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Captain America – Civil War

Civil WarAttention, cette critique contient de nombreux spoilers – à ne lire qu’après avoir vu le film.

Marvel phase 3

Personnage des plus casse-gueule à adapter à l’écran (notamment du fait des nombreux préjugés que peuvent avoir les profanes sur son compte), Captain America est pourtant le personnage de l’écurie Marvel Studios le mieux traité dans cet univers partagé : un First Avenger au gros capital sympathie (même si un peu boîteux), un Winter Soldier qui est probablement le meilleur film de la franchise globale et même ses apparitions dans les deux Avengers qui parviennent à le mettent à l’honneur.

L’annonce que son troisième opus allait se nommer Civil War a forcément engendré autant d’attente (le comic-book éponyme ayant marqué les esprits) que de crainte (de fait, les réalisateurs n’allaient-ils pas se perdre au milieu de tous ces personnages – et n’aillaient-ils pas perdre Captain America ?). Après vision du film, on se rend compte que Civil War porte sur les épaules trois exigences d’un cahier des charges plutôt lourd :

– Être le troisième film consacré au Captain Rogers.

– Effacer la déception d’un Ère d’Ultron ayant déçu les attentes (Civil War est un Avengers 2.5, soyons honnêtes).

– Lancer une phase 3 atypique car essentiellement consacrée à des personnages non encore adaptés (à l’exception de Thor – Ragnarök et des Gardiens de la Galaxie 2).

On pourrait même ajouter un autre enjeu : concurrencer Warner / DC et son Batman v Superman – l’Aube de la Justice et asseoir la suprématie de Disney / Marvel en ce qui concerne les adaptations de comics sur grand écran.
Et ce triple (quadruple) défi, les frères Russo (déjà responsables de Winter Soldier) les relèvent avec brio malgré d’inévitables scories.

Après un prologue dont le sens nous sera révélé à la fin du film, Civil War s’ouvre sur une mission des Avengers rassemblés à la fin de l’Ère d’Ultron : empêcher Crossbones (l’excellent mais hélas fugace Franck Grillo) de s’emparer d’une arme bactériologique au Nigéria.

Dès cette ouverture, les qualités du film sont révélées. L’action est percutante et inventive, les capacités des héros étant utilisées avec originalité et entrant en interaction les unes avec les autres pour mettre en valeur le travail d’équipe. Les coups font mal, les chorégraphies sont travaillées, la mise en scène est claire. La gestion des personnages est également exemplaire, chacun remplissant son rôle en fonction de sa personnalité et de son passif dans l’univers. Enfin, la conclusion de l’affrontement lance la dynamique du film qui dès lors suivra un rythme imparable – grâce à des astuces scénaristiques comme ces deux scènes du premier acte qui expliquent l’extrémisme des réactions tant d’Iron Man (son deuil non résolu, par le biais duquel il est introduit dans le récit) que de Captain America (qui perd Peggy Carter, littéralement la dernière attache avec son passé – son « âge d’or »)

Trois films en un

Civil War est-il un bon Captain America 3 ? Oui. Les frères Russo ne perdent jamais de vue le personnage, qui est le moteur du film. Ce sont ses choix et ses actes qui font rebondir la narration, c’est autour de lui ou contre lui que se rassemblent les autres protagonistes. C’est son acharnement à sauver Bucky (son dernier ami de jadis, qu’il se refuse donc à perdre) qui le pousse à aller de l’avant. C’est sa rectitude morale jamais remise en cause (un héritage de Winter Soldier, où il était déjà la boussole du bien et du mal – celui qui ne doute jamais de la bonne direction) qui lui permet de faire les bons choix.

Chris Evans porte le personnage avec implication et la réalisation sublime ses exploits (il s’arroge ainsi quelques-uns des plus gros morceaux de bravoure : le combat avec Crossbones, la poursuite à Bucarest, l’affrontement fratricide final…). Le héros étoilé est ainsi le fil conducteur du film, qui est donc bel et bien un Captain America 3 (héritant d’ailleurs du précédent son ambiance de technothriller, avec un « méchant » – Zemo – aux motivations bien humaines et aux méthodes de barbouzes).

Civil War est aussi un épisode des Avengers. Quasi tout le casting est ainsi présent et d’autres sont même introduits. Le film capitalise même intelligemment sur les conflits en germe dans l’Ère d’Ultron ou les doutes ressentis par Tony Stark dès Iron Man 3 : jusqu’où les héros peuvent-ils aller pour protéger le monde? A qui en répondent-ils ? Comment gérer les dommages collatéraux ? Profitant de tout le développement des précédents métrages Marvel, Civil War positionne ses protagonistes de façon évidente sans avoir besoin d’expliquer leurs raisons : en soi, on peut voir cela comme une force (le film s’inscrit dans l’univers partagé et le fait fructifier, gagnant un temps certain dans la narration) ou une faiblesse (il est nécessaire d’avoir suivi le fil développé depuis Iron Man en 2008) – mais l’ambition de Marvel Studios ayant toujours été claire, il est difficile de faire ce reproche à Civil War.

D’autant que les frères Russo ne se laissent pas dépasser par l’univers mais l’utilisent comme carburant de leur récit. L’introduction du personnage de Black Panther est exemplaire à ce titre : il s’inscrit naturellement dans la dynamique du film, son origin story prend une scène et son développement se fait dans l’action (où il excelle : costume, gestuelle, tout est parfait !). Bémol par contre pour Spider-man dont on sent qu’il a été inclus au forceps pour fêter son retour dans le giron de la maison-mère : sa scène de recrutement – bien que réussie – casse un peu le rythme et sonne artificielle. Même si ce jeune super-héros se distingue par ses exploits de façon réjouissante, il semble malgré tout parachuté – heureusement, cela n’handicape en rien le film.

Gérer autant de personnages n’est pas une mince affaire mais Civil War s’en tire avec les honneurs – au détour de petites scènes (le rapprochement de Vision et de la Sorcière rouge) et surtout en rappelant régulièrement que Captain America (et dans une certaine mesure Iron Man) reste le protagoniste principal – le reste de la galerie tournant autour de lui, alliance ou opposition.

Le lancement de la phase 3 ne se fait pas au détriment du récit mais prend appui sur lui. Black Panther et Spider-man sont introduits dans l’univers (brillamment pour l’un, un peu plus poussivement pour l’autre), l’existence de Ant Man est rappelée (le seul héros sur le film duquel même des mordus de la franchise ont fait l’impasse) et surtout, les cartes sont redistribuées à la fin du film.

C’est là où Civil War se montre malin. Promettant un climax salvateur où tout le monde se réconcilie (Iron Man et Captain America main dans la main pour affronter des super-soldats russes sortis de cryogénisation), il bifurque à ce moment et relance le conflit sur un plan plus intime – constituant l’aboutissement du plan de Zemo. L’idéologie fait place à l’émotion et les deux héros se battent avec une brutalité inouïe, guidés par leurs sentiments les plus profonds (on a rarement vu Robert Downey Jr aussi intense).

L’univers cinématographique Marvel s’en trouve alors chamboulé. Certes, il n’y a aucun mort à l’issue de cette « guerre civile » – à part celle du rêve des Avengers. Captain America prend le maquis, le Winter Soldier retourne en sommeil artificiel, la moitié des super-héros du monde est en cavale et il est à parier que l’opinion publique se méfie encore plus des surhumains à présent. Il y a donc de la place pour de nouveaux personnages (Docteur Strange, Black Panther, Spider-man, Captain Marvel…) afin d’injecter du sang neuf et d’éviter la lassitude – tout en gardant en réserve les vétérans pour un baroud final.

Battle royale

Comment ne pas parler du morceau de bravoure qui introduit le troisième acte du film ?

Une scène d’action opposant une douzaine de super-héros dans un chorégraphie parfaite, qui met en valeur les pouvoirs et la personnalité de chacun. Rarement les dieux modernes des comics auront été aussi bien traités à l’écran – d’autant que cette orgie visuelle fait sens avec le récit et entremêle les trois enjeux du scénario. Captain America en reste le point focal : il dirige son équipe et cherche à atteindre son objectif – tous ses équipiers étant prêts à se sacrifier pour le lui permettre : on est donc bien dans un film Captain America.

La pluralité des personnages mis en scène et leur dynamique relationnelle impulsée par les précédents films Marvel renvoie à l’idée que l’on assiste à un Avengers 2.5.

Enfin, l’opposition quasi irrémédiable qui les pousse à cette bataille explique leur mise en retrait dans le but de lancer la phase 3 : Black Panther étant l’incarnation de cette idée (partisan acharné d’Iron Man finissant par tourner casaque en devenant le témoin impuissant du duel final).

Choisis ton camp

Civil War s’avère donc une franche réussite, probablement le meilleur Marvel Studios jusqu’à présent. Le film capitalise sur tout le développement de l’univers sans perdre de vue ses propres enjeux – qui lui permettent d’en initier de nouveaux pour la suite. La réalisation nerveuse dans les affrontements et signifiante dans les scènes plus posées octroie une vraie élégance au film et rend immédiatement intelligible son scénario entremêlé – on ne voit pas passer les 2 h 30 tant on est happé par la narration.

En assumant toutes les attentes reposant sur eux (tant celles du public que celles du studio), les frères Russo confirment qu’ils sont désormais les mieux placés pour piloter l’univers Marvel au cinéma. Leur amour des personnages, leur compréhension de la dynamique de l’univers partagé, leur brio à emballer des scènes d’action faisant honneur aux héros mis en scène, leur capacité à transformer des exigences casse-gueule en atouts : tout cela ne peut augurer que du meilleur pour les prochains Avengers, à la barre desquels ils se trouveront. Pour le meilleur une fois de plus, espérons-le !

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