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Cabal – Clive Barker

Quand j’étais petite, ma mère avait l’habitude de me réveiller à minuit le vendredi soir, pour la séance « Horreur, c’est vendredi ! », diffusée sur les chaînes allemandes que nous captions dans ma bonne vieille campagne. Aujourd’hui, dans ma ville, le même type de séances exploret, les vendredis 13 surtout, les classiques du film fantastique. J’ai décidé, du coup, de vous parler d’un de ces films, étonnant et original : Cabal.

Cabal est sorti en 1990, écrit et réalisé par Clive Barker himself, avec Craig Sheffer (qui se fera remarquer dans et au milieu coule une rivière, et plus tard dans les frères Scott) dans le rôle principal, Anne Bobby (qui avait été vue dans né un 4 juillet), et le complice très controversé et déjà culte, David Cronenberg. Vous entendrez aussi la musique de Monsieur Danny Elfman (mais si, vous savez qui c’est, c’est le mythique compositeur de la plupart des Tim Burton, et également de certains génériques tout aussi connus comme les Simpsons ou Desperate Housewives pour ne citer que ceux-ci), ce qui ne gâte rien. En prime, le film a été initialement pourvu d’un nombre incalculable de monstres, plus de 200, avec Image Studio (et entre autres Bob keen aux SFX, qui avait déjà fait des merveilles sur Hellraiser, 3 ans auparavant).

Sur le papier, ce film a donc tout pour plaire. Mais, oui il y a toujours un mais, un montage un poil chaotique et maladroit (totalement condamné par Clive Barker), a quelque peu terni le résultat final.

Alors, Cabal, Culte ou Nanard ?

Cabal, Nightbreed de son p’tit nom américain, c’est l’histoire d’un mec (c’est l’histoire de plusieurs mecs en fait, *humour*), amoureux de sa meuf, et qui rêve d’une cité étrange du nom de Midian. Boone (le mec en question) consulte un psy (David Cronenberg <3). Le médecin finit par lui parler du serial killer qui sévit au même moment dans la région. Boone se retrouve à l’hôpital suite à un accident, et rencontre un homme qui devient fou. L’homme lui parle de Midian, avant de s’automutiler. Boone finit par s’enfuir de l’hôpital et trouve l’entrée de la cité secrète. Il découvre que les monstres attendent un élu, et que le serial killer est toujours en activité. Sa copine essaye aussi de le retrouver, et il va y avoir des charivaris quelque peu étranges.

3 ans après Hellraiser, Clive Barker a eu l’aval de la 20th Century Fox, pour adapter Cabal, un autre récit, tout aussi fantastique et énigmatique que son prédécesseur. Les producteurs ont certes alloué des fonds conséquents, permettant au réalisateur de concrétiser sa vision (notamment grâce à un bestiaire énorme de 200 créatures), mais ils ont, du même coup, voulu avoir la main sur le montage. Ce montage a malheureusement amputé le film d’un bon tiers, réduisant une bonne partie du travail de Barker et des maquilleurs, à néant. Il en résulte un film un peu brut parfois, beaucoup plus nébuleux que ne l’était Hellraiser, et qui ne rend pas vraiment justice à la qualité du scénario.

Plusieurs prix ont quand même été attribués : le meilleur maquillage à Amsterdam (1990), le critic’s award à Fantasporo (1991) et le prix spécial du jury, à Avoriaz (1991). La présence du très charismatique David Cronenberg, n’y est sans doute pas étrangère.

Malgré ses défauts, Cabal peut fasciner et être vraiment envoûtant à bien des égards. La cité de Midian tellement fantasmagorique a quelque chose de parfait dans la démesure et la monstruosité, comme ses habitants. Ces monstres sont plus humains et entiers que nous, pauvres mortels. Les parias attendent eux aussi leur élu, à la manière d’une attente religieuse du messie. Le parallèle ne s’arrête pas là. Le meurtrier est le seul monstre moral alors qu’il n’est pas le seul personnage violent du film. Pourtant sa sauvagerie est totalement exacerbée alors que certains, cannibales, semblent presque des agneaux, en comparaison. C’est assez troublant de se dire que finalement les personnes « bien sous tous rapports » peuvent se révéler de cruels adversaires quand leur bien-être est en jeu. La façon de cacher Midian est, elle aussi, assez particulière. On se croirait presque dans un cirque itinérant à la manière de freaks (le film de 1932, de Tod Browning), dont on sent l’hommage sous-jacent. Je pense qu’il s’agit encore et toujours pour Barker d’affirmer son appartenance à un mouvement décrié (il est ouvertement gay et chrétien assumé depuis 1990) en montrant que peu importe l’enveloppe, tant que le cœur reste pur.

Quant à la mise en scène, elle tente vraiment de nous plonger (littéralement) dans cet univers aussi proche d’un conte de fées que d’un thriller. On sent tout de même qu’il manque des scènes (et des monstres), des moments de vérité. Le montage pose problème à n’en pas douter. Le doublage contribue également à ce sentiment d’inachevé. La 20th Century Fox nous a finalement livré un slasher movie de moyenne facture, là où Clive Barker voyait un film fantastique, avec une réflexion profonde. Le director’s Cut de 2014, répare cette injustice, mais cette version a mis presque 25 ans à voir le jour. Heureusement, les fans sont tenaces.

Alors, chef d’oeuvre ou nanar ?

Je vous ai laissé quelques indices. Je suis dans le camp des fans. Les vrais, ceux qui aiment déjà Barker avant les films, ceux qui pensent qu’il a un côté gothique et désespéré. Barker a des pulsions étranges et tellement graphiques. On ne peut qu’être admiratif devant les créatures monstrueuses aux cultes sexuels et morbides. Après les Cénobites et leur culte à la douleur, voici les Nocturnes (Nightbreeds, d’où le titre américain), parias, physiquement monstrueux, mais moralement innocents. L’histoire est belle, les personnages aussi, surtout ceux qui sont laids. Je suis partie loin dans le monde de Midian, regardant de mes yeux ébahis, l’écran de cinéma, l’année de mes 20 ans. Alors certes, il y a des défauts, certes, ça a plutôt mal vieilli, certes, Cronenberg est probablement LE plus charismatique de tout le film, certes je suis amoureuse de Pinhead, mais j’avoue que Cabal a une place spéciale dans mon cœur, parce qu’il touche à la nature humaine, sans doute.

Quoi qu’il en soit, regardez Cabal. Vous enrichirez votre culture cinématographique et vous serez peut-être, vous aussi, sous le charme de l’incroyable Clive Barker.

Cabal

de Clive Barker

Scénario : Clive Barker

avec Craig Sheffer, Anne Bobby, David Cronenberg, Charles Haid, Hugh Quarshie

Morgan Creek Productions/ 20th Century Fox

Eldricht Tales

A propos de 13

13, blackD, true evil darkness... appelez moi comme vous voulez. Whatever. L'image, aaaaaahhh l'image. Tellement belle, tellement infinie, tellement omniprésente, tellement incroyable, pourtant si mystérieuse. Ma passion, (avec le jeu et la lecture faut pas déconner!) la plus dévorante. Je pourrai philosopher sur ce sujet pendant des heures! Néanmoins, je vais vous épargner cette très douloureuse expérience (si, si je vous assure, lire une personne sans âge -la version polie d'ancêtre- déblatérer sur telle ou telle chose, c'est pas franchement un cadeau !), et passer directement à la distribution de bons points. Ceux qui sont pas sages, fessée cul nu devant tout le monde. Allez bisous, à tout vite.

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