Entretien avec Floriane Soulas pour la sortie de Rouille chez Pocket

J’ai eu l’occasion de découvrir Rouille, roman sorti en poche chez Pocket, assez récemment et je dois dire que son auteur, Floriane Soulas, m’a mis une grande claque en pleine face. Ce roman magnifique, mature, superbement écrit, impliquait que je la passe au grill de mes questions afin d’en savoir plus sur elle !

Bonjour Floriane, et merci de prendre le temps de répondre à mes questions. Est-ce que tu pourrais tout d’abord te présenter, et nous expliquer comment t’es venu le virus de l’écriture ?

Bonjour et merci à vous pour cette interview. Je m’appelle Floriane Soulas, je suis l’autrice de Rouille et des Noces de la Renarde chez Scrinéo. A coté de ça, je suis aussi ingénieure dans l’aéronautique.

Ce n’est vraiment pas très original, mais depuis que je suis toute petite je sais que je veux écrire des histoires, parce que j’ai toujours adoré l’objet livre et parce qu’il y en a plein dans ma tête que je voudrais partager avec les autres. Mes parents étant de très gros lecteurs qui m’ont mis très tôt à la lecture et à la littérature autant classique que de genre, il était évident pour moi que j’y viendrais un jour. J’ai pas mal sévi sur des forums durant mon adolescence pour me tester et me frotter à l’écriture (surtout de poésie) et puis un jour, en études supérieure, j’ai su que c’était le bon moment, et je me suis lancée. La suite ça a été beaucoup de nouvelles et puis Rouille.

Venons-en à Rouille, qui est une de mes GROSSES claques de cette année en termes de lecture. Qu’est-ce qui a déclenché la petite étincelle qui t’a faite imaginer ce roman ?

Déjà, merci beaucoup pour cette magnifique chronique. Je pense que ce roman devait me trainer dans les tripes depuis un moment tant il m’est apparu comme une évidence. La Belle Epoque est ma période de prédilection dans l’histoire de France, donc mon décors était déjà planté. Et Violante est arrivée lors d’une conférence sur le Steampunk à Geekopolis en 2015. Je me suis mise à Imaginer l’arrivée à Paris de cette jeune fille venue des Indes, sans mémoire ni passée. J’ai décidé que cette histoire là prenait trop de place pour que je la garde juste pour moi.

La galerie de personnages que tu proposes est assez étonnante. Lequel ou laquelle a ta préférence ?

Même si Violante a une place particulière dans mon cœur, mon personnage préféré est sans conteste Léon, dans toutes ses faiblesses et ses contradictions, avec ses zones grises, ses mauvais choix et malgré tout sa morale très droite. Je trouve que c’est le plus humain du tous, le plus réel, je suis très fière de lui haha. J’aime bien Jules aussi, il représente mon coté ingénieur et ma passion de la mécanique et de la bricole que j’utilise au quotidien dans mon métier.

Pour les créer, t’es-tu inspirée de personnes réelles ou bien sont-ils sortis de ton esprit tous faits ?

C’est une vraie bonne question. J’imagine qu’il y a un peu de moi dans chacun d’eux et j’imagine aussi qu’ils sont la somme des personnes que j’ai pu rencontrer dans ma vie, sans que je puisse vraiment attribuer tel trait de caractère à une personne de mon entourage en particulier. Je m’inspire par contre souvent de discussions entendues dans le métro et il m’arrive de voler des répliques dans des soirées aussi.

La vision d’un Paris steampunk que tu proposes est vraiment surprenante. Comment as-tu conçu ton univers ?

Ma vision de ce Paris était portée par deux envies très fortes que j’avais pour ce roman. Tout d’abord montrer le Paris du 19eme tel qu’il était vraiment et pas comme on le fantasme encore beaucoup trop. On a surtout gardé de cette époque les paillettes et le glamour des courtisanes, en oubliant (volontairement) qu’à cette époque presque une femme sur dix se prostituait (parfois volontairement) pour survivre. C’était un Paris sale, dangereux, bourré d’orphelins et de gangs. C’était ce Paris là que je voulais montrer, le vrai Paris. Ensuite, je voulais sortir des sentiers battus du steampunk plus traditionnel, que j’apprécie beaucoup par ailleurs, mais qui se borne souvent à la bonne société riche, avec ses bals, ses soirées mondaines etc… Donc je suis partie à l’exact opposé. Rouille c’est le peuple, la crasse et la galère. Tout un programme.

Revenons quelques minutes sur Violante/Duchesse. On sent vraiment une double-personnalité chez ce protagoniste qui est vraiment intéressante. Comment t’y es-tu prise pour la créer, pour faire en sorte qu’elle soit crédible et attachante aux yeux du lecteur ou de la lectrice ? Et d’ailleurs pourquoi ce nom assez évocateur ?

Pour Violante, c’est assez particulier. Elle vit dans un monde très dur, très codifié, où les femmes n’ont pas beaucoup de marge de manœuvre. Comment pourrait-elle faire pour ne pas subir cette vie ? Pour garder le contrôle sur qui elle est, sur son corps ? Je me suis demandé ce que j’aurais pu faire à sa place. Pour l’aider à survivre, je lui ai créé un alter ego, Duchesse, un masque derrière lequel elle peut se cacher, se réfugier, rester elle-même.

Comme elle évolue dans un monde ou l’apparence fait tout, il fallait que derrière ses airs bravaches, elle reste fragile et accessible. Je lui ai donc pris sa mémoire. On débarque dans l’univers de Violante exactement au même point qu’elle. On ne sait rien ou presque et on a tout à découvrir, avec elle. J’espère que les lecteurices la trouvent attachante malgré son sale caractère  ! (rires)

Quand à son prénom, c’est un mystère. Il m’est juste venu tout de suite, en même temps qu’elle. J’ai aimé la sonorité et le jeu sur l’orthographe, il décrit bien ce monde très dur dans lequel elle tente de survivre, il donne le ton, l’ambiance. Et il a un coté steampunk, je trouve. J’aime particulièrement l’idée de détourner des mots communs (ici un adjectif) pour en faire des prénoms comme le font Glenn Cook dans la Compagnie Noire ou encore Robin Hobb dans l’Assassin Royal.

Prévois-tu de revenir dans cet univers ? Car tu as développé quelque chose que personnellement j’ai trouvé fascinant et j’adorerai en découvrir plus !

Oui je prévois de revenir dans cet univers. Depuis quelques temps, une nouvelle aventure commence à prendre forme dans mon esprit. On y suivra de nouveaux personnages, hors de Paris et j’espère les emmener jusqu’à la Lune ! Mais ce ne sera pas pour tout de suite, il y a d’autres projets et d’autres héroïnes qui arrivent avant.

Tu as reçu plusieurs prix pour ce roman. Comment vit-on finalement cette consécration critique alors que l’on sort tout juste son premier livre ?

C’était très inattendu et ça l’est toujours aujourd’hui (rires). Je pense que c’est une chance incroyable, et un peu de pression aussi. J’espère réussir à écrire des personnages qui marqueront autant que Violante !

Ton second roman, Les Noces de la Renarde est sorti en 2019 aux éditions Scrinéo. Peux-tu le pitcher, pour ceux comme moi qui ont aimé découvrir ta plume dans Rouille ?

Bien sur, avec plaisir !

Les Noces de la Renarde c’est l’histoire de deux jeunes filles qui cherchent leur place dans un monde qui change sans elle. D’un coté Hikari est une déesse du folklore japonais qui voit les hommes envahir les forêts de ses ancêtres. Mais là où son clan voit une menace, elle voit l’avenir. Sa curiosité va la pousser à enfreindre toutes les règles de son monde. Et Il y a Mina, dans notre Tokyo d’aujourd’hui qui, à l’ère de la surtechnologie, a le pouvoir de voir et d’interagir avec les yokai, esprits et fantômes des légendes japonaises. Un don dont elle ne veut pas et qui va l’entraîner dans une chasse au démon, à la recherche de ce qu’elle est vraiment. Deux histoires que tout semble opposer… et pourtant….

Quels sont tes prochains projets d’écriture ? As-tu déjà attaqué un nouveau roman ?

J’ai plusieurs projets en cours, mais je n’en parle pas trop tant que ce n’est pas officiel. Ceci dit je peux vous dire que ce sera de la SF qui tâche, dans un univers au moins aussi sombre que celui de Rouille, et très adulte !

Tu as créé ta chaîne YouTube pour parler de livres, prévois-tu d’y parler également d’écriture ?

J’ai parlé d’écriture sur la chaîne, pendant que je préparais Rouille notamment. Malheureusement aujourd’hui je n’ai plus le temps de tourner des vidéos, même si j’aimerais beaucoup. Mais préparer, tourner et monter me prend trop de temps. Mais je n’exclue pas d’en refaire un jour.

Quels conseils donnerais-tu à un auteur qui souhaite se lancer (et ils sont nombreux) ?

Le même que je donne à chaque fois, écrivez et trouvez-vous des béta lecteurs !!!!!! Ecrire et corriger les autres, confronter ses écrits aux autres c’est le meilleur moyen d’apprendre ! Il faut se lancer !

Merci beaucoup pour tes réponses et à bientôt au détour d’une dédicace !

Merci à vous ! j’espère pouvoir retourner bientôt en dédicace oui.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *