mec bourré en soirée.

Pour finir est-ce que vous avez une anecdote amusante sur scène ?

Julien : Depuis le 26 février 2011 on a fait 103 concerts. C’est assez propre, c’est plutôt cool d’avoir fait autant de concerts, du coup des anecdotes on en a pas mal. Le malaise du batteur au Mennecy Festival ?

Victor : Oh oui oui oui ! On avait gagné un tremplin pour jouer au Mennecy Festival, il y avait Dagoba, Bélénos, donc une affiche assez cool et nous on jouait assez tôt, c’était un fest sur deux jours, le vendredi et le samedi, on jouait le samedi. On était arrivés la veille, on a commencé à tiser correctement, d’une manière nécessaire mais suffisante.

Thomas : En bon groupe professionnel…

Victor : Et le lendemain pareil. Notre batteur se réveil, 9 heures, rosé, tout va bien.

Julien : On joue, ça se passe nickel, on était juste chauds ce qu’il fallait.

Victor : Sauf qu’après le batteur a continué à tiser… longtemps… longtemps… trop longtemps…

Julien : Et après il y a différentes perceptions. Comme moi je conduisais le lendemain, je suis allé me coucher un petit peu plus tôt que lui, vers une heure du matin. À un moment je suis réveillé par des grosses lumières et des sons de gyrophares et je ne sais pas pourquoi j’avais une petite voix dans ma tête qui me disait « je suis sûre que ça c’est pour un des gars de mon groupe ». Je suis sorti et effectivement il était en hypothermie, il y avait tous les secouristes, couverture de sécurité… Du coup j’ai dû le prendre et mettre la petite chaudière dans ma voiture pour le réchauffer mais ça consommait de l’essence…

Victor : Le problème c’est qu’on n’avait quasiment plus d’essence…

Julien : …alors on a dû aller chercher une station d’essence au milieu de la nuit pour que la voiture continue à tourner pendant qu’on le réchauffait, et du coup nous on a quasi pas dormi alors que lui s’est endormi comme un coq en pâte sur la banquette arrière !

Victor : À neuf heures du mat le lendemain il se lève : « allez on est parti, ah j’ai bien dormi, bien reposé, ah j’ai un peu la gueule en vrac » !

Julien : On l’a détesté !

Victor : Ça c’était une belle anecdote. C’était très Lappalainen par exemple.

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