paranoiaL’une est la seule à le voir, l’autre est la seule à la croire.

Lisa Hernest, psychiatre reconnue et spécialisée dans les cas complexes, est appelée à l’institut Saint-Vincent en périphérie de Paris. Elle va rencontrer sa nouvelle patiente : Judy Desforêt, internée pour paranoïa et hallucinations, enceinte de cinq mois et qui  refuse de s’alimenter. Dès leur première entrevue, la jeune femme qui se dresse face à elle fait preuve d’une lucidité et d’un discernement hors pair. Et plus Lisa apprend à la connaître, plus leurs échanges viennent ébranler ses propres convictions professionnelles et personnelles.

Entretien après entretien, Judy lui livre en effet une curieuse histoire, mêlant sa quête des racines familiales en Angleterre et la présence invisible d’un certain Alwyn, cet homme qui la suit comme son ombre depuis toujours. Progressivement, Lisa, l’experte en âmes fragiles, sent ses moyens lui échapper et Judy la déstabiliser. A mesure que les mois passent et que la date de l’accouchement approche, la vérité semble s’éloigner.

Le récit de Melissa Bellevigne s’articule principalement autour de deux voies, celle de Lisa, la thérapeute, et celle de Judy, la patiente. A travers les séances on découvre les deux personnages ainsi que la grossesse non désirée de Judy qui représente un enjeu majeur alors que celle-ci refuse catégoriquement de s’alimenter, mettant ainsi en danger sa vie ainsi que celle de son enfant à naître. Or, Lisa, qui elle-même ne peut pas avoir d’enfants, est très attachée à sauver et la mère, et le nourrisson.

A mesure que le récit avance, on s’attache aux personnages et on découvre le drame à l’origine de l’internement de Judy et ainsi ce qui motive le rejet de cet enfant pour cette dernière, ne sachant pas avec certitude qui est le père. Des flashbacks permettent alors de revenir sur l’histoire de la toute jeune femme, hantée par la présence constante d’un ami imaginaire, Alwyn, depuis son plus jeune âge. Toutefois, celui-ci est devenu indésirable pour Judy au fil des années, puisque sa relation avec un être que personne d’autre qu’elle ne peut voir la faisait et la fait encore passer pour folle, l’éloignant de la possibilité d’une vie « normale » et même de sa propre famille.

Tout change le jour de ses vingt ans alors qu’elle reçoit un présent de son arrière-grand-mère qui lui révèle également que le nom, rare, d’Alwyn ne lui est pas étranger. Judy décide alors de partir dans un périple en Grande-Bretagne sur les traces de son aïeule, afin de mieux comprendre ses origines mais aussi celles d’Alwyn dont les soudaines réminiscences de sa vie antérieure laisse à penser qu’il pourrait être bien plus qu’un simple ami imaginaire.

Alors que l’on était plongé dans la réalité de la Judy patiente, le fantastique s’invite gentiment dans le quotidien et dans une réalité plus tangible. Alwyn s’avère être un être quelque peu surnaturel lié intrinsèquement à Judy et au poids du secret qui entoure sa famille. Toutefois, le récit demeure avant tout orienté sur la psychologie de ses deux personnages et sur le mystère lié à la grossesse de Judy. La plume de Melissa Bellevigne n’en demeure pas moins agréable à lire et les effets sont ménagés efficacement. Et même si l’histoire peut paraître un peu lente à se mettre en place, le récit a l’avantage de ne connaître aucune lourdeur.

Paranoïa

Melissa Bellevigne

Hachette, collection Blackmoon

320 pages

17€