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Au Coeur des Ténèbres (Scotland Yard, tome 1) – Dobbs et Perger

Frankenstein, Dracula, Van Helsing, Jack l’Eventreur, Mister Hyde, Allan Quatermain : tels sont quelques-uns des personnages phares de la collection « 1800 » dirigée par Jean-Luc Istin aux éditions Soleil. Il fallait donc s’attendre, dans ce premier volume de « Scotland Yard » imaginé par Dobbs et mis en images par Stéphane Perger, à retrouver des individus familiers aux amateurs de l’époque.

Passée une couverture très « Steam » (Big Ben noyé dans la brume, réverbères échouant à diffuser leur lumière, pavés humides, silhouettes spectrales), le lecteur ne s’étonnera donc pas de trouver des noms connus. L’inspecteur Lestrade, ses subordonnés Bradstreet et Tobias Gregson, un écrivain du nom de Bram Stoker et l’une de ses créations le Dr Seward, un certain colonel Moran, un Moriarty de sinistre mémoire, un nom moins fameux Phileas Fogg, et enfin Faustine Clerval, cette dernière en tant qu’autoréférence puisqu’elle n’est pas inconnue des lecteurs de « Mister Hyde contre Frankenstein », du même scénariste. Quant aux crapules, on retrouve le Renfield du « Dracula » de Stoker, et le patronyme de Carfax tire sans doute son origine à la fois  de l’œuvre de Stoker et de celle de Conan Doyle.

Le scénario prend soin de ne pas s’appesantir sur les personnages trop connus, qui sont simplement évoqués, et se concentre surtout autour de Gregson, de Faustine Clerval et de John Seward. Après le fiasco d’un transfert de prisonniers de la prison de Newgate vers un asile psychiatrique, qui permet à plusieurs psychopathes de s’échapper, et au cours duquel Bradstreet trouve la mort, Gregson n’est plus vraiment en odeur de sainteté à Scotland Yard.  Il  investit alors le « Musée noir », dans les sous-sols, où, parmi les archives criminelles, il trouve une arrière-base discrète pour mener son enquête. Aidé de Faustine Clerval et du Dr Seward, ainsi que d’un gamin des rues nommé Wiggins, il réussira à nouer un « gentleman’s agreement » avec le colonel Moran, autre hors-la-loi s’il en est, pour remonter la piste des assassins.

Sous-sols de Scotland Yard, ruelles londoniennes, bouges fréquentés par la pègre, cimetière dans le brouillard, boutique inquiétante de Verloc, et pour finir Hyde Park : les lieux et les ambiances sont présents, servis par des couleurs sobres et un dessin soigné. On est souvent dans les tons d’aquarelle, parfois les teintes s’atténuent encore, s’estompent en marge des visages, des images. On notera un sens marqué du détail (les images s’attardent ici en gros plans sur un œil, là sur une sonnette de cuivre, ailleurs encore sur une partie du plan de Londres), et une intéressante utilisation des noirs, blancs et grisés dans l’évocation des souvenirs.

Le dessin demeure assez classique, mais quelques cadrages très cinématographiques viennent servir les passages consacrés à l’action, et souligner les facettes architecturales du vieux Londres, des archives souterraines, et de la sinistre boutique de Verloc. Si l’intrigue ne fait pas appel aux ressorts des récits fantastiques et se cantonne au domaine policier, on notera l’aspect parfaitement diabolique de Carfax, ainsi que quelques détails au moins autant « steampunk » que purement victoriens (un soupirail au ras de la brume, une ancienne machine d’enregistrement,  des colliers à mécanismes ) qui plairont sans doute aux amateurs du genre, même s’il est difficile de déterminer très précisément ce qui ressort de l’un ou de l’autre de ces deux domaines étroitement intriqués.

Au final « Scotland Yard vol 1/2 : Au cœur des ténèbres » apparaît donc comme un volume soigné, homogène, au scénario intéressant, servi par un type de dessin parfaitement adapté au propos. Reste à présent – nos enquêteurs n’ayant réussi à mettre la main que sur l’un des criminels – à attendre le second volume pour connaître le fin mot de l’histoire.

Scotland Yard vol 1/2 : Au cœur des ténèbres

Scénario : Dobbs

Dessins, couleurs et couverture : Stephane Perger

Editions Soleil

13,95 euros

About Alaric

Lecteur surtout de littérature générale, mais fervent défenseur des littératures de l’imaginaire dès qu’elle transcendent le genre et viennent nourrir, et même enrichir, le domaine précité. Pas très attaché aux étiquettes, donc, et toujours prêt à plonger dans un volume original, en espérant y trouver une de ces œuvres qui sont capables de s’inscrire dans la durée.

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