Entretien avec Baptiste et Florent de Boisson Divine

Le nouvel album de Boisson Divine sort début juin et cette petite pépite, intitulée La Halha, devrait ravir tous les amateurs de folk metal de l’hexagone, voire d’ailleurs. Proposant une musique à la fois mélodique, joyeuse et puissante, le groupe vise aussi à mettre en avant la culture gasconne. Bref, plein de chose à discuter avec eux au cours de cette petite interview confinée !

Bonjour, et merci de prendre le temps de répondre à ces quelques questions. Pouvez-vous tout d’abord vous présenter et nous expliquer ce que vous faites dans Boisson Divine?

Baptiste : Bonjour, je suis Baptiste, guitariste/chanteur, membre fondateur et compositeur du groupe. J’écris aussi quelques paroles de temps en temps. Mon vrai métier est viticulteur et je pratique également le rugby. En effet nous sommes trois dans le groupe à jouer dans l’équipe du village, la Jeunesse Sportive Riscloise qui évolue actuellement dans le championnat de Fédérale 3. Mais tout ceci n’a rien à voir avec l’interview alors je vais couper là.

Florent : Bonjour, je suis Florent, bassiste et doyen du groupe. J’écris aussi quelques paroles, surtout sur le volet historique et mythologique. Je suis également le seul expatrié du groupe puisque bien qu’étant originaire de Gascogne, je réside en région parisienne. Parisien, bassiste et plus âgé…c’est pour moi la triple peine et je suis le sujet constant des railleries incessantes de mes camarades. La vie m’est dure au sein de ce groupe.

Comment définiriez-vous le groupe et sa musique pour quelqu’un qui ne vous connaît pas ?

Boisson Divine c’est :

  • Une base Heavy/Power Metal épique et mélodique – L’énergie et la spontanéité du Punk-rock.
  • L’héritage de la polyphonie pyrénéenne et l’utilisation de la langue Gasconne.
  • Les instruments traditionnels de Gascogne (boha, flabuta, tom-tom, clari, aboès…)
  • 500 g de farine
  • 3 œufs…

La Halha  est le dernier album du groupe. Comment s’est passé le travail dessus ? Qui compose la musique, qui écrit les paroles ? Et surtout quelles sont vos influences musicales ?

Baptiste : La Halha n’est pas le dernier album du groupe. Ce n’est que le troisième. (rires)  Comme dit précédemment, je me charge de la partie musicale. Pour ce qui est des paroles c’est bien plus collégial. Je me charge néanmoins d’adapter en Gascon les textes de mes camarades qui écrivent en Français. Je vais vous expliquer notre mode de fonctionnement pour réaliser un album :

Nous avons commencé le groupe sur les bancs du collège en 2005 avec Adrian (batteur, membre fondateur ainsi que trésorier de l’association loi 1901 Boisson Divine), nous nous sommes vite mis à jouer ensemble et à composer. En 2009 nous avons réalisé que nous avions assez de titres pour faire un album complet. Nous avons donc arrêté la liste mais étant des novices dans le milieu, il nous a fallu quatre ans pour trouver la bonne manière d’enregistrer, le bon mixeur, le bon distributeur…en bref, tout était à faire. Notre premier album Enradigats (Enracinés) est donc sorti en 2013. Cependant durant ce laps de temps nous n’avons pas arrêté d’écrire des chansons. Nous avons donc à disposition et en permanence, un stock de chansons avec quatre ans d’avance. Quand vient le temps de réaliser un album, nous piochons donc dans ce stock pour proposer les albums les plus variés et cohérents possible.

Il se peut que certaines excellentes chansons soient recalées car elles ne correspondent pas à l’atmosphère de l’album. Nous en trimballons donc certaines pendant très longtemps. Cela a été le cas pour « La Halha » qui au final à été composé entre 2009 et 2017.

Pour ce qui est de la composition, j’écris beaucoup « à la tête ». C’est à dire que les idées me viennent souvent au travail ou dans des situations où elle ne devraient pas surgir. Une mélodie me viens en tête, je l’enregistre sur mon téléphone en chantonnant, le soir je la retravaille à la maison sur une guitare acoustique ou un piano et quand je juge que c’est terminé, je réalise la démo complète et la soumets à mes camarades. Elle finit alors dans le dossier « Stock » jusqu’à que les votes pour un nouvel album ne viennent l’extraire de sa misérable condition de démo.

Pour cet album, niveau production nous avons écouté tous les conseils de notre gourou des manettes, Patric, du WSL Studio (https://www.wsl-studio.com/) qui nous suit depuis le début. Nous avons donc enregistré la batterie sur une vraie batterie, dans un vrai studio, quadruplé les guitares rythmique, doublé tous les chœurs et les instruments traditionnels…Enfin bref, il nous a fait faire un boulot de fou furieux pour nous autres, pauvres latins, mais le résultat en vaut clairement la chandelle. Il nous en a fait baver le salop mais il eut été dommage que cet album ne bénéficie pas d’une mise en son à la hauteur de son incommensurable magnificence. Ceci étant dit en toute modestie:)

Pour ce qui est de nos influences, les ayant détaillés en question deux, je vais me contenter de te balancer des noms de groupes de façon hasardeuse : Iron Maiden, Los de L’Ouzom, Helloween, Nadau, Edguy, Marilis Orionaa, Sum 41, Dissection…

Au final La Halha est un album que j’ai trouvé très dansant, très festif. Était-ce voulu dès le départ d’avoir quelque chose à la fois d’épique, de joyeux et de prenant, ou bien cela est venu au fil de la composition ?

Baptiste : Tout d’abord merci. Il est vrai que les Gascons ont une tendance assez notable à exceller dans le domaine de la fête, cela doit être génétique. Les organisateurs de concerts pourront en attester, nos fin de soirées se résumant souvent à chanter a cappella de très vielles chansons au coin du bar tout en buvant des flocs plus qu’il ne faudrait. Le côté dansant est aussi inévitable puisque les instruments traditionnels utilisés sont historiquement réservés aux musiques à danser (Rondeau, Valse, Sauts, Cercle…).

Cependant, que les choses soit claires, cela nous gêne un peu que les gens nous réduisent à cet aspect. Il est indéniable qu’un côté festif et déconne se dégage de nos morceaux mais nous trouvons l’appellation « folk festif » (ou pire « folk à boire ») extrêmement réductrice. Quand j’entends cela, je pense irrémédiablement à une description du style : des mecs bourrés avec des compositions pas très étoffés et des textes débiles à la limite du « Patrick Sébastien Metal ».

Hors, l’univers de Boisson Divine est bien plus vaste que cela. On y trouve des chansons très fouillées qui dépassent les huit minutes, aux multiples changements de rythmes et d’ambiances avec des paroles sérieuses qui ont trait à l’histoire, la mythologie, les enjeux culturels…

Finalement, le volet « déconne », ne représente même pas un tiers de notre discographie.

Désolé d’avoir cassé l’ambiance, mais c’est quelque chose qui revient trop souvent et qui décrédibilise un peu tout le travail que l’on a fait. Cependant nous en sommes les premiers fautifs, puisque nos clips sont très axés sur ce côté festif, joyeux. Mais nous avons bon espoir que ce nouvel album change la donne et fasse réaliser aux gens que nous sommes autre chose qu’un groupe à écouter d’une oreille distraite en buvant des coups.

Quelle est votre chanson préférée de l’album et pourquoi ?

Baptiste : Je dirais « Milharis », la chanson de clôture de dix minutes. Je suis très satisfait de l’outro planante qui développe pendant quatre minutes le même thème, (un peu à la manière d’un Anathema ou d’un Alcest) en arpèges  avec montée en puissance, solo larmoyant très bluesy et decrescendo final comme conclusion en suspension. Le texte écrit par Florent est à ce jour le plus abouti que l’on ai pu proposer avec trois refrains différents et nous immerge pleinement dans la légende de « Milharis ».

Comment s’est fait le travail sur la pochette, par ailleurs magnifique, représentant Abelion à qui une chanson est dédiée sur le CD d’ailleurs ?

Florent : Elle représente effectivement la croix de Beliou (Abelion—-> Beliou), le dieu du soleil du panthéon antique pyrénéen, que l’on trouve toujours au sommet d’une montagne bigourdane.

À la base, cette croix n’en était pas une, car pré-chrétienne, elle était discoïdale, témoignant de ses attributs solaires.

Sous l’ère chrétienne, cette pierre a été enlevée, mais les pluies torrentielles qui s’en suivirent pendant 40 jours, poussèrent les ecclésiastiques à la remettre en place, en subissant néanmoins un sérieux lifting.

Et sous celle-ci la légende raconte que Milharis y est enterré.

Le mythe de Milharis, pâtre de 999 ans, gardien d’un âge d’or est également le sujet d’une chanson éponyme de cet album.

Et ces deux personnages vont former le dyptique mythologique de « la Halha » qui rapellons le, est le brasier, la représentation sur terre de l’astre solaire invoqué lors des solstices.

Le fait d’avoir choisi des éléments mythiques et mythologiques pour la pochette nous permet de nous inscrire dans une tradition, comme le maillon d’un chaîne.

Après, c’est toujours pareil, il ne s’agit pas d’avoir des grandes idées, encore faut-il s’adresser aux bonnes personnes !

Parce que nous le graphisme, le dessin, on est des quiches.

On compose de la musique, et le reste, ce n’est pas de notre ressort. Et c’est très dur de faire rentrer un artiste dans notre univers, tout en lui demandant de garder le sien.

Et après plusieurs tentatives infructueuses, nous avons trouvé notre salut auprès de Jeanne Dalmas (www.instagram.com/mu.ka.shi), avec qui le feeling et l’alchimie ont immédiatement opéré, et qui nous a donné sa formidable vision de notre univers.

Et dans le même bon processus de collaboration et de compréhension , le graphisme du T-shirt de la Halha, qui représente lui le vieux Milharis, nous a été concocté par Cyril Martin (www.instagram.com/cyril_mrtn).

Point de vue clip, vous avez déjà sorti des choses avec Xivalier de Sentralha, mais d’autres sont-ils actuellement prévus pour soutenir la sortie de l’album ?

Oui. Deuxième single « Novempopulania » le 6 mai en lyric-video et vidéo-clip sur la chanson « Libertat » le 27 mai, le jour de la sortie de l’album. A cette date, notre album sera aussi intégralement disponible sur notre chaîne youtube en version lyric-video avec sous titrage instantané en Français et en Anglais. Pas d’excuse pour ne pas comprendre ce que l’on raconte 🙂

Je vous ai vus jouer au Cernunnos, ainsi qu’à l’époque au PMFF à RisOrangis. Comment est-ce que vous préparez vos prestations scéniques ? Celles-ci sont à la fois emplie de joie et de musique dansante, de communion avec le public.

Baptiste : Merci beaucoup. Nous ne préparons pas beaucoup nos concerts, car c’est compliqué pour nous tous de se réunir. Nous répétons souvent la veille des concerts, pas loin du lieu où nous devons jouer. Il est vrai que nous ne sommes pas des monstres de techniques et nos prestations comprennent leur lot de tempos branlants, solos approximatifs, jets de médiators involontaires…mais le gens sont très tolérants avec nous et viennent chercher autre chose qu’une prestation irréprochable. On leur donne ce que l’on sait faire de mieux : de la spontanéité, une grosse énergie, de la bonne humeur. Le Gascon a aussi un côté très chambreur et cela nous permet de bien interagir et de se marrer avec le public.

Quel est votre pire souvenir sur scène ?

Baptiste : Je n’en ai pas. Même dans les moments de galère nous arrivons toujours à tourner cela en dérision et retourner la situation. Cela fait partie de notre jeu de scène en quelque sorte. Nous avons une devise pour les concerts pas terribles : « Au pire, ça fait une bonne répèt’ ».

Nous faisons assez peu de concerts, entre dix et quinze par ans et nous avons désormais le luxe de choisir ceux qui nous intéressent vraiment. Nous n’avons donc pas de sensation de routine ou de lassitude comme peuvent en éprouver les groupes professionnels au sortir d’une longue tournée.

Chaque concert est l’occasion de se retrouver entre amis pour passer du bon temps, de s’en jeter quelques uns dans le gosier, de chanter jusqu’à très tard et d’amener notre petit projet toujours plus loin, Pas de raison de se prendre la tête donc 😉

Merci et à très bientôt j’espère !

Merci à toi, adixatz a tots e dincà las purmèras, valents !

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