Bloody Kisses – Type O Negative

Le 14 avril marquait les 10 ans de la disparition de Peter Steele, et avec lui de Type O Negative, groupe phare de la scène gothic metal. Afin de rendre hommage à la carrière du géant vert, je vous propose un retour sur un des albums les plus marquants des Américains : Bloody Kisses, sorti en 1993.

Dans la carrière de Type O Negative, groupe culte fondé à Brooklyn à la fin des années 80, il serait plus facile d’évoquer un album comme October Rust, sorti en 1996. Il y figure plusieurs hits incontournables qui reviennent très souvent dans les playlists de tout fan de gothic metal qui se respecte, comme le suave Love You To Death. Ce serait oublier l’importance de Bloody Kisses, troisième album des New-Yorkais, et premier album certifié disque d’or de l’histoire de Roadrunner Records.

Si les Américains ne sont pas à l’origine de la vague gothic metal de l’époque (l’honneur revient aux Britanniques de Paradise Lost, My Dying Bride et Anathema), ils sont toujours vus comme les pionniers de leur côté de l’Atlantique. Bloody Kisses n’y est pas étranger. Après deux premiers albums qui posaient les éléments de base de la musique du groupe, Type O Negative passe à l’étape supérieure. Les morceaux rentrent plus facilement en tête, et la construction globale de l’album, alternant vraies longues chansons et interludes étranges, empêchent l’auditeur de s’ennuyer.

Le ton est donné dès le lancement du disque, puisque l’intro Machine Screw n’est rien d’autre que le gémissement sensuel d’une femme (la petite amie du claviériste Josh Silver à l’époque) sur fond de bruitage industriel. On imagine sans peine la surprise de quelques ados découvrant le disque dans leurs chambres la première fois, sans parler de la réaction de leurs parents. L’intro est immédiatement suivie de Christian Woman, un des morceaux les plus reconnaissables de l’album, comptant trois parties distinctes. Le clip vidéo, avec un Peter Steele magnétique qui a sûrement dû provoquer les premiers émois adolescents de bien des jeunes filles à sa sortie, ne se concentre que sur la première partie du morceau, « Corpus Christi ». On devine d’ailleurs que cette performance ne fut pas pour rien dans le succès des ventes de l’album.

Black No. 1 (Little Miss Scare-All) est sans doute le morceau le plus connu de l’album. Une petite pique à l’attention des wannabe-gothiques qui se donnent un genre, alors même qu’elles forment une partie non négligeable du public de Type O Negative. La preuve que le groupe cultive un certain sens de l’humour, ainsi que son goût pour les riffs accordés très bas et des mélodies entre doom metal, goth rock et punk. Le reste de l’album continue sur cette lancée, entre humour noir et potache (We Hate Everyone, Kill All The White People) et textes plus romantiques et sombres, mêlant amour et mort (Bloody Kisses (A Death In The Family), Blood & Fire). On trouve également une reprise étonnante d’un classique du duo Seals And Crofts, Summer Breeze, qui passé à la moulinette Type O perd son côté chaleureux pour quelque chose de plus nocturne et mélancolique.

Chose étonnante, le succès de l’album attira l’attention des médias, et Peter Steele eut l’occasion de poser nu dans le magazine Playgirl en 1995. Un choix qu’il regretta par la suite, mais qui contribua à renforcer son aura particulière.

Porté par le timbre caverneux d’un Peter Steele à la fois romantique, brisé, colérique et drôle, Bloody Kisses s’inscrit sans mal dans la discothèque idéale d’un genre musical relativement discret. Bien évidemment, le reste de la discographie de Type O Negative mérite tout autant qu’on s’y attarde, ne serait-ce que pour (re)découvrir l’œuvre d’un grand homme, au sens propre (2,03m) comme au figuré. Dix ans plus tard, Peter Steele est une icône, sa musique perpétue son souvenir et son talent, et rend d’autant plus triste la réalisation qu’on n’aura jamais un autre Peter Steele. Mais comme il le chantait lui-même : « everything dies ».

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