wormfood

eMaginarock.fr : Bonjour à tous les trois, et merci de répondre à ces quelques questions. Pouvez-vous chacun me dire comment vous en être venus à la musique et comment le groupe s’est formé.

Emmanuel : Alors je commence car je suis le dernier rescapé du line-up d’origine. Le groupe s’est formé en janvier 2001, par Romain (ancien bassiste) et moi-même. Nous jouions tous les deux dans des groupes de black-metal concurrents (parmi les premiers finalement à jouer à Rouen), et comme nos groupes ont splitté, et que le black-metal commençait à nous ennuyer un peu, nous avons monté une formation à part, influencée par des groupes comme Type-O-Negative. On a commencé à deux et de fil en aiguille un batteur est arrivé, un claviériste également. On a sorti en 2003 un album éponyme, puis le groupe a continué comme ça jusqu’à ce que le line-up rouennais explose pour diverses raisons. J’ai remonté un an après le groupe sur Paris. L’album Posthume est un peu resté dans les limbes à cette époque suite à la séparation du groupe. On en savait pas si on devait le sortir uniquement en digital ou bien en disque… Divers interlocuteurs m’ont conseillé de le sortir réellement et des gens m’ont aidé à le faire, notamment ces messieurs : Renaud, qui en traîné Thomas, qui a lui-même amené Vincent, et Pierre Le Pape est arrivé sur une annonce.

Pour l’autre partie de la question, j’ai appris à jouer de la guitare tout gosse car j’avais un ami gitan andalou qui jouait remarquablement bien du flamenco et j’ai commencé à gratouiller. Je suis très vite rentré là-dedans et j’ai ensuite fait une école d’impro jazz pendant plusieurs années, dont il ne me reste rien car je suis toujours aussi médiocre en la matière. En parallèle du flamenco j’ai attrapé l’amour du rock notamment par Jimmy Hendrix. La vague gothique m’a ensuite attrapé. A l’origine je ne faisais que de la guitare mais au moment de monter Wormfood je me suis dit que j’avais envie de chanter et je me suis lancé. Il y a eu un long moment d’installation durant lequel je n’ai chanté que du growl, puis je suis passé à la voix claire, puis à la création de personnages et 15 après je chante continuellement, que ce soit en français ou en anglais. Je chante dans différents groupes, avec un projet pop, un autre plus électro.

Renaud : J’ai commencé pour une raison très bête : à 13 ans j’étais chanteur dans un groupe de black-metal et comme à 14 le guitariste, ne croyant pas forcément au succès du groupe a choisi le quitter, bah j’ai pris le relai. 3-4 ans après j’ai compris que j’allais en faire mon métier et je me suis enfermé dans ma chambre. Je suis aussi tombé dans la marmite du métal quand j’étais petit et cela m’y a poussé.

Thomas : Moi j’ai commencé très tôt le conservatoire, plus sur des percussions classiques, notamment de la caisse-claire. Le déclic métal a été assez tardif et m’a orienté vers le métal extrême direct.

M.net : D’où vient l’album L’Envers ?

Emmanuel : L’Envers est le premier album que l’on sort tous ensemble. Posthume avait été enregistré par le line-up précédent et du coup j’ai défendu l’album avec ces solides gaillards qui composent désormais Wormfood. Du coup cela pouvait représenter une frustration pour eux et je voulais vraiment que ce nouvel album accouche de cette collaboration complète ensemble. Défendre Posthume en live nous a permis de nous connaître, de savoir comment travailler les uns avec les autres, de devenir des amis. L’Envers est la synthèse de tout ce que l’on a fait avant, notamment au niveau des personnages.

Wormfood-envers

M.net : Qui a écrit, qui a composé ? Comment s’est déroulée la création pure de l’album ?

Renaud : Ce qu’il s’est passé en gros c’est que Emmanuel m’envoyait sous forme audio des agglomérats de riffs, des structures de morceaux plus ou moins établies.  Je me chargeait de mettre tout cela sur le papier de manière claire afin que les autres membres du groupe puissent le lire et que nous même ayons une vision plus nette de l’ensemble. Après cela les structures sont retouchées.

Emmanuel : Tout part vraiment de la guitare dans cet album en tous cas.

Renaud : Après ça je composais mes parties de guitare pendant que Thomas sortait sa partie de batterie. Puis Pierre et Emmanuel  se sont vus pour les arrangements clavier.

Emmanuel : Cette partie s’est faite en deux fois également mais le truc vraiment important c’est que je n’écris qu’une fois la musique intégralement composée. Je ne peux trouver mon sujet d’écriture qu’une fois la musique posée de manière définitive, même si j’ai une petite idée à l’origine.

M.net : C’est finalement assez spécifique de faire colle le texte à la musique et non l’inverse. C’est une volonté au départ ou bien les choses se sont faites comme cela ? D’autant plus avec des textes aussi bien écrits et dotés d’un potentiel théâtral énorme.

Emmanuel : Pour le coup c’est naturel. Au final c’est mon métier d’être acteur sur scène et donc je pioche dans un catalogue de personnalités et de thèmes qui ne demandent qu’à ressortir.

Thomas : La musique sert vraiment à appuyer le chant. Les instruments ne sont pas une illustration sonore du texte, du tout.

Emmanuel : Pour les paroles c’est vraiment ma traversée du désert. Pour te donner une idée sur ce disque il y a une année d’écriture, non pas parce que c’est grandiose mais parce que c’est vraiment dur à sortir. Je suis quelqu’un de terriblement angoissé dans ces phases-là car j’ai peur de ne pas arriver au bout. Une fois commencé je ne reviens pas vraiment en arrière donc le but est d’arriver au bout à tout prix. J’ai employé plein de techniques différentes mais rien ne rend la chose plus facile…

 

M.net : Sur Ordre de mobilisation général, on sent bien  que tu parles de la Grande Guerre. En cette période de commémoration c’est volontaire ou bien autre chose t’as poussé à écrire ce morceau ?

Emmanuel : Alors non cela n’est pas lié en soi, même cela pourrait sembler être le cas. La première chose est que l’on parle de la Grande Guerre mais la guerre est avant tout un sujet d’actualité. La seconde est que j’ai voulu aborder les paroles de ce morceau pour donner une vision de ce que sont les horreurs de la guerre. Cela m’a permis de prendre le contrepied des groupes chantant à tue-tête : This is WAR et c’est trop fun. Car non la guerre ce n’est pas fun, c’est d’abord un paquet d’horreurs. Rendre une vision de ce qu’est la guerre réellement était vraiment le but de cette chanson. Ce n’est pas non plus un brûlot anti-guerre, juste une vision de quelqu’un qui va perdre ses illusions. Mon père et mon grand-père ont tous les deux été combattants  et cela est assez perturbant de se dire que des gens proches, bienveillants, aimants, ont du sang sur les mains. Je trouvais intéressant de poser ces questions…

M.net : L’Envers est un album hautement théâtral. Comment allez-vous le rendre sur scène ?

Thomas : Eh bien viens voir quand on le jouera justement !

Emmanuel : On a déjà fait des concerts par le passé et à chaque fois pour le public ça a été des expériences étranges. On est tombé dans quelque chose de farfelu au début du groupe et sur Posthume on ne voulait pas être des chauffeurs de salle mais des glaceurs de salle. Le public était un peu interdit de se prendre tant de noirceur directement en pleine face. L’Envers étant beaucoup plus enlevé et j’espère qu’on parviendra à retranscrire ça à la fois dans les costumes mais aussi dans le jeu de scène que je mettrais en place pour mes différents personnages. Les questions de décor et de lumière son avant tout des questions de budget. En tout cas les orchestrations de l’album seront retranscrites.

M.net : La longueur des morceaux m’a particulièrement étonné. Comment cela se fait-il qu’ils soient aussi longs (7-8 minutes de moyenne) ?

Thomas : Là pour le coup c’est la musique qui a imposé cette longueur. On avait d’idée de formatage précis avant de commencer à composer donc les choses se sont faites naturellement.

 

M.net : Qu’en est-il du tournage d’un clip ?

Emmanuel : Le clip sera tourné en mai, autour du morceau Mangever, qui l’avantage de présenter beaucoup de personnages de l’univers du groupe. Il sera réalisé par Merryl Roche avec une équipe technique aux petits oignons. Et on compte bien en faire un second pour Noël, tu imagines bien sur quel morceau… Le premier clip sortira vers septembre, bien après l’album pour de pures contingences de temps, mais ce sera d’ailleurs le tout premier de l’histoire de Wormfood. Le but est de faire quelque chose de bien avec un scénario et un bon tournage, dans la continuité visuelle de L’Envers.

M.net : J’ai été très surpris quand j’ai reçu l’album : son format, le livret sont extrêmement atypique. Comment avez-vous travaillé cet aspect-là ?

Emmanuel : Le label n’est pas intervenu dans ce choix, au contraire, ils nous on poussé à aller encore plus loin. Ce format DVD, les aspects graphiques réalisés par Strychneen Studio sur des photos originales d’Andy Julia découlent de la volonté de faire un bel objet pour l’acheteur. Avec ma folis des grandeurs j’avais toutes sortes de projets mais je les mettrais en œuvre une autre fois, je n’ai pas encore dit mon dernier mot…

M.net : Le programme de Wormfood dans les prochains mois c’est quoi ?

Emmanuel : Eh bien figure-toi qu’il n’y a pour le moment aucune date de bookée mais des propositions commencent à arriver et on espère bien faire une chouette tournée à la rencontre du public !

M.net : Merci pour toutes ces réponses et je ne peux que vous souhaiter de réunir toujours plus de serviteurs du roi cauchemar autour de ce superbe groupe !