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Chaos T1 – Ceux qui n’oublient pas – Clément Bouhélier

bouhelierchaosT1La première rencontre avec un livre se passe souvent au travers de sa couverture. Signée par Aurélien Police, celle de ce premier tome de Chaos, nous présente un personnage et une tour Eiffel en cours d’effacement, un monde qui se délite, mais pour laisser place à quelle société ? Le travail de la typographie est bien vu, car il a directement trait au contenu de cet ouvrage. Je peux d’ores et déjà vous dire que vous pouvez vous fier à cette couverture, car ses promesses sont tenues. En effet, avec ce premier volume de Chaos intitulé Ceux qui n’oublient pas, Clément Bouhélier signe un roman d’anticipation qui sort de l’ordinaire du marigot usuel des récits de zombies. Ce diptyque paru aux Éditions Critic est peu commun. Dès la première scène, on devine qu’on n’aura pas droit à une histoire ordinaire, avec cette éprouvette brisée en pleine gare de Lyon à Paris par une femme bien détachée de son acte criminel.

De l’origine des zombies, il y a déjà eu une multitude de possibilités explorées par les littératures de l’imaginaire. L’approche virale y tient une belle place, et ce roman y recourt également, mais les virus lâchés sur Paris ne vont ni tuer ni rendre agressifs leurs porteurs. Les malades vont simplement tout oublier progressivement jusqu’à ne plus avoir, pour assurer leurs fonctions vitales de base, que leur seul cerveau reptilien couplé avec l’intellect du poisson rouge. Autre particularité : même si on voit que le mal touche le monde entier, l’action de ce roman se concentre sur le cas français. De l’absence de réactivité des autorités sanitaires au « trop de hauteur » du personnel politique, on suivra durant plus de la moitié de ce volume la progression du mal, jusqu’au point de non-retour.

Si les faits sont énoncés, nous suivrons aussi les quelques individus, aux profils très variés, qui vont rester insensibles au mal. Insensible n’est finalement pas vraiment le terme adéquat, car ils vont constater que leur monde bascule quand leurs proches et la société tout entière se dissolvent dans ce nouveau chaos. Nous assisterons au silence imposé aux lanceurs d’alerte, alors que la crise sanitaire s’étend à tout le pays. Plus imprévisible que tout ce qu’on pouvait imaginer de prime abord, la femme à l’origine de la pandémie se voit consacrer un chapitre fort étrange d’où le lecteur ressort avec plus de questions que de réponses.

Comment survivre au chaos ? Pourquoi avoir décidé d’y plonger l’humanité ? Autant de questions auxquelles les survivants vont se trouver confrontés… s’ils arrivent à se rassembler, comme une étrange voix les incite à le faire. L’approche franco-française est saisissante, d’autant que l’auteur a recours à ses expériences personnelles et professionnelles pour donner de la texture à la société confrontée à l’inconnu. Au final, on reconnaît bien ce pays avec tous ses travers et ses lourdeurs qui ici causeront sa perte.

Le seul point négatif qu’on pourrait trouver à ce récit serait ces longueurs consacrées à la phase de développement de la pandémie. Pour ma part, c’est au contraire l’intérêt principal de cette histoire, car trop de romans postapo éludent ces phases qui sont essentielles pour la suite du récit, car on peut y entrevoir les moments où l’histoire aurait pu changer. De même, les personnages, par leur variété et leur détresse progressive, offrent une vision très réaliste que soutient un style littéraire très sûr pour un premier roman. Le pari d’un tel roman est réussi quand on se dit : et moi, que ferais-je si j’avais le malheur de survivre ? Personnellement, je ne cache pas ma curiosité de découvrir le second et dernier tome de Chaos, intitulé Les Terres grises, qui paraîtra en août prochain chez Critic.

Chaos T1 – Ceux qui n’oublient pas
Clément Bouhélier
Couverture illustrée par Aurélien Police
Editions Critic
Hors Collection
2016

22,00 €

A propos de Chris

Chris a toujours apprécié les littératures de l’imaginaire, mais il lit également d’autres genres pour son plus grand plaisir. Il préfère le terme de critique à celui de chronique qui lui semble toujours trop consensuel. Non qu’il dise systématiquement du mal des auteurs, mais quand il tient une bonne daube ou une resucée maladroite alors il laisse la plume glisser dans de bien sombres humeurs. Comme tout lecteur passionné – ça lui arrive parfois – il n’aime rien tant que de devenir festivalier et d’aller à la rencontre des auteurs. Chris participe de temps à autre à des appels à texte et s’intéresse depuis peu à la photographie, histoire d’apprendre à cerner l’essentiel d’une situation comme d’un lieu. Enfin, il aime plus que tout le transgenre et espère avec une certaine impatience pouvoir être à l’origine de la découverte d’un auteur qui aurait l’audace d’écrire un roman policier avec des sorcières, des mutants et bien entendu quelques créatures extraterrestres aux mœurs exotiques, à défaut d’être douteuses.

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