Entretien avec Manu, bassiste de Elfika

Après avoir assisté à leur concert au Petit Bain, puis écouté et chroniqué leur album, Secretum Secretorum, je me suis dit que poser quelques questions à Manu, fondateur du projet Elfika était une bonne idée, surtout qu’il sait être disert dès que l’on parle de musique, et c’est tant mieux ! Une interview passionnante et une plongée dans la genèse de ce projet étonnant…

Bonjour, et merci de prendre le temps de répondre à ces quelques questions. Pouvez-vous tout d’abord vous présenter et nous expliquer ce que vous faites dans Elfika ?

Bonjour, merci de nous accorder cette interview.

Elfika est un groupe de métal symphonique et mélodique (pour reprendre les grandes lignes de notre style) basé en région Parisienne. Contrairement à la description de notre chaîne Youtube (qui reste toujours un mystère soit dit en passant), nous ne sommes pas un groupe Franco – Néerlandais, mais Franco – Belge puisque notre chanteuse Laure est d’origine Belge. Elfika existe depuis de très nombreuses années, mais ce qui était un concept que je gardais de côté a réellement pris vie en deux temps, une première naissance en 2009, lorsque nous avons écrit et composé un morceau unique pour ouvrir un spectacle caritatif donné au profit d’un enfant atteint de la maladie des enfants de la lune, puis un second élan en 2012 lorsque Laure nous a rejoint, complétant un line-up fortement revu et nous permettant de nous lancer dans notre première démo et tournée de concerts. Aujourd’hui c’est avec notre premier album studio et un line-up de nouveau revu et renforcé autour de Laure et de moi-même que nous abordons cette année, un peu particulière, mais je pense que cela n’aura échappé à personne…

Avant de découvrir Secretum Secretorum,  je ne connaissais clairement pas Elfika. Comment définiriez-vous le groupe et sa musique pour quelqu’un qui ne vous connaît pas ?

La plus grande « étiquette » que je pourrais donner à Elfika est celle de « métal symphonique et mélodique » et qui devrait permettre à de nombreuses personnes de pouvoir nous identifier et nous différencier des groupes de Heavy Métal classiques, Métal extrême ou autre genre apparenté.

Mais cela reste bien difficile de catégoriser un groupe qui mélange autant d’influences.

Certains diront, avec plus ou moins de subtilité, groupe à chanteuse, je préfère parler alors de Chanteuse lead et FrontWoman, mais là aussi, sans écarter une once de l’immense talent de Laure, c’est une description bien trop généraliste pour être vraiment représentative.

Le fait est que nous avons puisé des influences dans de très nombreux styles, pas pour les copier, mais juste parce que nous aimons tel ou tel groupe, tel ou tel style ou manière de jouer.

Il y a bien évidemment un très gros socle symphonique au sein de la musique d’Elfika, avec des orchestrations très présentes et ce désir que nous avons de proposer aux auditeurs des mélodies accrocheuses, mais il y a aussi un travail sur les guitares qui jouent entre Heavy Métal, Métal Progressif, Power Métal, une section rythmique basse batterie qui va chercher ses inspirations parfois dans les grands classiques du Heavy (Iron Maiden, Judas Priest, Metallica, Helloween), sans oublier Laure, qui utilise largement ses capacités vocales qui ne se résument pas à du chant lyrique, bien au contraire.

Bien sûr, nous nous inscrivons aussi dans la lignée des géants du style comme Nigthwish, Epica, Amaranthe, Delain… qui restent des sources d’inspirations pour nous.

Au fil des différents retours que nous avons, interviews, reviews ou échange avec nos fans, nous nous rendons compte que nous touchons un public assez large et très hétérogène, dès lors que l’on apprécie du métal chanté par une Frontwoman avec des claviers.

Pourquoi ce nom de Elifka ?

Comme je le disais en préambule, j’ai imaginé le concept d’Elfika il y a de très nombreuses années.

Ayant une formation classique de base, mais étant aussi un fan de métal depuis ma plus tendre jeunesse, la découverte d’un certain « Wishmaster » dans un bac de disquaire a été une révélation pour moi.

J’ai alors imaginé ce concept, avec dans l’idée d’en faire un groupe tôt ou tard.

A l’époque, il y avait infiniment moins de groupes dans le style, et les noms en « a » étaient plutôt rares, mise à part Epica. Ce qui n’est pas le cas de nos jours.

Etant aussi un passionné de littérature, en particulier médiévale et fantasy, je me suis inspiré du monde de Tolkien pour créer le concept Elfika.

En français, la langue des Elfes, « Elven », se traduit par l’Elfique, donc, Elfika est né tout naturellement cette inspiration.

Comment est-ce que vous en êtes venu à la musique, et plus particulièrement au metal ?

Pour cette question je ne peux répondre que par rapport à mon propre parcours et ma propre expérience.

Je ne saurais le dire pour les autres membres du groupe, mais s’il y a une chose dont je suis sûr, c’est que nous partageons toutes et tous au sein d’Elfika une profonde passion pour la musique métal et aussi une culture très vaste et variée de ce genre musical.

En ce qui me concerne, j’ai toujours baigné dans la musique d’aussi loin que je me souvienne. J’avais un cercle d’amis passionnés de musique, et justement de métal, et nous passions nos journées à écouter chaque album qui sortait et nous imaginer faire carrière alors que nous ne connaissions pas plus de trois accords sur une guitare….

J’ai connu le métal avec mon groupe de référence absolu « Iron Maiden » lorsque « The number of the beast » est arrivé dans les bacs. Là aussi par un pur hasard qui a changé totalement le cours de ma vie en tant que musicien et mélomane. Une pochette d’Iron Maiden dans un bac de disques, ça ne passe pas inaperçu, mais dès que l’album est arrivé sur ma platine vinyle, le doute n’était plus permis quant au style de musique qui allait être le mien pour le reste de ma vie.

Je fais donc partie de cette génération qui s’est littéralement nourrie de groupes comme « Iron Maiden », « Helloween », « Metallica », « Judas Priest », « Slayer »…  mais aussi la vague glam-rock, le Hard-FM (« Bon Jovi, Europe ») et j’en oublie certainement beaucoup.

A cette époque j’étais déjà musicien, après des débuts très classiques au piano, je me suis orienté vers les orgues classiques dites « liturgiques » d’un côté, les claviers électroniques et autres synthétiseurs de l’autre,  puis la théorie musicale et plus précisément la conduite d’orchestres.

Tous les ingrédients étaient réunis pour le métal symphonique….

Donc Secretum Secretorum est le premier album du groupe. Comment s’est passé le travail dessus ? Qui compose la musique ? Comment vous travaillez pour arriver à produire quelque chose d’aussi complexe ? Et surtout quelles sont vos influences ?

« Secretum Secretorum » a eu une genèse un peu particulière.

A l’issue de la tournée qui a suivi notre première démo en 2016 – 2017, il était évident pour moi que la prochaine étape était la réalisation de notre premier album studio.

J’avais donc commencé à travailler sur de nouveaux titres et de nouvelles orientations musicales que je n’avais pas explorées lors de la réalisation de la démo en 2015.

Mais un album c’est un projet autrement plus vaste et complexe qu’une première démo, tant sur le plan investissement personnel, technique, musical, artistique et financier.

Lorsque j’ai présenté les premières maquettes aux autres membres du groupe, mais aussi les premières projections en matière de financements et planning de travail, j’ai vite compris que nous avions atteint les limites de la motivation du line-up de l’époque.

Et effectivement, fin 2017, nous nous sommes retrouvés seuls avec Laure pour mener à bien notre projet.

Nous avons décidé d’aller au bout coûte que coûte et c’est donc à deux que nous avons écrit et composé toutes les maquettes qui allaient constituer « Secretum Secretorum ».

Mais ma manière de composer, qu’il s’agisse des musiques d’Elfika ou de Bande Originales (ma seconde activité de compositeur que je commence à développer), reste toujours la même.

Au moment où je me mets devant mon clavier avec mon idée, ou tout simplement l’envie de composer, je suis face à une page blanche, blanche mais pas vide. Si j’ai dans la tête ce que je voudrais, en revanche je n’ai pas la moindre idée de la forme que cela va prendre jusqu’à ce que les premières notes arrivent.

Cela peut arriver par des notes jouées au piano, des notes chantées par Laure, ou un riff de guitare… le tout est qu’il y ait ce déclencheur qui met la machine en route et fait naitre le morceau.

Un titre comme « So Human » est né sur la base d’un riff de guitare joué par un ancien guitariste du groupe, Max Oudot, avec qui nous sommes restés en très bon termes. Si par la suite le morceau y compris le riff ont été totalement modifiés, le déclencheur a été cette première séquence de quelques secondes.

Un titre comme « Angel » lui est né d’une mélodie chantée par Laure, alors que « The Other » a été entièrement composé au piano avant d’être proposé au chant puis finalisé.

Si j’aime composer, je m’en remets toujours au talent des musiciens du groupe. Je tiens à ce que chacun puisse exprimer sa sensibilité et sa créativité sur chaque morceau pour pouvoir se l’approprier totalement.

Tout le monde peut amener une idée, une évolution, tout le monde à voix au chapitre de l’écriture des titres. Les choix de ce qui sera conservé ou pas se font par la suite.

Ainsi, s’il m’arrive parfois de donner à Laure des indications quant à la ligne de chant que j’aimerais sur tel ou tel titre, dans la majorité des cas elle écrit elle-même son chant que nous affinons ensuite ensemble pour obtenir le résultat final.

J’ai la chance d’être entouré de musiciens particulièrement talentueux, qui excellent dans la maitrise de leur instrument et qui peuvent toutes et tous apporter leur inspiration, leur style aux morceaux, ce qui en fait une richesse presque infinie à exploiter.

C’est ce processus qui a permis de finaliser l’album. Lorsque le guitariste Anthony Parker (ex Heavenly et Fairyland) nous a rejoints pour assurer les guitares en studio, il a apporté son extraordinaire technicité et ses influences métal prog, heavy et power qui ont fait évoluer les maquettes vers ce que nous avions imaginé lors de leur conception et même au-delà.

De même, Axel Thomas, qui a assuré les sessions batterie avant d’intégrer le groupe, a amené une frappe puissante et très technique qui a complété à merveille la section rythmique.

Enfin, les choix de productions qui ont été réalisés avec notre ingénieur du son et producteur Didier Chesneau (Headline, Attraction Théory) ont été décisifs pour finaliser l’album que vous pouvez désormais écouter.

Quelle est votre morceau préféré de l’album et pourquoi ?

C’est difficile à dire… chaque morceau a une histoire qui lui est propre, et pas seulement celle qu’il raconte, mais celle de sa création et de son évolution.

Je suis très fier, sans connotation orgueilleuse de ma part, de chaque titre de « Secretum Secretorum », mais si je devais choisir un titre en particulier, je dirais alors « Dark Virgin ».

Ce titre est certainement le plus complexe que j’ai été amené à écrire à ce jour pour Elfika. Mais malgré, ou au contraire grâce à sa grande difficulté technique et artistique, il m’a permis d’aller plus loin que jamais dans la conception d’un titre, tant au niveau de la recherche et de l’approfondissement de sa thématique, de ses textes, que du travail de composition musicale, d’orchestration et d’arrangements de production.

« Dark Virgin » a été long à écrire, car je savais tellement où je voulais aller que rien de ce que je trouvais ne semblait correspondre. Tout ce que je savais, c’est qu’il devait commencé par un Ave Maria sur un prélude de Bach (une demande de Laure)… Et puis finalement, la bonne idée est arrivée, ce fameux déclic et tout a pu se mettre en place, les thématiques du morceau ont trouvé leur équivalent dans la musique et dans les textes, les orchestrations ont pu être déployées avec tout leur côté symphonique et la guitare d’Anthony est arrivée avec cette couche de métal aux accents néo-classiques qui a apporté la touche finale.

C’est aussi un morceau sur lequel Laure délivre une prestation vocale exceptionnelle de part sa durée mais aussi toutes les variations qu’elle utilise dans son chant.

Avec ce titre, j’ai vraiment pu m’exprimer sans me donner de limites, je savais que nous étions sur un titre qui serait long, très long, et du coup, je n’ai eu aucune hésitation à l’enrichir et le développer, non sans un clin d’œil, humble mais assumé, aux grandes pièces maîtresses que sont des titres comme « The Greatest Show on earth » de Nightwish ( je dis bien, humble le clin d’œil…. Rires…)

Comment s’est fait le travail sur la pochette, par ailleurs très évocatrice et mystérieuse, totalement dans la veine du titre de l’album ?

La pochette est le travail du graphiste Sylvain Leboeuf.

Sylvain est un ami de longue date a qui nous devons déjà le logo d’Elfika et la pochette de la démo ainsi que tout l’univers visuel conceptuel du groupe.

Sylvain a travaillé, comme pour la démo, sur la base de photos réalisées par notre photographe officiel Vincent Zafra (Illusion Story).

C’est un aspect très important du travail qui a été réalisé, car dans la conception artistique de la pochette, la vision du graphiste devait rejoindre à la perfection la vision du photographe pour que le résultat soit parfait. Sylvain et Vincent avaient déjà collaboré de cette manière sur la démo, et je savais que leur talent artistique et leur niveau professionnel ne pouvait que faire une fois de plus des merveilles.

La conception des graphismes de l’album a débuté très en amont, à l’époque même où les toutes premières maquettes ont vu le jour.

Afin de permettre à Sylvain de s’imprégner totalement de l’ambiance de l’album, il était primordial qu’il en suive toute la conception.

Je lui ai présenté mes idées, mon fil directeur sur l’album, les titres, à chaque étape, chaque nouvelle maquette nous nous sommes vus pour faire évoluer les concepts visuels.

Il a été le premier avec qui j’ai discuté du choix du titre et des raisons pour lesquelles je m’orientais vers ce choix. De cette manière, il a pu très vite me proposer des concepts qui allaient dans la bonne direction tandis que de mon côté je lui envoyais régulièrement des images qui me plaisaient, ou des idées à suivre.

Ainsi, l’univers visuel de « Secretum Secretorum » est né et a grandi au même rythme que l’album en lui-même.

Et tout comme j’accorde une totale confiance aux musiciens du groupe, je sais aussi qu’avec Sylvain et Vincent nous sommes parfaitement en phase et que je peux me fier à eux les yeux fermés tant ils connaissent bien Elfika et savent interpréter ce que je leur demande de créer pour nous et donner vie à ces images que j’ai dans la tête et qui doivent parfois leur paraître bien étranges dans ma manière de les décrire….

Point de vue clip, vous avez des choses de prévues pour soutenir la sortie de l’album ?

Nous avons effectivement des projets dans ce sens, mais les derniers événements ont mis un coup d’arrêt à leur réalisation.

La sortie de l’album a été appuyée par un premier teaser réalisé toujours par Vincent Zafra, et nous devions enchaîner avec un premier clip vidéo promotionnel pour lancer la tournée de concert qui aurait dû débuter en mars.

Pendant la période de confinement nous avons réussi à monter les images live sur notre titre « Angel » grâce aux captations du concert de release du Petit Bain le 10 Janvier dernier.

Nous comptons toujours travailler sur un clip vidéo mais la mise à l’arrêt de tout le secteur culturel, musical et événementiel nous oblige à revoir toute notre stratégie pour relancer la promotion et la communication autours de « Secretum Secretorum ».

Et il nous faut aussi compter avec les disponibilités de Vincent et des équipes qui ont l’habitude de travailler avec nous sur ce genre de projet, ce sont tous des professionnels de l’audio-visuels qui ont vu leur travail et emplois du temps fortement malmenés ces derniers mois.

Donc, en résumé, oui, nous avons toujours un clip en projet, mais à ce jour je ne saurais pas te dire quand il sortira.

Quel est votre pire souvenir sur scène ?

Il y a toujours des petits ou grands incidents sur scène, et la plupart du temps le public ne s’en rend pas compte, fort heureusement d’ailleurs.

Un souvenir particulièrement difficile pour moi date des tous premiers concerts d’Elfika après la sortie de la démo.

Toutes nos orchestrations à l’époque étaient diffusées via des séquences pré-enregistrées, et nous n’avions ni l’expérience ni le matériel dont nous disposons actuellement pour gérer au mieux cet aspect très technique des concerts.

Lors d’un concert à Paris, alors que tout s’était bien passé lors des sound check, au moment du concert, nous nous sommes retrouvés avec des retours de scènes muets et donc dans l’impossibilité d’entendre les séquences avec lesquelles nous devions être parfaitement synchronisés à la seconde près.

Seul le batteur avait un peu de son et parvenait à tenir son rythme, mais pour moi et le guitariste nous avons dû jouer au bord de la scène presque tout le concert pour pouvoir entendre les fameuses séquences non pas depuis les retours de scène mais depuis les façades.

Au final, il semblerait que le public, bien qu’un peu surpris de nous voir rester aussi proche pendant le concert, n’ait pas perçu de problème dans ce qu’il écoutait.

Je pourrais aussi te citer un concert où lors du démarrage du premier morceau l’émetteur HF du guitariste est tombé en panne le rendant totalement muet, alors que c’est justement lui qui lance le morceau à la guitare, du coup, je me suis senti bien seul pour meubler avec la basse et les claviers le temps que le guitariste puisse se brancher en direct sur son ampli et reprendre le fil du morceau.

Mais là aussi, le public ne s’est visiblement pas rendu compte du souci, et surtout… the show must go on… c’est le principal, rien ne doit arrêter la musique.

Merci et à très bientôt j’espère !

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