Entretien avec le Révérend Drope, des Druides of the Gué Charette

Avec Talking To The Moon, les bretons des Druids Of The Gué Charette proposent un rock psychédélique qui a clairement su me séduire, sans que pourtant je ne sois fan du genre. Le Révérend Drope a consenti à répondre à mes questions, ce qui est un immense honneur !

Bonjour, et merci de prendre le temps de répondre à ces quelques questions. Pouvez-vous tout d’abord vous présenter et nous expliquer ce que vous faites dans Druids Of The Gué Charette ?

Bonjour, je suis le Révérend Drope, et j’officie en tant que maitre de cérémonie au sein des Druides du Gué Charette, ce qui consiste essentiellement à pousser des cris dans un microphone et à produire toutes sortes de bruits bizarres sur des appareils électroniques.

Avant de découvrir Talking To the Moon,  je ne connaissais clairement pas Druis Of The Gué Charette. Comment définiriez-vous le groupe pour quelqu’un qui ne vous connaît pas ?

Un déluge de fuzz et de reverb, à mi-chemin entre le garage-punk et le stoner, joué par des types en toge dans une boite de nuit abandonnée à l’orée de la forêt, avec une bonne dose de psychédélisme et de mysticisme gothique pour enrober le tout.

Pourquoi ce nom de Druids Of The Gué Charrette ? Il est assez peu courant.

Ce nom a été inventé il y a très très longtemps par notre leader spirituel, au terme d’une nuit particulièrement arrosée, et lorsqu’on a décidé de monter un collectif de musique lourde et psychédélique, ça a semblé une évidence que ce nom nous était prédestiné. L’aspect druidique répond à notre soif de mysticisme et de mystère en matière de musique. Et le Gué Charette est un petit étang perdu du pays de Brocéliande. Le genre de lieu dont seuls les initiés connaissent l’emplacement exact. En faire l’épicentre de notre culte était une manière amusante de donner une origine géographique extrêmement précise à notre groupe.

Comment est-ce que vous en êtes venu à la musique, et plus particulièrement au metal ?

Lorsqu’on habite au fin-fond de la campagne bretonne, une fois qu’on a fait la tournée des bars et des matchs de foot du District, il faut bien élargir ses horizons de temps en temps. On a tous appris à jouer en autodidacte, en tâtonnant un peu et en rinçant les disques de rock de la médiathèque municipale. Pour le metal, je pense que  les premiers Queens Of The Stone Age nous ont bien traumatisés à l’époque de leur sortie, ça a été une sorte de porte d’entrée vers des choses comme le stoner, le heavy-psych, le doom qui eux même nous ont ouvert au sludge où même au black. Bref, tout ce que le metal peut offrir de plus jovial et bon enfant, quoi. Y’a aussi évidemment les classiques comme Black Sabb’ et Mötörhead qui nous accompagnent depuis toujours.

Donc Talking To The Moon est le deuxième album du groupe. Comment s’est passé le travail dessus ? Qui compose la musique ? Comment vous travaillez pour arriver à produire quelque chose d’aussi complexe ? Et surtout quelles sont vos influences ?

Talking to the Moon est le deuxième album du groupe, après un premier EP, un split EP et notre premier album en 2018. Notre objectif sur ce disque c’était de s’approcher le plus possible de ce qu’on propose en live, avec des tempos un peu plus nerveux que sur les autres disques et un son plus cohérent de bout en bout.

La plupart des morceaux sont composés à partir de la basse, ce qui est assez naturel puisqu’on est trois bassistes de formation dans le groupe. Sur cette base chacun vient ensuite apporter sa touche personnelle et on peaufine tous ensemble, c’est un processus plutôt spontané en vérité. D’un point de vue musical, ce qu’on fait n’est pas particulièrement complexe, notre objectif c’est surtout de créer des ambiances et des textures sonores particulières.

Cette recherche de texture se retrouve aussi au niveau de nos influences, puisqu’on va chercher dans le stoner ou le doom le côté lourd et puissant, dans le garage et le punk le côté cradingue et spontané,  mais on écoute aussi beaucoup de vieux heavy, du post-punk, du hardcore, du rock psyché, du shoegaze, du space-rock et même pas mal de blues sous toutes ses formes.

Quelle est votre morceau préféré de l’album et pourquoi ?

On a de l’affection pour tous les morceaux de l’album, après il y en a certains qu’on aime particulièrement jouer en live comme « Gods’n’Dolls » pour son côté psyché planant, « Talking To The Moon » et « Bury Your Dead » pour leur aspect rentre-dedans ou encore « It’s Alright » qui est un morceau où on peut se permettre d’improviser très largement. À la base c’est juste une ligne de basse qu’on faisait tourner en boucle et sur laquelle on a improvisé pendant l’enregistrement, tout en laissant un maximum de liberté à notre ingé-son Arthur, du studio l’Abri 101, dans sa manière de mixer ce bordel. En live ça donne quelque chose de très différent aussi, donc même si c’est peut-être pas notre morceau préféré, ça résume bien ce qu’on cherche dans notre musique, ces moments de liberté où les choses t’échappent totalement.

Comment s’est fait le travail sur la pochette, par ailleurs assez psychédélique, totalement dans la veine de l’album ?

La pochette a été réalisée par Tom Bornarel, un ami qui fait les graphismes de la marque Death By Coffee. On avait déjà bossé avec lui sur nos précédents artworks, car il comprend parfaitement nos références visuelles.

Pour ce qui est du concept de la pochette, ça va paraître complètement cliché mais j’en ai rêvé, je tenais une pochette avec un druide masqué au centre et au dessus de lui le cycle lunaire laissait apparaître la couleur de ce qu’il y avait derrière. Du coup sur la version vinyle, les lunes sont découpées et leur couleur est donnée par la pochette intérieure, rouge et vernie. D’ailleurs rien n’empêche l’auditeur d’insérer un artwork supplémentaire entre les deux couches pour avoir sa propre version personnalisée de la pochette. Ce qui est génial dans cet artwork, c’est qu’il est un echo parfait de cette idée qui traverse notre musique selon laquelle il faut déchirer le voile de la réalité pour aller voir ce qui se cache derrière.

Point de vue clip, vous avez des choses de prévues pour soutenir la sortie de l’album ?

A la base notre album devait sortir en Avril, on a donc sorti un premier scopitone, « The Curse », vers Février-Mars et on devait en tourner un second dans la foulée, toujours avec le réalisateur Anthony Rocquet. Malheureusement le confinement est passé par là, l’album ne sortira qu’en Juin et on va essayer de recaler un tournage rapidement. Si le nouveau clip n’est pas prêt pour la sortie du disque, on le sortira probablement dans le courant de l’été.

Quel est votre pire souvenir sur scène ?

On n’a pas vraiment de mauvais souvenirs sur scène, car on est toujours heureux de pouvoir partager notre musique. Le plus rocambolesque je pense que c’était la soirée d’ouverture du FESTTT de l’association From Town To Town à Rennes. La patronne du rade où on devait se produire s’est prise la tête avec notre ingé son dès la première note de basse des balances et il a fallu annuler, les organisateurs se sont démenés comme des diables pour trouver un autre endroit en urgence, on a traversé Rennes pour réinstaller tous le matos en catastrophe dans la friperie Soleil Noir qui nous a gentiment ouvert, et au bout de 3 morceaux les voisins ont appelés et il a fallu abandonner la mort dans l’âme. C’était sûrement encore plus décevant pour l’orga et le groupe Leviathan qui nous ont accompagnés sans pouvoir jouer une seule note. Une autre fois à Rennes pour le 14 juillet on jouait dans un super bar nommé le Synthi qui restait ouvert toute la nuit avec plein de concerts dont les excellents FANGE, le bar était minuscule et archi-blindé, on a joué avec 3h de retard et le backline prévu n’était plus là, on a dû tout installer à l’arrache en fendant la foule tant bien que mal, le bar était tellement rempli que le public a totalement débordé sur la scène, la plupart bien torchés, arrachant les câbles et renversant des bières sur le matos, on a pu jouer aucun morceau correctement, c’était le chaos total. Mais au final ce sont d’excellents souvenirs, car comme on le disait si on fait de la musique c’est précisément pour ce genre de moments, là où les choses t’échappent totalement.

Merci et à très bientôt j’espère !

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